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130e année

Inflation, défaillances : 2022, une année à surveiller de près

Économie. Docteur en macroéconomie, Marcos Carias est l’économiste référent chez Coface pour la zone Euro.

Marcos Carias : « Si on a évité le pire dans la crise, c’est en raison des interventions aussi vigoureuses des Etats ». Benjamin Busson

Invité par le groupe Servyr à évoquer la thématique « Vers un nouvel âge d’inflation ? Perspectives économiques pour une Europe endettée », l’économiste Marcos Carias dresse un état des lieux de l’économie française, européenne et mondiale post-Covid. « Cette crise nous a appris l’humilité par rapport aux prévisions d’avenir », admet-il.

« Le premier semestre 2022 va être à surveiller de près, mois par mois »

La bonne surprise de ces derniers mois étant le rebond de l’activité au cours de l’année 2021, qui a, lui aussi, pris la planète de court. « Un rebond en V » qui concerne tant la France, que les Etats-Unis et la Chine, où finalement, l’activité ne s’est quasiment pas arrêtée et que l’on doit à deux facteurs : les aides conséquentes apportées par les Etats et la vaccination, estime Marcos Carias : « Si on a évité le pire dans la crise, c’est en raison des interventions aussi vigoureuses des Etats ».

Par ailleurs, grâce à la vaccination, l’activité est moins sensible à ce qui se passe au niveau de la contamination. « Au cours de l’été 2021, les Etats-Unis ont connu leur pic de contamination et pourtant cela ne s’est quasiment pas vu au niveau de l’activité du pays ». Gare néanmoins à la circulation du virus dans les pays émergents aux moins bons niveaux de vaccination, avec les risques de voir des variants plus résistants apparaître.

Un pic d’inflation mi-2022 ?

Contrairement aux crises précédentes, celle-ci se distingue aussi par la simultanéité de la reprise, qui s’est déroulée au même moment dans la plupart des pays. « Cette reprise synchronisée a des effets moins désirables, notamment sur le marché des matières premières et des conséquences sur l’inflation », note l’économiste. En effet, si les scénarii de l’année 2021 en cours et de l’année 2022 à venir sont positifs et encourageants au niveau de l’activité, il convient de ne pas négliger plusieurs points de vigilance. En effet, la demande enregistrée dans de nombreux pays étant largement supérieure à l’offre, elle a créé une inflation mondiale assez forte depuis ces derniers mois, pouvant mettre en péril la reprise entrevue.

« On ne fait donc pas un grand pari quand on dit que les défaillances vont augmenter l’année prochaine »

Si l’inflation reste « un moindre mal » par rapport à une hausse des taux, celle-ci ne devra cependant pas durer trop longtemps ni atteindre certains seuils critiques. « Le premier semestre 2022 va être à surveiller de près, mois par mois », souligne Marcos Carias, qui attend de voir comment la Banque Centrale Européenne, qui a fait « un chèque en blanc » pour les dépenses publiques, va réagir au cours de l’année. « Et si l’inflation n’a pas atteint son pic vers le milieu du second semestre, il y aura lieu de s’inquiéter », prévient l’économiste, pour qui le niveau préoccupant d’inflation s’élève entre 7% et 8%.

Au-delà de l’inflation, un autre indicateur sera à surveiller en 2022, celui des défaillances d’entreprises. Celles-ci ont connu un taux bas historique (tandis que la France enregistre 50 000 défaillances en année « normale », elle en a connu 30 000 en 2020 et sensiblement autant en 2021). De quoi imaginer un rattrapage relativement violent en 2022, année du retour « Les aides comme les Prêts Garantis par l’Etat ont permis d’étaler un choc économique très aigu sur la durée. Mais les premières échéances de remboursement vont intervenir en 2022. On ne fait donc pas un grand pari quand on dit que les défaillances vont augmenter l’année prochaine ». Une année 2022, entre promesses et inquiétudes, à surveiller de très près…

Benjamin Busson