BlueSpine, une croissance sans faille
Industrie. Créée en novembre 2023, la start-up BlueSpine connaît une croissance fulgurante. Incubée chez Innovact à ses débuts, elle a désormais pris possession de ses propres locaux dans la zone de la Husselle, à Bétheny (51), en décembre 2025 et elle projette prochainement d’y installer une usine de fabrication.
C’est sous le soleil toulousain que se sont rencontrés les co-créateurs de la start up BlueSpine, spécialisée dans la conception et la fabrication de technologies innovantes pour diagnostiquer et traiter la corrosion des infrastructures. À les entendre, on ne s’y trompe pas, eux qui ont l’accent chantant du sud-ouest. Mais c’est pourtant en terre marnaise qu’est venu éclore leur projet entrepreneurial, grâce à un écosystème structuré et un soutien appuyé. « Nous connaissions bien l’écosystème d’accompagnement à la création et au développement de start up de Toulouse, très peu celui de Reims, et finalement l’accueil a été incroyable. Notre projet était déjà assez mature dans sa vision et très rapidement, nous avons été mis en relation avec Bpifrance. L’écosystème d’accompagnement à l’innovation nous a donné un gros coup de boost », confirme David Garcia, CEO de l’entreprise, formé à INSA(Institut national de Sciences appliquées) de Toulouse.
Rencontre de différentes compétences
Fruit de la rencontre entre plusieurs compétences qui vont de l’expertise en corrosion, le génie civil, jusqu’à l’électronique, l’informatique embarquée ou encore le développement d’applications informatiques, on pourrait presque dire que BlueSpine a débuté sur les bancs du lycée. « Avec Simon Deharo, le deuxième co-fondateur, nous nous connaissons depuis qu’on a 15 ans et nous avons tous deux suivis des études d’ingénieur. Lui est spécialisé en traitement de la corrosion, moi sur le diagnostic, donc nous sommes assez complémentaires. » Après leurs thèses, les deux amis décident de créer un bureau d’étude spécialisé en corrosion. « Là, on ne parlait pas de matériel, on était vraiment sur des services. Par exemple, un maître d’ouvrage – donc un propriétaire comme un syndic de copropriété en front de mer – constatait des fissures sur ses balcons. On se déplaçait pour faire des mesures et on disait : c’est corrodé, voilà ce qu’il faut faire. Mais nous avons vite compris que la problématique n’était pas forcément le service qu’on apportait, mais plutôt les technologies utilisées pour mesurer et traiter », poursuit David Garcia. C’est à ce moment-là qu’ils rencontrent leur troisième associé co-fondateur, Guillaume Benoît, CTO de la société aujourd’hui, avec des compétences en électronique et en informatique et qui avait son propre bureau d’études. Ensemble, ils décident de créer BlueSpine en novembre 2023 qui traite donc la pathologie de corrosion du béton. Quand ce dernier déménage à Reims, c’est toute l’équipe qui suit.
25 000 ponts dans un état structurel critique
Tous les types d’ouvrages peuvent être touchés, mais certains plus que d’autres selon les conditions atmosphériques auxquelles ils sont soumis. On estime en effet par exemple, juste sur les ponts, à 25 000 le nombre d’ouvrages dans un état structurel critique. L’effondrement meurtrier de celui de Gênes, en août 2018, est malheureusement venu rappeler cette réalité : « On sait que la plupart des ouvrages peuvent être affectés un jour. Pourquoi ? Parce qu’il y a du CO2 qui rentre dans la porosité du béton qui est comme une éponge. Les agents agressifs, comme le CO2, vont l’acidifier. C’est ce qu’on appelle la carbonatation, et ça corrode les aciers qui sont à l’intérieur », explique Simon Deharo. Il y a aussi les ouvrages soumis aux chlorures, au sel, donc ceux situés en front de mer ou en zones montagneuses, là où on utilise du sel de déverglaçage. « Un de nos premiers chantiers, c’était un parking à Meylan, près de Grenoble. Les voitures projettent le sel sur les poteaux, jusqu’à plusieurs mètres de haut car le sel est très mobile et peut monter sur de grandes distances. On peut avoir des éléments entiers contaminés. L’acier se met à gonfler et c’est cela qui provoque des fissures. »
Protection cathodique
