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Cristal Union encaisse le choc des prix du sucre mais reste solide

Agro-industrie. Le retournement du marché du sucre n’épargne pas Cristal Union. Après deux années « exceptionnelles », le groupe coopératif voit ses résultats reculer, pénalisé par la chute des prix mondiaux mais conserve une résistance notable.

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Photo de Olivier de Bohan, Xavier Astolfi et Stanislas Bouchard
Olivier de Bohan, entouré de Xavier Astolfi (à gauche) et de Stanislas Bouchard, Directeur général adjoint. (Crédits : DR)

Le chiffre d’affaires de Cristal Union s’établit à 2,275 milliards d’euros, en baisse de 14 % sur un an. En cause : un effondrement des cours du sucre loin des niveaux élevés observés des dernières années. « Cette baisse du chiffre d’affaires s’explique principalement par le prix à la tonne du sucre en forte baisse même si les volumes de sucre vendus, eux, sont en hausse », explique Xavier Astolfi, Directeur général de Cristal Union. « En ce qui concerne l’alcool et l’éthanol, il y a une relative stabilité grâce à une augmentation des volumes et malgré une baisse des prix. »

Dans le même temps, la hausse des coûts de production, notamment énergétiques, continue de peser sur la filière. Dans ce contexte difficile, Cristal Union parvient à dégager un EBITDA positif de 138 millions d’euros. Un niveau en net recul par rapport à l’année précédente (287 millions), mais qui témoigne, selon le groupe, « de la solidité de son modèle ». Le résultat net consolidé reste positif à 20 millions d’euros. Le groupe a d’ailleurs adapté sa stratégie en conséquence, « en orientant davantage sa production vers l’éthanol et en ciblant des débouchés européens déficitaires en sucre, notamment dans le bassin méditerranéen », indique Xavier Astolfi.

Un prix moyen des betteraves à 35€/t

Malgré la conjoncture, Cristal Union souhaite maintenir une rémunération attractive pour ses coopérateurs. Le prix moyen des betteraves contractées dépasse 35 euros la tonne, un niveau conforme aux objectifs annoncés. Un résultat rendu possible grâce à la caisse de péréquation, un mécanisme mis en place lors des années fastes pour lisser les revenus. Un outil jugé essentiel pour stabiliser les surfaces betteravières, alors que celles-ci reculent fortement en Europe. « Ces six dernières années, nous avons tiré un enseignement crucial du dernier point bas qu’on a vécu dans les années 2018-2019. Vous vous souvenez, Cristal Union perdait 100 millions d’euros et payait la betterave à 22 euros la tonne ! », rappelle Olivier de Bohan, président du Conseil d’administration. « Dans une pareille situation, six ans plus tard, nous dégageons 20 millions d’euros de résultats et nous payons la betterave à plus de 35 euros la tonne. »

Un groupe financièrement solide

Le secteur reste toutefois sous tension car les industriels européens doivent composer avec une concurrence accrue des importations, favorisées par plusieurs accords commerciaux (Ukraine, Mercosur). Des produits souvent moins contraints sur le plan environnemental. Dans le même temps, le groupe sucrier doit faire face à la réduction des surfaces. « En 2025, les 9 % de baisse en surface betteravière européenne ont été compensés par une hausse des rendements. Mais cette année, nous sommes à plus de 7 %. Cela veut dire qu’on a plus de 16 % de baisse de surface en moins de deux ans », alerte aussi Olivier de Bohan. Résultat : plusieurs sucreries ont fermé récemment en Europe, signe d’un modèle fragilisé.

Dans ce contexte, Cristal Union met en avant sa structure financière. Le groupe a fortement réduit son endettement ces dernières années et vient de sécuriser un refinancement sur cinq ans, signé en janvier 2026. « Nous disposons de pas mal d’atouts aujourd’hui pour assurer notre solidité économique mais surtout pour saisir des opportunités de marché », insiste le Directeur général. De quoi donner des marges de manoeuvre au groupe pour poursuivre ses investissements notamment en ce qui concerne la décarbonation avec toujours comme objectif de réduire de 27,5 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Les investissements, qui atteignent environ 100 millions d’euros par an, portent notamment sur les économies d’énergie, la biomasse ou encore la valorisation des coproduits. « Toutes nos sucreries sont désormais autonomes en eau, une première dans la filière. Les distilleries devraient suivre d’ici la fin de la décennie », assure Oliver de Bohan.