Garder l’esprit critique face à l’IA
Technologie. L’intelligence artificielle n’existe pas. La conférence de Luc Julia volontairement provocatrice remet les choses en place.
« Les intelligences artificielles, c’est de la science, pas de la fiction ». En conférence à Troyes, invité par la Technopole de l’Aube en Champagne, Luc Julia a fait salle comble. Il faut dire que le personnage est atypique. Décalé, critique, et showman, celui se présente comme cocréateur de Siri pour Apple et dirige le département scientifique du groupe Renault a voulu faire resurgir l’esprit critique humain. Décriant les intelligences artificielles génériques, énergivores en électricité et en eau, il pose les intelligences artificielles agentiques comme un outil fiable et responsable. « Les IA frugales sont l’avenir ».
L’IA agentique se concentre sur la prise de décision autonome plus que sur la création et intervient dans des domaines spécifiques, contrairement à ChatGPT par exemple qui nécessite l’intervention humaine pour créer. « Plus l’IA est générique, plus les données sont biaisées et peuvent dire n’importe quoi (…/…) L’esprit critique, c’est essentiel, nous l’avons et nous savons qu’il faut être critique par rapport à ces machines. »
Émettant un sérieux doute sur l’avenir de la voiture autonome, Luc Julia pose le scénario d’un véhicule bloqué place de l’Étoile incapable de bouger dans l’anarchie de la circulation en précisant « la voiture autonome elle fait un truc bien, elle suit le code de la route. Sur la place de l’Étoile à 18h, vous ne passez pas. Vous passerez parce ce qu’en tant qu’humain vous prenez des décisions ». Mais si l’humain peut tout faire à peu près bien, l’intelligence artificielle excellera toujours lorsqu’elle sera utilisée sur un domaine précis.
L’avenir des IA par spécialité
Il convient donc d’envisager des intelligences artificielles spécifiques à chaque secteur, alimentées par des bases solides et fiables. « L’IA devrait s’appeler l’intelligence augmentée. Elle fonctionne et est meilleure que ce que je fais. Mais si je l’utilise mal, c’est de la bêtise augmentée ! Le problème n’est pas l’IA, c’est l’humain. C’est lui qui décide et qui tient le manche ! » La France se positionne bien pour le développement de l’intelligence artificielle agentique avec 1 200 startups en France et 55 000 Français spécialistes de l’IA dans la Silicon Valley. « En France nous sommes bons sur l’IA agentique et sur la sensibilisation à la RSE. Nous sommes les meilleurs scientifiques, nous avons du potentiel. Il faudrait maintenant qu’il y ait des investisseurs ».