Et le grand orgue s’est réveillé
Patrimoine. À Reims, après 8 ans de silence et plus de 4 ans de travaux, le grand orgue de la cathédrale Notre-Dame s’est de nouveau fait entendre, au son d’une magnifique toccata.
C’est avec recueillement que Monseigneur de Moulins-Beaufort a écouté la Toccata de la Suite Gothique de Léon Boëllmann, brillamment interprétée par Pierre Méa, organiste de la cathédrale. En effet, l’archevêque de Reims, installé dans la Ville des Sacres fin 2018, n’avait jamais entendu le grand orgue qui, trop endommagé par les outrages du temps, s’était tu quelques mois plus tôt.
Mais, comme le faisait remarquer Fayçal Douhane, sous-préfet de Reims, que sont huit années de silence à l’échelle d’un instrument né au XVe siècle, développé et enrichi au fil de 700 ans de progrès techniques ?
Si les premières études portant sur les indispensables rénovations de l’orgue ont été conduites dès 2008, les travaux n’ont débuté qu’à partir de 2021.
6 654 tuyaux
Sous la maîtrise d’œuvre éclairée d’Éric Brottier, plus de 4 ans et 30 000 heures d’un travail de précision et de passion ont donc été nécessaires pour que les 6 654 tuyaux du grand orgue, répartis en 87 jeux, retrouvent tout leur éclat ! Et une nouvelle fois (d’autres restaurations ayant précédé celle-ci) l’orgue fait peau neuve, si l’on peut dire, toute la partie instrumentale, notamment, ayant été reconstruite avec des matériaux de dernière génération, et avec la possibilité d’intervenir plus aisément sur les différents organes en cas de besoin.
Pierre Méa compare d’ailleurs les travaux effectués à ceux de la rénovation complète d’une maison : si la structure reste la même et l’apparence inchangée, la plomberie, l’électricité, le chauffage, etc. ont été refaits à neuf ! Pas moins de 50 tonnes d’échafaudage ont été installés à cet effet, permettant, par la même occasion, de nettoyer et rénover les voûtes de pierre qui surplombent l’instrument.
Il faut aussi noter — et ce n’est pas la moindre des nouveautés — l’acquisition d’une console mobile, due au mécénat de l’entreprise Gayet pour un montant de 80 000 €. Cet outil exceptionnel, dont disposent peu d’églises, permet à l’organiste de jouer depuis le chœur de la cathédrale — et non plus « caché » dans la tribune de l’orgue. Le public, les fidèles peuvent alors se rendre compte de tout le travail et de toute la virtuosité du musicien.
Près de 2,5 M€ HT
La Cathédrale de Reims appartenant à l’État, la maîtrise d’ouvrage de la restauration a été assurée par le ministère de la Culture, via la DRAC Grand Est et le Conservatoire régional des Monuments historiques pour un montant de 2 461 630 euros hors taxes (dont 874 000 € de mécénat, réunis par la Société des amis de la cathédrale et la Fondation du patrimoine).
Ce patrimoine exceptionnel, préservé et transmis aux générations futures, sera mis en valeur par l’organisation de concerts destinés à le faire vivre pleinement, et à contribuer plus que jamais au rayonnement de la cathédrale de Reims et de son territoire.