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« Il n’y a pas de démocratie sans économie »

Export. Dans un monde où l’Europe doit accepter qu’elle n’occupe plus la position centrale qu’elle a longtemps imaginée, pour la France, l’enjeu consiste à ne pas se reposer uniquement sur son image gastronomique et sur la réputation de la qualité de ses produits.

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Sébastien Abis, Directeur général de Demeter (Crédits : BB)

Dans un monde où l’Europe doit accepter qu’elle n’occupe plus la position centrale qu’elle a longtemps imaginée, pour la France, l’enjeu consiste à ne pas se reposer uniquement sur son image gastronomique et sur la réputation de la qualité de ses produits.

Pour Sébastien Abis, Directeur général de Demeter, la tradition et le savoir-faire sont certes des atouts, mais ils ne suffisent plus à garantir la compétitivité. Le secteur agroalimentaire doit se projeter dans l’avenir, innover et s’adapter aux attentes des marchés, plutôt que de chercher à reproduire les modèles du passé.

La France et l’Europe conservent une image de fiabilité et un rayonnement dans le domaine agricole et alimentaire, mais cette crédibilité dépend aussi de leur capacité à produire réellement et à maintenir leurs outils de production. Pour Sébastien Abis, l’enjeu dépasse l’économie : « Il n’y a pas de démocratie sans économie », assène-t-il. Une démocratie qui ne parviendrait plus à préserver son niveau de vie, sa sécurité humaine et sa protection sociale fragiliserait également sa capacité à peser dans le monde.

Reconquérir le marché européen

La compétitivité française doit donc être mise au cœur du projet national. « Nous devons produire », avance Sébastien Abis. « Or, le mot produire en France, pour des raisons que j’ignore, s’est installé comme un gros mot qu’on ne pouvait plus prononcer. Peut-être parce qu’on a voulu mettre le paquet sur le verdissement ? Mais on a oublié que pour faire du vert, il ne faut pas être dans le rouge économiquement. » Autrement dit, savoir continuer à produire du « capacitaire », sans pour autant renoncer aux transitions, au verdissement, à la traçabilité, à la durabilité, etc.

Sébastien Abis appelle aussi à dépasser les oppositions entre régions, entreprises, secteurs et marchés. Production et distribution, agriculture et pêche, PME et grandes entreprises, marchés domestiques et internationaux doivent être pensés de manière complémentaire. « L’addition de micro-souverainetés locales ne fera jamais de rayonnement international », prévient-il.

Si elle a conservé des positions sur certains marchés extra-européens, la France a perdu du terrain chez ses voisins. Or, le marché européen représente environ 450 millions de consommateurs. Il offre un potentiel considérable et constitue donc une priorité stratégique, d’autant que les exportations lointaines peuvent devenir plus coûteuses et plus risquées sous l’effet des tensions géopolitiques, du changement climatique et des difficultés logistiques. « L’un des grands défis pour la France à l’export agricole et agroalimentaire, c’est donc le marché européen », avance-t-il.

Pour regagner des parts de marché, les entreprises françaises devront répondre à trois attentes essentielles des consommateurs : le prix, la praticité (par l’innovation) et le plaisir.

Au-delà des moyens financiers et industriels, c’est donc un changement de méthode et d’état d’esprit que préconise le Directeur général de Demeter : dans cet environnement international plus dur, la France ne pourra préserver ses positions en s’appuyant uniquement sur son héritage. Elle doit donc investir dans ses capacités productives, assumer ses priorités et remettre de la cohérence dans son action collective.