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130e année

David Picatto : « l’industrie retrouve des couleurs »

Industrie. Suite au webinaire récemment organisé par la Banque de France dans le Grand Est, David Picatto fait ici le point sur le bilan 2021 et les perspectives 2022 dans le département des Ardennes dont il dirige la succursale.

Quelles sont les principales caractéristiques du contexte économique local en ce début d’année ?

David Picatto est directeur de la succursale ardennaise de la Banque de France depuis août 2021. DR

David Picatto : « Le retour à une croissance dynamique au niveau national se confirme également au niveau local. Malgré un contexte sanitaire toujours dégradé, la production est moins impactée et l’industrie retrouve des couleurs. Le rebond est également net dans le secteur des services et de la construction. Dans son ensemble, l’activité économique a retrouvé son niveau d’avant-crise. Mais cette situation globale ne reflète pas les particularités de certains secteurs : la production du matériel de transport ou la fabrication de matériels électronique, très impactées par le manque de semi-conducteurs, n’ont pas retrouvé encore le niveau d’activité de 2019. Les anticipations des chefs d’entreprise sont également favorables quand on évoque l’année à venir. Dans l’industrie, on attend des hausses de plus de 9% notamment grâce à une reprise nette du secteur automobile. La croissance sera présente mais moins marquée dans les services et la construction (moins de 2% de croissance attendue) ».

Comment les entreprises ont-elles été impactées par la flambée des prix des matières premières et les difficultés d’approvisionnement ?

« L’industrie est particulièrement impactée par la hausse des prix. Le secteur de la fonderie, spécialité ardennaise et très consommateur en énergie, est particulièrement pénalisé par les hausses de l’électricité et du gaz et peine à renégocier ses tarifs auprès de ses clients. Dans ce secteur, les prix sont bien souvent indexés sur les matières premières mais pas sur l’énergie. Cette hausse brutale et sans précédent les impacte donc de plein fouet. Notre enquête régionale nous montre aussi que les difficultés d’approvisionnement handicapent près d’une entreprise sur deux dans l’industrie et la construction. Cependant, depuis la fin 2021, on assiste à une amélioration sensible sur l’approvisionnement et on s’attend à ce qu’elle continue à s’améliorer dans les mois à venir. Cela se traduit par une anticipation très favorable des chefs d’entreprise sur le maintien voir la hausse de leur rentabilité en 2022 ».

Pourquoi beaucoup de secteurs d’activités se trouvent confrontés à des difficultés de recrutement ?

« Effectivement, beaucoup d’entreprises peinent aujourd’hui à recruter. Quel que soit le secteur ou le bassin d’emploi, cela touche plus d’une entreprise sur deux et c’est aujourd’hui un des facteurs qui limite le plus la croissance économique. Si le recours à l’intérim a été une solution préférentielle en 2021 pour accompagner la reprise soudaine d’activité, les trois grand secteurs d’activité anticipent aujourd’hui de recruter en 2022 afin de renforcer de manière pérenne leurs équipes. Le taux de chômage national, autour de 8%, est revenu au niveau de 2019. Même si l’on s’attend à ce qu’il baisse légèrement en 2022, on constate qu’il est difficile de faire coïncider les besoins de recrutement des entreprises avec les personnes en recherche d’emploi. C’est le « paradoxe » français qui oppose un taux de chômage relativement élevé à des besoins de recrutements insatisfaits. »

Pascal Remy