Ecobulles accélère sa croissance et mise sur le CO2 vert
Environnement. Fondée en 1991, l’entreprise Ecobulles n’a jamais changé son processus de base. En revanche, elle développe de nouveaux produits et s’adapte à de nouvelles demandes clients. Elle sera d’ailleurs sur la Foire de Châlons pour présenter ses produits.
Comme souvent lors d’une grande découverte, tout commence par un « heureux accident ». C’est ce que l’on pourrait dire du principe actif d’Ecobulles, découvert par un agriculteur champenois, Bernard Gallois, à la fin des années 90. « À l’époque, il cherche juste à améliorer l’efficacité des produits agricoles en injectant du CO2 dans l’eau afin d’en diminuer le pH. Il met alors au point ses premières machines pour son propre usage, puis commence à en proposer à des voisins et des amis, d’abord exclusivement dans le domaine végétal », explique Ludovic Baudart, actuel dirigeant d’Ecobulles. Une installation va alors changer le destin de cette technologie. Bernard Gallois équipe une exploitation comprenant un bâtiment d’élevage de poulets. Le CO2 est injecté à l’entrée du réseau d’eau qui alimente les pipettes de l’élevage. L’exploitant constate alors que celles-ci, habituellement sujettes à l’entartrage, ne présentent plus de problème de calcaire ! Cherchant à comprendre ce phénomène, il se plonge dans la bibliographie scientifique et constate qu’en abaissant le pH de l’eau, le CO2 permet de dissoudre le calcaire.
Ecobulles reprise en 2011
L’inventeur se tourne alors vers les Maisons de champagne. « Le procédé présente pour elles un intérêt particulier car les systèmes classiques d’adoucissement au sel ne peuvent pas être utilisés dans leurs installations. Des essais sont menés pour le détartrage des cuves et le traitement du calcaire sur les chaînes d’embouteillage. Le CO2 présente ainsi plusieurs avantages : il est neutre, sans goût, sans odeur et sans résidu », détaille Ludovic Baudart. Satisfaits du procédé, les vignerons demandent alors de plus en plus à l’agriculteur autodidacte de pouvoir utiliser cette technique pour leur habitation personnelle, l’eau de la région étant très fortement chargée en calcaire. C’est ainsi qu’en 1999, Ludovic Baudart dépose un brevet pour pouvoir équiper les arrivées d’eau dans le domaine de l’habitat. « Le principe repose sur une bouteille de CO2 de qualité alimentaire, identique à celles utilisées notamment dans le secteur de la brasserie pour les tireuses à bière. L’installation comprend un module gaz, une partie hydraulique et un boîtier de pilotage. » Cependant, si l’invention de Bernard Gallois trouve de nombreux clients, son entreprise reste peu structurée commercialement. « Pour obtenir un appareil, il faut presque venir directement chez lui et demander de le fabriquer. » Devant ce succès, il cède alors son exploitation agricole en 2000, à l’approche de la retraite, et s’installe à Cormontreuil pour se consacrer entièrement à l’injection de CO2 dans l’eau.
En 2006, Bernard Perfetti, aujourd’hui co-dirigeant de l’entreprise, entend parler de ce procédé et juge qu’il mérite d’être développé et distribué plus largement. Il devient associé à Ludovic Baudart sous la société Mabel’eau et tous deux distribuent alors les produits Ecobulles avant de reprendre l’entreprise en 2011. « Nous avons tous les deux structuré la société avec comme objectif de progressivement construire un réseau d’installateurs, faire appel à des bureaux d’études et à des designers pour développer de nouveaux produits et services », fait-il savoir. Ainsi, depuis sa reprise, Ecobulles affiche une progression régulière, passant d’un chiffre d’affaires de 300 000 euros lors du rachat en 2011 à 2,3 millions d’euros aujourd’hui. L’entreprise emploie désormais neuf salariés avec des fonctions couvrant notamment l’installation et la maintenance, le technique et le service après-vente ainsi que le suivi des installateurs et des clients.
Vente en B to B to C
Car la majorité des ventes d’Ecobulles sont réalisées auprès de plombiers-chauffagistes même si l’entreprise reste historiquement liée aux maisons de Champagne, qui ont constitué une porte d’entrée importante. Ecobulles a ainsi fait le choix d’un circuit de distribution traditionnel. Le particulier ne trouve pas directement les appareils en magasin spécialisé, il doit passer par un plombier-chauffagiste, qui installe et règle le système. Son marché principal est donc désormais in fine celui du particulier (95%) en conservant toutefois une activité à destination de l’industrie et des collectivités (5%). « Le choix du marché résidentiel répond à une logique de volume. Environ 80 000 appareils de traitement du calcaire sont vendus chaque année en France, qui constitue le premier marché européen sur ce segment. Ecobulles en commercialise un peu plus de 2 000, notre marge de progression reste donc importante », souligne Ludovic Baudart.
Label origine France garantie
En 2020, Ecobulles obtient le label Origine France Garantie pour l’ensemble de sa gamme. « Celui-ci impose notamment de démontrer que plus de 50 % des matériaux entrant dans la composition des produits proviennent de France et que l’assemblage est réalisé sur le territoire français. Nous sommes audités chaque année pour conserver cette certification », explique pour sa part Marine Pernet, directrice des Opérations.
« Nous avons aussi rejoint en 2025 la Communauté du Coq Vert de Bpifrance, qui rassemble des dirigeants engagés dans la transition écologique, puis plus récemment les Dirigeants responsables. » L’export constitue désormais l’un des principaux relais de croissance identifiés. Ecobulles est déjà présente en Belgique et en Suisse et vise notamment l’Allemagne, pays fortement confrontés aux problématiques de calcaire et avec de nombreuses exigences environnementales. Dernier développement en date, Ecobulles devient la première entreprise de traitement du calcaire à intégrer du « CO2 vert », issu de la méthanisation, dans son procédé grâce à sa collaboration avec l’entreprise auboise L2PI. « Cette collaboration permet la valorisation du CO2 vert, issu de la méthanisation agricole. Ce CO2, auparavant rejeté dans l’atmosphère, est aujourd’hui récupéré et purifié par les méthaniseurs. L2PI, grâce à ses infrastructures de collecte et à son engagement en faveur de la qualité, permet une mise sur le marché en garantissant à Ecobulles un approvisionnement en "CO2 vert" fiable, durable et de qualité. »