Ces fissures sont généralement la première alerte pour un maître d’ouvrage qui réalise la plupart du temps des contrôles visuels. Or selon l’état de corrosion avancé, il n’y avait pas jusqu’à présent de multiples solutions. « Soit l’ouvrage était démoli, soit on réparait mais avec des interventions régulières tous les deux, cinq ans… On traitait la conséquence mais pas la cause. Avec BlueSpine, nous avons ouvert une troisième voie, celle de la protection cathodique », explique David Garcia. Cette méthode est basée sur l’envoi de courant à l’intérieur du béton qui se diffuse jusqu’aux acier et stoppe instantanément l’oxydation du fer. « La première possibilité est d’intégrer des anodes en zinc. Le zinc fournit du courant aux aciers mais quand il n’y a plus de zinc, le courant s’arrête, il faut donc renouveler l’application. La seconde méthode, qui est un système plus durable, est d’intégrer non pas du zinc mais du titane ou du carbone connecté à un générateur de courant. » Cette méthode peut néanmoins poser la question d’une consommation importante d’électricité. Mais David Garcia l’assure : « Ça ne consomme pas plus qu’un petit frigo. » « On peut même connecter le tout à des panneaux solaires », renchérit Simon Deharo. La stratégie de BlueSpine est de proposer tout le matériel pour traiter les dégradations ainsi que les services qui vont avec et ainsi, se positionner comme « fabricant, fournisseur et partenaire privilégié » qui accompagne les sociétés de travaux dans la réalisation. « On intègre également des capteurs à l’intérieur des ouvrages pour vérifier que le traitement fonctionne. Selon la technologie installée, la protection peut aller jusqu’à 50 ans voire même 100 ans. »
Des interventions à l’international
La start up s’adresse donc en priorité aux sociétés de travaux pour leur proposer d’intégrer dans leur méthode, la protection cathodique – « en France par exemple, on travaille avec la société Etandex qui génère plus de 200 millions de chiffre d’affaires. Mais nous travaillons également avec des partenaires en Espagne, en Belgique ou encore au Sri Lanka. On va aussi démarrer un chantier aux Maldives sur des piscines pilotis. » L’avantage ? Une « scalabilité » de la force commerciale dans la mesure où les partenaires ont déjà dans leurs effectifs des chargés d’affaires, des commerciaux. « Sur tous les chantiers que nous avons réalisés en 2025, une part conséquente a été amenée par des partenaires, comme le chantier du kiosque Bosc à Montpellier, un monument historique ; le parking d’un Carrefour ou encore une tribune de foot à Bruxelles. » Des exemples parmi d’autres qui démontrent l’influence croissante de la start up qui signe également en direct des acteurs privés, dont récemment Ariane Group, à Toulouse, leader industriel mondial du transport spatial civil et militaire. BlueSpine ne s’arrête cependant pas aux acteurs privés, puisqu’elle cible aussi le secteur public – bien que plus compliqué en termes administratifs – mais également les bureaux d’études, pour lesquels elle est en train de développer un outil de diagnostic. Et comme les associés ne manquent pas d’idées, s’ils ont développé des solutions pour intervenir quand l’ouvrage est corrodé, ils proposent désormais une solution pour agir dès l’étape de la construction. « On maîtrise vraiment toute la chaîne des ouvrages... de ceux qui ont été construits il y a plusieurs dizaines d’années à ceux qui seront construits dans les prochaines années. » Avec des interventions allant de 30 000 à 500 000 euros, la start up à la dizaine de collaborateurs connaît une croissance fulgurante. Elle conçoit tout dans son atelier rémois au sein duquel les nombreuses pièces sont le fruit de prototypes réguliers et, pour répondre à un nombre croissant de commandes, BlueSpine envisage aussi de créer sa propre usine d’ici deux ans. « Le panier moyen est autour de 100 000 euros. On fournit tout : générateurs, anodes, câbles, capteurs, vis de connexion. On est les seuls à proposer un package complet. » Son chiffre d’affaires progresse de manière exponentielle (80 % vient du matériel et 20 % des services) et après une levée de fonds de 2 millions d’euros grâce notamment à Quest for Invest et Bpifrance, les associés attendent un chiffre d’affaires d’1,2 million d’euros à la fin de l’année. « Nous visons un objectif de 20 millions d’euros à horizon 2030 », annoncent les co-fondateurs qui comptent bien ne pas s’arrêter en si bon chemin.