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Chamonix : le bâton de Balmat entre au musée

Tourisme. Le bâton utilisé par le guide et cristallier Jacques Balmat dans la première ascension du mont Blanc en 1786 est l’un des objets phares du musée éponyme (ex-musée Alpin) qui a rouvert le 11 juillet à Chamonix après cinq ans de travaux. Retour sur l’histoire rocambolesque de cet objet, ancêtre du piolet.

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8 août 1786. Il y a tout juste 240 ans, Jacques Balmat atteint le sommet du mont Blanc, point culminant de l’Europe occidentale (4 806 m), avec le docteur Michel-Gabriel Paccard. Une première d’autant plus impressionnante qu’elle est réalisée sans crampon, ni corde, ni hache à glace, juste avec… un simple bâton ! Simple ? Pas tout à fait quand même : ce plantaire de sapin très droit, qui sèche pendant au moins un an après sa coupe, se singularise par sa taille (2,70 m), son diamètre (5 cm), et sa pique en métal cerclée de fer.

« L’outil était alors utilisé par les cristalliers et les chasseurs de chamois, notamment pour franchir les ressauts rocheux, traverser les zones crevassées, descendre les pentes "en ramasse" ou "en sorcière" en le chevauchant », explique Denis Pivot, guide de haute montagne, passionné depuis plus de 40 ans par le matériel d’alpinisme dont il est devenu un véritable référent. C’est d’ailleurs à lui que l’on doit la découverte et l’authentification de cet ancêtre du piolet.

Un secret bien gardé

Balmat, premier au sommet du mont Blanc en 1786, avec son bâton devenu légendaire. (Crédits : HV)

« Balmat a disparu en 1834 en cherchant de l’or dans le cirque du Fer à Cheval, en Haute-Savoie. Comme il était couvert de dettes, sa famille a décidé de vendre plusieurs de ses biens dont le fameux bâton, alors racheté par Jean Méril Payot, charpentier aux Houches. » Mal lui en a pris : il n’avait pas vu, à son grand dam, que la douille de l’objet était fendue. « Pour le faire réparer, il s’est rendu chez Pierre Devouassoud, forgeron et partie intégrante d’une grande famille de guides. Pierre lui a alors proposé de le conserver et de lui en fabriquer un neuf. » L’outil intègre ainsi un coin de l’atelier des Devouassoud, bien connus pour la fabrication de sonnailles. À sa mort, Pierre le transmet à son fils aîné, Michel, qui a la bonne idée de retourner voir le charpentier : il veut être sûr que le spécimen est bien celui de Balmat. Convaincu, il repart avec une attestation en bonne et due forme, certifiée également par le maire.

Pour autant, le secret reste bien gardé. Michel remet à son tour le bâton à son fils Émile, qui lui-même le donne à son fils Edmond, qui le passe à son fils Gérard. Ce descendant ne pipe mot lors du bicentenaire de l’ascension en 1986, convaincu que pour vivre heureux, mieux vaut demeurer caché. L’outil, orné d’un ruban, apparaît seulement en public lors des inaugurations de la stèle de Balmat à Chamonix (11 août 1878) et de la statue représentant Saussure et Balmat (28 août 1887), auteurs de la deuxième ascension du mont Blanc en 1787. Puis plus rien. Il traverse les ans en silence, dans l’ombre de l’atelier, peu soucieux de sa valeur historique.

Une affaire d’hommes

Crédits : HV

2018. Cette année-là, Denis Pivot, qui souhaite écrire un livre sur l’histoire des fabricants de la vallée, échange à plusieurs reprises avec le plus jeune des descendants Devouassoud, Thomas. « Nous avons peu à peu tissé des liens d’amitié. Un jour, Thomas m’a dit qu’il possédait le bâton de Balmat et me l’a montré ». Un choc pour notre interlocuteur, stupéfait et incrédule, toujours très ému à la simple évocation de ce souvenir : « Ce bâton ? C’est l’ancêtre de tout le matériel d’alpiniste. Je suis guide… Gravir des montagnes c’est toute ma vie. C’était comme une découverte archéologique pour moi ». Pour autant, et afin d’être sûr de l’authenticité du précieux objet, il effectue des recherches complémentaires, croise les informations à partir de l’attestation pour remonter le fil et « tout coïncidait, c’était incroyable ».

Périades
L’authentique cabane des Périades, historiquement perchée à 3 441 m d’altitude, a trouvé refuge au musée après s’être affaissée en 2019.

Pour lui, la place du bâton est bien sûr au musée, mais encore faut-il obtenir l’accord des propriétaires : « Les Devouassoud se sont réunis pour en décider. La propre soeur de Thomas n’était même pas au courant que l’objet était dans leurs murs… Ce bâton est resté une affaire d’hommes six générations durant ! » Et comme ils ont donné leur accord, tout un chacun peut désormais l’admirer à Chamonix, au musée du Mont-Blanc avec, entre autres, la sacoche en cuir et le carnet de notes de Jacques Balmat !