Avec ses batteries, TagEnergy branche Reims sur le futur
Energie. Soutenue par la Banque des Territoires, l’entreprise TagEnergy a investi plus de 100 millions d’euros pour réaliser la plus grande installation de stockage d’électricité par batteries de France, à Cernay, près de Reims.
À Cernay-lès-Reims, au pied du poste RTE, 140 Megapacks (containers de batterie) Tesla, bien alignés sur un terrain de plus de 3 hectares, assurent le plus grand stockage d’électricité par batteries de France depuis mai 2026.
« Cernay-lès-Reims est la démonstration que le stockage d’électricité à grande échelle est désormais une réalité industrielle en France. Les chiffres de ces quatre premiers mois le montrent : le site fonctionne et nous sommes fiers de ce succès collectif. Ce modèle est exactement celui que nous souhaitons pouvoir reproduire à l’avenir et il démontre notre capacité à délivrer en France des projets ambitieux, rentables et utiles », souligne Franck Woitiez, président-directeur général de TagEnergy.
Le projet représente un investissement de plus de 100 millions d’euros qui repose sur un montage associant l’entreprise et la Banque des Territoires. Cette dernière détient aujourd’hui 49 % de la société de projet, TagEnergy en conservant 51 %.
L’enjeu du projet, qui a débuté en 2022, dépasse largement les dimensions impressionnantes de l’installation. D’une capacité de stockage de 480 MWh, la batterie peut injecter 240 MW dans le réseau pendant deux heures, soit l’équivalent de la consommation de 450 000 foyers. Parmi ses principaux atouts, sa capacité à stocker l’électricité lorsque celle-ci est disponible en abondance et ensuite de la restituer lorsque le réseau en a davantage besoin. Une fonction appelée à prendre une importance croissante avec la progression des énergies renouvelables et l’électrification de l’économie.
« Si plusieurs pays en Europe ont déjà des systèmes de stockage par batteries, la France a commencé à s’y intéresser plus récemment. Nous sommes donc très heureux de contribuer au déploiement du stockage en France. Aujourd’hui, l’évolution du mix énergétique, la pénétration des énergies renouvelables et l’électrification de la société font que ces systèmes de stockage par batterie vont devenir indispensables », insiste Franck Woitiez.
Des atouts locaux
Ce qui fait aussi la particularité de l’installation rémoise c’est sa taille hors du commun, d’autant qu’elle intervient aujourd’hui dans un secteur qui commence seulement à se structurer. « Aujourd’hui en France on peut compter les projets 100 Mégawatts et plus sur les doigts d’une main », précise Christophe Léonard, directeur associé de TagEnergy pour la France. « C’est vraiment une industrie qui démarre puisqu’il y a seulement 7 projets de 50 Mégawatts et plus. Il y a beaucoup de projets de petite taille - un Mégawatt - qui sont connectés au réseau de distribution. La tendance à faire de plus gros projets se dessine, c’est une tendance à laquelle on contribue avec ce projet. »
Le choix du site de Cernay-lès-Reims n’est pas le fruit du hasard. L’existence d’un poste RTE disposant d’une capacité de connexion de 240 MW a constitué un élément déterminant. À cela se sont ajoutés une parcelle disponible, la proximité de l’autoroute et de zones industrielles, ainsi qu’un éloignement des habitations dont les premières sont à 400 mètres. Des atouts cumulés qui se font rares. « À l’heure actuelle on ne pourrait pas refaire un tel projet de 240 Mégawatts en France parce que l’état du réseau fait qu’il est très difficile de trouver des sites de ce type », ajoute le dirigeant.
Le projet marnais illustre concrètement l’un des nouveaux rôles des batteries dans le système électrique. Au cours des quatre premiers mois d’exploitation, les équipes de TagEnergy ont en effet observé que 30 % du temps de recharge est intervenu lorsque le prix de l’électricité était nul ou négatif, conséquence d’un excédent de production. La forte production solaire estivale a aussi fourni des volumes d’électricité disponibles pour charger les batteries.
