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Butte Chalmont : 2 587 hectares désormais sous protection renforcée

Patrimoine. Par un décret du 27 juillet, l’État a classé le site de mémoire de la Butte Chalmont et ses perspectives, sur sept communes du Tardenois. Au terme d’un processus engagé en 2001 et d’un périmètre réduit de plus de 70 %, la protection soumet à autorisation spéciale les projets qui modifieraient le paysage vu depuis le monument des Fantômes.

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Crédits : Dessirier

Le décret n° 2026-681, publié au Journal officiel du 29 juillet, classe le site de mémoire de la Butte Chalmont et ses perspectives au titre de la loi du 2 mai 1930. Le périmètre couvre 2 587 hectares sur les communes d’Arcy-Sainte-Restitue, Beugneux, Bruyères-sur-Fère, Cramaille, Grand-Rozoy, Oulchy-le-Château et Saponay. Le périmètre protège non seulement le monument, mais aussi ses perspectives paysagères, notamment vers l’est.

Symbole de résistance et de luttes

La Butte Chalmont, poste avancé et stratégique du plateau fortifié d’Hartennes, a occupé une place prépondérante durant la seconde bataille de la Marne, entre le 18 juillet et le 2 août 1918. Sa reconquête par l’armée française le 28 juillet 1918, sous les ordres du général Mangin, constitue une victoire majeure de la contre-offensive alliée, scellant le revers des forces allemandes et ouvrant la voie vers l’armistice final du 11 novembre 1918.

Sur ce site, le monument des Fantômes s’impose tant par sa valeur historique que par sa dimension esthétique. Cette création du sculpteur Paul Landowski – lauréat du Grand Prix de Rome en 1900 et célèbre créateur du Christ Rédempteur de Rio de Janeiro – a été officiellement inaugurée en 1935 par le président Albert Lebrun pour honorer le souvenir des combattants morts pour la patrie. Répertorié comme monument historique depuis 1934, l’ensemble se compose de huit statues monolithiques en granit. Au sommet, l’oeuvre réunit sept soldats autour d’un jeune homme nu figurant le martyr. Plus bas, une seconde sculpture, une allégorie sculptée de la France, abritée derrière un bouclier gravé de la devise républicaine (Liberté, Égalité, Fraternité), scrute la ligne d’horizon d’où surgirent les troupes ennemies.

Un premier projet, instruit à partir de 2001, portait sur 17 communes et 8 950 hectares. Il a échoué à l’enquête publique de 2013, élus et agriculteurs jugeant la protection trop étendue. Le dossier a été refondu autour d’un périmètre trois fois plus resserré, soumis à une nouvelle enquête début 2022. Le commissaire enquêteur a rendu un avis favorable, en émettant une réserve sur un document de gestion jugé « trop réglementaire et pas assez en lien avec le territoire ».

Les consultations locales traduisent la même réticence. La chambre d’agriculture de l’Aisne a rendu un avis défavorable, estimant que les orientations de gestion pesaient trop sur les pratiques agricoles et l’urbanisme. Quatre conseils municipaux sur sept se sont prononcés contre, un cinquième s’est partagé à égalité. Une seule demande d’exclusion a prospéré, à Beugneux, sur un hectare en entrée de village.

Éolien, photovoltaïque et bâti agricole sous surveillance

Concrètement, les travaux susceptibles de modifier l’état ou l’aspect du site sont désormais soumis au régime d’autorisation applicable aux sites classés. Un cahier de recommandations architecturales et paysagères, sans valeur réglementaire, donne cependant un cadre de principe de gestion. Il demande par exemple de maintenir les espaces agricoles ouverts, d’éviter les bâtiments isolés et de suivre le développement éolien en covisibilité avec la butte. La sensibilité paysagère du secteur avait d’ailleurs déjà conduit au refus d’un projet éolien, décision confirmée par la cour administrative d’appel de Douai. Photovoltaïque et méthanisation ne font pas l’objet d’une interdiction de principe, mais les projets seront appréciés au regard de leur impact paysager. L’enjeu est d’autant plus sensible que la quasi-totalité des communes relèvent encore du règlement national d’urbanisme, deux PLUi étant en cours d’élaboration.

Pour les services de l’État, la contrepartie se joue sur le terrain touristique. « Ce classement consacre la valeur patrimoniale et mémorielle exceptionnelle de la Butte Chalmont », souligne Isabelle Burel, chargée de l’intérim de la fonction de préfète de l’Aisne, qui y voit un levier d’attractivité. La Somme offre deux précédents, avec Thiepval et Beaumont-Hamel en 2013, puis Villers-Bretonneux et Le Hamel en 2018. Un dossier axonais reste ouvert, celui du Chemin des Dames, qui figurait encore en 2024 parmi les sites nationaux à classer en priorité.