AVC : Un champagne vert et décarboné à 2050
Viticulture. La filière dispose de 25 ans pour atteindre une production zéro carbone.
« Depuis l’an 2000, c’est la cinquième fois que nous vendangeons au mois d’août. 2025 est la vendange la plus précoce », souligne Christophe Rapeneau, président de l’Association viticole champenoise (AVC), qui salue un grand millésime comme 2025. Un scénario inédit qui en dit long sur le changement climatique et la nécessaire résilience de la profession pour adapter ses pratiques culturales. L’objectif de réduction de l’empreinte carbone du champagne de 25 % à 2025 est atteint et franchit le cap des 27 %. Des résultats boostés par la période covid mais altérés par le regain des activités d’oenotourisme portées par l’inscription du champagne à l’Unesco avec l’augmentation des trajets en avion des touristes pour visiter les domaines.
Les 785 000 tonnes de CO₂ de 2003 passent à 580 000 tonnes en 2025 et le premier palier est franchi. Désormais, les 700 professionnels champenois réunis en assemblée générale à Troyes en décembre ont 25 ans pour décarboner l’activité de 75 % et pour compenser l’incompressible par des plantations de haies par exemple, et suivre une trajectoire à – 2 % d’émissions par an.
Parmi les leviers, l’allègement du poids de la bouteille constitue une avancée importante à toutes les étapes de la vie du contenant, de sa production à son recyclage en passant par la manipulation et le transport. À ce jour, 25 opérateurs participent à l’évaluation de la nouvelle bouteille de 800 g avec 2 millions de bouteilles tirées et plus de 600 échantillons analysés. Une démarche collaborative unique qui doit valider un allègement vertueux. Les résultats sont encourageants et les conclusions seront données en 2027 sur ce format qui devrait encore évoluer. Si la prochaine bouteille de 800 g, qui correspond à l’allègement maximal actuel, est en cours d’évaluation, des innovations bousculent déjà les codes. Les regards se portent vers la bouteille de 725 g développée par Cédric Moussé, vigneron marnais.
S’adapter pour vivre et ne pas survivre
Le machinisme doit aussi être revu avec des machines plus légères, hybrides, moins consommatrices avec des fonctionnements optimisés. Les vignes semi-larges sont aussi une piste. Mais le levier le plus important reste organisationnel avec un partage des véhicules dans le cadre CUMA favorisé. En visant le net zéro carbone à 2050, l’association viticole champenoise entend bien anticiper les adaptations au changement climatique pour ne pas avoir à les subir. « Nous n’avons pas de pétrole, de gaz ou de charbon, mais nous avons des idées », explique Pierre Naviaux du Comité Champagne. « Réduire notre impact carbone, c’est réduire notre dépendance aux énergies fossiles. C’est bon pour la balance commerciale, la souveraineté économique et permet d’anticiper de nouveaux chocs énergétiques. »
Bien que les arrêtés « incompréhensibles », comme celui lié à l’utilisation ultra-réglementée des phytosanitaires en période de floraison des vignes pour préserver les abeilles, se suivent et nécessitent des adaptations drastiques, « nous rencontrons des victoires qui nourrissent les espoirs ». Le président de l’AVC conclut ainsi en évoquant le développement de nouvelles variétés adaptées au changement climatique, la mobilisation générale face à la flavescence dorée avec 22 350 hectares prospectés et un taux de participation de 80 % des exploitants. « Gardons en tête nos efforts et nos objectifs ambitieux. Nous avons réussi à baisser nos intrants de 60 % en une décennie et à promouvoir une culture durable avec l’objectif net zéro carbone. Nous sommes pour l’écologie positive, pas pour l’écologie punitive. Dans ce contexte de défiance et d’incompréhension, il est important que les acteurs de la Champagne restent soudés et que notre vin reste le symbole d’excellence et de fête. »