Économie régionale : des espoirs mesurés pour 2026
Conjucture. La Banque de France a dévoilé les résultats de son enquête de conjoncture annuelle. En 2026 et 2027, l’activité se raffermirait pour atteindre 1,0 % et 1,1 % en 2028, soutenue par le redressement de la consommation des ménages et l’investissement privé. Le contexte régional reste disparate, avec un léger regain d’activité pour les secteurs des produits industriels et de l’agro-alimentaire, une croissance attendue dans les services mais un nouveau repli dans les secteurs de la construction et de l’automobile.
Dans la salle de conférence de la succursale départementale de la Banque de France, des responsables de fédérations – bâtiment, industrie, patronat – mais aussi des propriétaires de Maisons de champagne ou encore des membres du Tribunal de commerce… Tous les acteurs économiques locaux s’étaient donné rendez-vous pour le bilan économique 2025 et surtout, les perspectives 2026. Car pour la plupart, l’année écoulée a été compliquée, marquée par une instabilité politique et par la mise en place de nouvelles décisions douanières américaines. Néanmoins, à écouter Olivier Simon, Directeur départemental Marne de la Banque de France, la situation n’a pas été si catastrophique que cela, de manière globale, avec « une bataille contre l’inflation gagnée », puisque celle-ci atteignait « 0,9 %, en 2025, un point bas lié au recul marqué des prix de l’énergie consécutif à la baisse des tarifs réglementés de l’électricité et du prix du pétrole (après +2,3 % en 2024) ».
Ainsi, début 2026, la croissance française est estimée autour de 1 %, avec 0,2 à 0,3 % au premier trimestre. La consommation des ménages (+ 0,8 %) progresserait à un rythme plus soutenu qu’en 2025, portée par la croissance de la masse salariale réelle, qui resterait résiliente malgré un marché du travail moins propice. « Le taux de chômage pourrait remonter temporairement à 7,8 % avant de redescendre. » Cependant, l’indicateur d’incertitude reste élevé, en lien avec la hausse des matières premières et l’instabilité politique, ce qui pèse sur l’investissement. Les taux longs restent eux aussi élevés, autour de 3,6 % fin 2025. « La baisse des taux a relancé le marché immobilier, puisqu’on est passé d’un marché de 22 milliards en 2022 à un point bas de 7 milliards et là, nous sommes remontés autour de 15 milliards, avec des taux autour de 3 %, historiquement corrects », précise le Directeur Marne de la Banque de France. Depuis le Covid, le taux d’épargne des ménages est passé de 15 % à environ 19 %, soit 400 milliards d’euros au niveau européen placés majoritairement sur des supports « peu productifs ». « L’objectif est d’orienter cette épargne vers l’investissement productif », insiste Olivier Simon.
Un contexte régional disparate en 2025
À l’échelle de la Région, il suffit de regarder les graphiques fournis par la Banque de France pour deviner qu’en 2025, l’évolution de l’activité était globalement défavorable et totalement disparate selon les secteurs. « L’activité est en baisse de 1,4 % dans l’industrie, avec un recul des exportations un peu moins marqué. La baisse la plus forte concerne les industries agricoles et alimentaires, notamment le champagne, ce qui pèse lourd dans l’économie du Grand Est », souligne Olivier Simon. « Les équipements électroniques se sont bien comportés, tant en production qu’en export. La fabrication de matériel de transport présente une situation atypique : baisse de l’activité mais hausse des exportations, liée à un opérateur automobile de luxe qui a fortement exporté l’an dernier. La catégorie « autres produits industriels », qui concentre le plus grand nombre de salariés, enregistre une activité très orientée à la baisse, notamment en métallurgie et dans l’industrie pharmaceutique, fortement touchées par le recul des exportations. »
L’activité des services marchands, elle, se stabilise en 2025, portée notamment par la revalorisation tarifaire des prestations. Les évolutions sectorielles demeurent toutefois contrastées : « Alors que l’information communication, ainsi que dans une moindre mesure le transport entreposage, enregistrent une croissance de leurs chiffres d’affaires, l’hébergement restauration et les activités spécialisées subissent un recul de la demande. »
Le secteur le plus compliqué reste celui de la construction. « En 2025, le secteur enregistre une baisse homogène de 2,7 %, avec -4,4 % dans le gros œuvre. Seuls les travaux publics résistent mieux. Les incertitudes politiques, budgétaires et électorales ont pesé sur le secteur, freinant les lancements de projets », explique Olivier Simon.
Léger rebond en 2026
Si certains secteurs devraient mieux s’en sortir cette année, les projections sont toujours très préoccupantes pour le secteur de la construction. « Pour 2026, une légère amélioration est attendue dans le gros œuvre (+1,6 %) mais insuffisante pour compenser la baisse précédente. » Les autres segments prévoient encore un recul. En 2026, des arbitrages à la baisse sont également prévus sur l’emploi et l’intérim.
« La rentabilité reste globalement stable, avec peu d’évolution attendue en 2026. Les carnets de commandes restent faibles, avec pour un tiers des entreprises une nouvelle baisse anticipée. Les investissements dans la construction ont progressé de 12,6 % en 2025, notamment dans le second œuvre, en raison de renouvellements d’équipements indispensables mais un fort ralentissement est toutefois prévu en 2026 (-15 %). »
Dans la catégorie des « autres produits industriels », pour 2026, les prévisions sont proches de la stabilité : « +0,6 % d’activité et + 0,1 % d’export. La fabrication de matériel de transport connaît une correction après la forte hausse précédente. On observe un léger rattrapage dans le bois, le papier, l’imprimerie et la chimie. L’industrie pharmaceutique prévoit encore une baisse d’activité, avec une reprise partielle à l’export. La métallurgie progresserait en production mais avec des exportations en recul. » Concernant les effectifs dans l’industrie, en 2026, on anticipe une baisse, surtout dans l’intérim et la construction automobile : -20 % pour l’intérim et -6 % pour l’emploi salarié, en lien avec les difficultés du secteur.
Comparativement aux autres régions, dans les services marchands, 2025 a été plus difficile dans le Grand Est. Les prévisions 2026 sont meilleures, mais le Grand Est ne figure pas parmi les régions les plus dynamiques. Dans le BTP en revanche, le Grand Est reste la région où l’activité a le plus reculé en 2025 (-2,7 %) et elle resterait très fortement impactée en 2026. D’où l’appel des professionnels aux élus de prévoir un calendrier des travaux de renouvellement des équipements, routes et réseaux souterrains (Voir article).