Clairvaux, 60 millions d’euros pour sauver l’abbaye
Patrimoine. Le plus gros chantier de restauration de monument de France est dans l’Aube, à Clairvaux, où le ministère de la Culture réhabilite les édifices en attendant leurs destinations futures.
Depuis le départ de l’administration pénitentiaire de Clairvaux en 2023, l’abbaye construite en 1115 par Bernard de Clairvaux puis transformée en prison en 1808 sous Napoléon subit sa cure de jouvence. Le chantier, financé par le ministère de la Culture, propriétaire des lieux, veut cristalliser l’abbaye dans son état actuel pour la préserver en vue d’une ou plusieurs destinations encore inconnues. Le chantier de préservation implique un budget de 60 millions d’euros sur quatre ans. Clairvaux devient ainsi le plus gros chantier de France maintenant que la cathédrale Notre-Dame est achevée.
« 40 millions d’euros ont d’ores et déjà été engagés sur les travaux d’investissement. Par ailleurs, le ministère de la Culture est aussi chargé de l’entretien et de la sûreté du site, qui nécessitent également des dépenses budgétaires et puis une mobilisation des équipes des services du ministère de la Culture », explique Isabelle Chardonnier, directrice régionale des affaires culturelles du Grand-Est lors d’une visite en présence du Préfet. Quatre chantiers de restauration sont donc menés simultanément derrière les 500 tonnes d’échafaudage de 15 mètres de hauteur et 75 mètres de long qui habillent les murs du Grand Cloître. Un chantier qui bénéficie à quelques entreprises auboises comme l’atelier Léon Noël retenu pour le lot maçonnerie et taille de pierre et à l’entreprise Baty pour la menuiserie.
Concilier près de mille ans d’histoire
Les principales préoccupations pour Clairvaux qui véhicule 700 ans d’histoire abbatiale et deux siècles de vie carcérale, portent sur la restauration des structures, de mise hors d’eau des toitures, sur ce monument qui souffre de graves désordres structurels. Le parti pris de la Commission nationale du patrimoine pour la restauration concilie ainsi les deux histoires, monastique et carcérale. Si la période post napoléonienne est privilégiée à 85 % avec une restauration à l’identique, l’entresol et une partie de l’aile sud seront retirés pour retrouver le schéma initial. « Toutes les cages à poules sont là et protégées au titre des monuments historiques. » Ces cellules individuelles de 1,5 m sur 2 m sont ainsi protégées avant de trouver une nouvelle destinée.
Les choix de préservation des infrastructures existantes ou de restitution des éléments d’origine ont fait l’objet d’un minutieux travail d’historiens et d’archives, comme pour acter de la remise en valeur des volumes de l’ancienne bibliothèque. Pour Michel Trubert, architecte en chef des monuments historiques, « toute restauration nécessite de faire des choix, ils doivent être raisonnables et raisonnés pour présenter toute la profondeur historique du monument et pour en comprendre le fonctionnement d’origine, en saisir la qualité et l’ampleur. » Reste à connaître maintenant comment s’écrira le futur de Clairvaux.