Cap sur la réindustrialisation avec le Salon Business Industries
Industrie. Organisé les 28 et 29 avril au Parc des expositions de Reims, le Salon Business Industries va réunir plus de 200 exposants et attend plusieurs milliers de visiteurs pour assurer la promotion de l’industrie française (et locale) et de ses métiers.
« Aujourd’hui, beaucoup de nos adhérents travaillent dans des domaines d’activités un peu différents mais se connaissent mal et ne travaillent pas ensemble », avance Nicolas Grosdidier, président de l’UIMM Champagne-Ardenne, partenaire du premier Salon Business Industries Reims. « Notre idée, avec ce salon, c’est de créer un axe large Strasbourg-Paris pour la sous-traitance dédié aux industriels avec de la proximité sur deux jours. Il s’agit de favoriser les contacts et les rapprochements et de créer du business entre les différents acteurs de la filière industrielle ».
Des exemples ? « Des mécaniciens peuvent se rapprocher avec des entreprises qui font du traitement de surface et des fournisseurs d’équipements industriels pourront rencontrer des gens qui consomment de l’équipement. Il y a beaucoup de sous-traitance qui se crée autour d’une activité industrielle : des chaudronniers aux mécaniciens, en passant par les spécialistes de la maintenance et les acteurs de l’environnement. Il y a autant d’exemples croisés que de noms d’exposants que l’on peut trouver sur le salon », souligne le président de l’UIMM Champagne-Ardenne.
D’ailleurs, la réindustrialisation n’est pas qu’un voeu pieux, elle est déjà à l’oeuvre, souligne Aurélien Banon, directeur régional Bpifrance : « Il suffit de regarder les cinq dernières années. Nous avons réussi à faire progresser l’emploi industriel et à enregistrer davantage de créations d’usines que de fermetures. En 2025, Bpifrance recense 245 ouvertures de sites industriels (contre 195 en 2024) pour 244 fermetures, soit un solde global très légèrement positif (+1). Ce qui est certain, c’est que l’on ne refera pas l’industrie d’hier : il faut construire une industrie du futur. Nous devons donc concentrer nos efforts sur les filières stratégiques de demain, avec une vision par grandes filières et une planification pluriannuelle donnant un cap clair en matière d’investissements, de fiscalité, de cadre réglementaire et d’accompagnement financier. Cela suppose un État et une administration capables d’agir dans la durée, avec une vision de long terme, cohérente et partagée. L’annonce récente des 150 projets « type Notre-Dame » en est une illustration, parmi d’autres ».
La Défense en pole position
Preuve de cette dynamique, les entreprises recrutent et leurs besoins en main d’oeuvre s’avèrent même très conséquents dans les prochaines années. « D’une part, aujourd’hui, malgré le contexte actuel, des entreprises recrutent à la faveur du développement de certains marchés », souligne Sébastien Guenet, directeur de l’UIMM. « Et d’autre part en raison d’une pyramide des âges assez vieillissante, nous avons de gros besoins de recrutement sur les 5 à 10 années à venir pour remplacer les collaborateurs qui vont partir en retraite : selon l’observatoire de la métallurgie, entre 2025 et 2030 nous avons environ 44 000 recrutements par an à faire dans le Grand Est ».
Des besoins en main d’oeuvre qui incitent l’UIMM à séduire particulièrement les jeunes générations. « Ce salon est aussi un moment où nous faisons la promotion des métiers auprès des jeunes qui viendront sur la journée de mardi et des demandeurs d’emploi également avec France Travail qui viendront sur la journée du mercredi pour appréhender ce que sont les métiers de l’industrie. Les organismes de formation seront présents et il sera aussi possible de rencontrer des dirigeants industriels en direct ».
Aujourd’hui, de nombreux secteurs d’activité recrutent, à commencer par celui de la Défense, dont les entreprises sont particulièrement sollicitées. « Les événements géopolitiques des cinq dernières années avec la guerre en Ukraine, l’instabilité au Moyen-Orient, la guerre en Iran ont été un électrochoc pour les politiques françaises et européennes. La guerre est aux portes de nos frontières. Le secteur de la défense est redevenu stratégique pour notre souveraineté et pour notre industrie. Le ministère des Armées et la Direction Générale de l’Armement portent des programmes d’investissement, de transformation des capacités. En 2025, la DGA a passé commande de 39 milliards ce qui est un record. Pour autant, entre les phases d’appels d’offres, de contractualisation et de livraison, plusieurs années peuvent s’écouler. Cela donne le temps aux industriels d’adapter et de renforcer leurs outils de production pour répondre à cette nouvelle demande », explique Aurélien Banon.