« Avec le beau temps il y a eu beaucoup de production solaire en milieu de journée, nous avons donc très souvent consommé des surplus, ce qui a permis d’éviter de gâcher cette électricité », ajoute Christophe Léonard. « Nous constatons aussi que 80 % du temps nous consommons en période creuse et que 80 % du temps, nous injectons de l’énergie en période pleine. On vient donc vraiment exploiter au maximum les énergies renouvelables ». L’autre intérêt est lié à la consommation de gaz. « L’impact de nos batteries c’est d’encourager la pénétration de renouvelables dans le mix énergétique et de diminuer l’usage du gaz aux heures de pic, le soir par exemple », souligne Franck Woitiez.
Le modèle économique de TagEnergy repose d’ailleurs précisément sur cette capacité à profiter des écarts de prix et à fournir des services au réseau. « Le modèle économique d’une batterie c’est d’acheter l’électricité pas cher, de la vendre cher ou de vendre des services au réseau pour le stabiliser », résume le Pdg.
Conçue pour être exploitée pendant au moins vingt ans selon ses dirigeants, la batterie géante de Cernay tire aujourd’hui la majorité des revenus par la régulation de la fréquence du réseau. TagEnergy anticipe cependant une progression de ses revenus issus de l’arbitrage entre les périodes de prix bas et de tarifs élevés.
Le projet a démarré en avril 2022 avec les premières discussions concernant le foncier. Les travaux d’archéologie ont débuté en avril 2024 et le chantier a pu être achevé début 2026 pour une mise en service des batteries en mai 2026. Le chantier a représenté plus de 40 000 heures de travail et mobilisé jusqu’à 150 salariés à son pic.
Pour TagEnergy, le site de Cernay constitue à la fois une vitrine technologique et un modèle reproductible. L’entreprise, créée en 2019, revendique un portefeuille de plus de 10 GW de projets solaires, éoliens et de stockage au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, au Japon et en Australie, dont plus de 2 GW sont déjà en exploitation. « En Australie nous venons de finir la construction du plus grand parc éolien de l’hémisphère sud, avec 215 éoliennes pour 1,3 Gigawatt », précise Franck Woitiez.
Outil de souveraineté
À Cernay-lès-Reims, le pari consiste désormais à démontrer que le stockage peut devenir une composante économique à part entière du système électrique. Alors que la production renouvelable progresse et que les besoins en électricité augmentent, la capacité à stocker l’énergie lorsqu’elle est abondante puis à la restituer au meilleur moment est en passe de devenir un maillon essentiel du futur marché de l’électricité.
« Il ne s’agit pas seulement d’un équipement technique, souligne Arnaud Robinet, maire de Reims et président de la communauté urbaine du Grand Reims. Il s’agit d’une infrastructure stratégique pour accompagner les besoins énergétiques de demain. Nous le savons, notre pays doit produire une électricité décarbonée, mais il doit être capable également de la stocker, de la réguler et de la mobiliser au bon moment. C’est donc un outil de notre souveraineté ».
La production d’électricité renouvelable dépendant des conditions météorologiques, sa disponibilité est fluctuante, puisque si elle peut être abondante à certains moments, elle peut également être moins disponible à d’autres moments. Un contexte qui fait de la question du stockage un élément essentiel de la stabilité du réseau. « Cette plateforme répond à trois fonctions majeures : optimiser l’utilisation de la production électrique décarbonée, apporter une capacité complémentaire lors des périodes de forte demande et renforcer la stabilité du réseau grâce à un temps de réponse quasiment instantané », insiste Arnaud Robinet.
Des enjeux sur lesquels la Banque des Territoires intervient de plus en plus souvent, comme le souligne François Wohrer, directeur de l’investissement : « Notre ambition est de renforcer les capacités de stockage et contribuer à la construction d’un système énergétique compétitif et capable d’intégrer toujours plus d’électricité renouvelable ». Si la Banque des Territoires dispose déjà de plus de 250 MW de batteries en exploitation, de 150 MW en construction, elle est aussi engagée dans des projets de plusieurs centaines de MW en développement.