Des PME structurées de plus en plus touchées par les procédures
Justice. C’est avec gravité mais aussi avec une détermination lucide que Thierry Collet a fait le bilan 2025 de la juridiction ardennaise. Une l’audience solennelle de rentrée marquée par des conséquences sociales plus lourdes lors de liquidations judiciaires.
D’emblée, Marlène Borde, la vice-procureure, a constaté que si le nombre de redressements (22) et liquidations (77) a été divisé par trois entre 2024 et 2025, les chefs d’entreprises saisissaient trop tardivement le Tribunal de Commerce, ce qui rend les dossiers de plus en plus critiques et le redressement quasi impossible. Thierry Collet, le président n’a pas masqué les difficultés, ni cédé au catastrophisme mais nommé les choses avec justesse, rigueur et mesure lors de ces propos sur le tissu économique local : « Souvent solides sur le plan technique, portées par des dirigeants engagés, les entreprises ardennaises sont exposées à des marges réduites, à une dépendance accrue à quelques donneurs d’ordre et à une sensibilité particulière aux variations de conjoncture. Dans ce contexte, la mission du Tribunal de Commerce consiste à jouer un rôle de régulation et d’alerte ».
S’agissant de l’activité, le volume global des affaires n’a pas connu de hausse spectaculaire comme en 2023. La nature des dossiers évolue profondément. Les contentieux sont plus complexes, les enjeux financiers plus élevés, les situations humaines plus lourdes. « Derrière chaque dossier se cache désormais une réalité économique fragile, parfois déjà fortement dégradée au moment où le tribunal est saisi. Quant aux litiges, ils concernent de plus en plus des impayés significatifs, des ruptures de relations commerciales anciennes, des situations de blocage durable entre partenaires économiques, causés par une incapacité croissante à absorber les chocs successifs subis depuis plusieurs années ».
La durée moyenne des délibérés reste contenue, ce qui témoigne de la volonté des juges de rendre des décisions rapides, lisibles et juridiquement sécurisées.
Le recours aux injonctions de payer est en baisse (-9.42%) mais cet indicateur traduit souvent l’échec du dialogue commercial, l’épuisement des solutions amiables et la nécessité, pour un créancier, de sécuriser sa créance dans un contexte d’incertitude accrue : « La hausse des montants moyens par injonction montre que les difficultés ne concernent plus seulement des créances marginales, mais des sommes significatives, susceptibles de déséquilibrer durablement la trésorerie des entreprises concernées ».
Des salariés plus nombreux à être touchés lors des procédures collectives
Si l’ouverture de procédures collectives affiche une baisse relative par rapport au pic observé en 2023, cette évolution ne signifie pas nécessairement une amélioration de la situation économique d’autant que les conséquences sociales sont beaucoup plus graves. « Ce qui est certain, en revanche, c’est que les procédures ouvertes concernent des entreprises plus structurées, employant davantage de salariés et réalisant des chiffres d’affaires plus élevés. Par conséquent, les liquidations ont un impact social et territorial considérable. Chaque liquidation ne représente pas seulement la fin d’une entreprise. Elle signifie la perte d’emplois, la fragilisation de familles, la disparition d’un savoir-faire et parfois l’appauvrissement durable d’un bassin économique déjà fragile. (...) Cette évolution a des conséquences majeures. Les défaillances d’entreprises de taille intermédiaire entraînent des pertes d’emplois plus importantes, des ruptures de chaînes de sous-traitance, et des effets de contagion sur l’ensemble d’un écosystème économique local ou régional. Les secteurs touchés sont variés, mais certains apparaissent particulièrement exposés : le commerce, la construction, l’industrie sous-traitante, le transport, ainsi que certains services aux entreprises. Ces secteurs cumulent souvent plusieurs facteurs de vulnérabilité : hausse des coûts, pression sur les marges, difficultés de recrutement, dépendance à quelques donneurs d’ordre et accès plus contraint au financement ».
Face à cela, la justice commerciale dispose d’un outil particulièrement puissant mais trop souvent méconnu : la prévention des difficultés des entreprises. « Plus une difficulté est détectée tôt, plus les solutions sont nombreuses, efficaces et peu coûteuses permettant d’intervenir en amont, dans un cadre confidentiel, souple et adapté à la situation de chaque entreprise », insiste Thierry Collet.
Un nouveau juge consulaire
En début d’audience, Thierry Collet après avoir salué l’implication d’Anthony Gout a accueilli un nouveau juge consulaire : Jean-Charles Parmentier. Après un début de carrière en packaging et marketing chez Danone, Henkel et Reckit Benckiser, le nouveau venu a ensuite repris en 2006, l’Intermarché de Sedan, créé un Netto, dans la cité de Turenne, en 2013, et occupé différentes fonctions dans le groupement des mousquetaires. Depuis 2021, il a ensuite fondé ATI Promotion, une société de promotion immobilière pour les entreprises basée à Donchery avant de devenir en 2024, gérant du Cabinet Hoquet Businness Charleville, spécialisé en transaction de commerces et immobilier d’entreprise.