L’Aéronautique est également un secteur qui recrute, tout comme le ferroviaire. « Nous avons des adhérents aujourd’hui qui sont dans ces secteurs d’activité », précise Nicolas Grosdidier. « Par ailleurs, contrairement à ce que l’on peut dire, le secteur automobile ne s’est pas trop mal comporté en 2025, même s’il y a des orientations électriques. La problématique du prix du carburant aujourd’hui incite massivement des gens qui ont intérêt à remplacer leur véhicule, à se diriger massivement vers les véhicules électriques compte tenu du prix des carburants ».
Dans le cadre de la réindustrialisation, Bpifrance accompagne trois grandes catégories d’acteurs : les start-ups industrielles, les PME et les grands groupes. « Leurs stratégies et leurs enjeux sont différents, mais nous avons besoin de ces trois populations au sein de chaque filière », explique Aurélien Banon. « Chez Bpifrance, nous investissons fortement dans l’industrie verte (décarbonation, greentech, énergies décarbonées), dans la mobilité (véhicules électriques, avion bas carbone, véhicules autonomes), dans l’électronique et le numérique (semi-conducteurs, cloud, informatique quantique), ainsi que dans la santé, l’agroalimentaire et les matériaux. En parallèle, les filières plus traditionnelles comme les pièces mécaniques, chimie, etc. doivent aussi être accompagnées, avec un objectif de montée en gamme et de création de valeur ajoutée, afin de rester compétitives face à la concurrence internationale. »
La réindustrialisation n’est donc aujourd’hui plus utopique, soutenue par de nombreux dispositifs de l’État et aussi encouragée par les aléas géopolitiques qui augmentent drastiquement les coûts et les risques d’approvisionnements et rallongent parfois dangereusement les délais de livraison. « Les coûts de production, les charges et la réglementation restent des freins mais ce qui prône en faveur de la relocalisation, ce sont surtout les coûts logistiques. Les temps logistiques sont eux aussi plus importants quand on est délocalisé. Or, dans certains on a besoin de réactivité, donc la proximité de la production est un avantage et un véritable atout », souligne Sébastien Guenet.
La relocalisation selon Vynex
Des enjeux qui ont incité l’entreprise ardennaise Vynex, spécialiste de la visserie, à engager un processus de relocalisation il y a presque 10 ans déjà. « Le projet a démarré dans les années 2017-2018 dans la tête de nos dirigeants. La vis Rocket représente une part importante du chiffre d’affaires et de la marge de l’entreprise et l’idée était de faire revenir sa production en France pour plusieurs raisons : asseoir notre positionnement par rapport à la concurrence qui produit en Europe, acquérir les compétences techniques sur le produit, accompagner davantage nos clients en matière de développement et pouvoir élargir notre gamme », souligne Olivier Parant, responsable de fabrication de Vynex.
En 2021, à la faveur du Plan de relance, l’entreprise a investi 3 millions d’euros sur son site ardennais de Donchery et a relocalisé la production de son produit-phare, qui était jusqu’alors fabriqué à Taïwan. Une stratégie gagnante, notamment en matière de sécurisation des approvisionnements au regard des risques géopolitiques. « Nous sommes gagnants sur plusieurs points à commencer par le transport et certains coûts logistiques ». Et après avoir prouvé que c’était possible, l’entreprise a poursuivi sur sa lancée. « Nous avons augmenté les cadences et, en 2025 et 2026, nous avons investi 400 000 euros dans un nouvel équipement complet. Aujourd’hui, nous pouvons produire jusqu’à 500 000 vis par jour à Donchery, soit 30% du tonnage de nos vis Rocket », précise Olivier Parant. Vynex a déjà prévu de continuer à investir début 2027 pour aller encore plus loin dans sa démarche, dans laquelle elle a aussi impliqué des entreprises locales, notamment pour effectuer l’électrozinguage de ses vis.
Mais avant de recruter, il faut aussi savoir former et surtout attirer les jeunes et les demandeurs d’emploi vers les filières industrielles. « Chaque année dans nos centres de formation de l’UIMM, nous formons 1 000 apprentis et entre 3 500 et 4 000 stagiaires, demandeurs d’emploi et salariés d’entreprise qui viennent monter en compétences dans les centres de formation avec la formation continue », souligne Nicolas Grosdidier. « On pourrait certainement en accueillir davantage s’il y avait effectivement plus de jeunes qui s’orientaient vers nos métiers, plus d’entreprises pour les accueillir et aussi si les dispositifs de formation n’étaient pas mis en difficulté par une politique gouvernementale qui a diminué l’accompagnement des entreprises et des centres de formation sur l’apprentissage ». Des coupes budgétaires « assez brutales », qui mettent à mal l’accompagnement dans la durée, d’autant que la formation dans l’industrie permet des débouchés fiables, comme l’assure Sébastien Guenet : « Aujourd’hui 90% des jeunes qui entrent au CFA de l’UIMM sont directement en emploi dès leur sortie ». Un argument choc pour la filière. Un argument de plus pour l’industrie.