Ardennes : des entreprises résilientes malgré un ralentissement
Conjoncture. François Marbaix, le directeur de la succursale carolomacérienne de la Banque de France, a livré un focus détaillé sur le tissu économique ardennais et la situation financière des PME et ETI locales.
Les enquêtes de conjoncture de la Banque de France se suivent et se ressemblent depuis deux ans, car comme en 2025 et en 2024, elles confirment un ralentissement de l’activité économique même si « la rentabilité opérationnelle résiste, principalement grâce à une diminution du poids des charges de personnel », livre François Marbaix, Directeur départemental Ardennes de la Banque de France.
Toutefois, les situations étant contrastées, la prudence reste de mise même si, en 2025, le taux de valeur ajoutée a progressé à 28,9 % dans le département, une évolution principalement portée par l’industrie. « Le tissu économique local conserve une aptitude relativement forte à transformer son chiffre d’affaires en valeur créée. Loin de la vision pessimiste que l’on a fréquemment l’habitude d’entendre sur le terrain, les résultats départementaux témoignent d’une bonne résilience financière des entreprises du territoire et d’une réelle capacité de résistance entrepreneuriale », remarque François Marbaix.
La preuve : l’année passée, plus de quatre entreprises sur cinq sont demeurées bénéficiaires dans chacun des grands secteurs d’activité, avec des taux particulièrement élevés dans le bâtiment et le commerce. « Ces indicateurs confirment, en tout cas, que les entreprises ont globalement su préserver leurs équilibres financiers malgré un environnement difficile. »
Singularité notable dans le département : l’augmentation du coût de main-d’oeuvre constatée entre 2020 et 2025, qui s’inscrit dans un contexte de revalorisation salariale lié à l’inflation ainsi qu’à l’application de nouvelles grilles conventionnelles dans les secteurs industriels et métallurgiques, fortement représentés dans les Ardennes. Ces coûts croissants n’ont pas pour autant dégradé la rentabilité des sociétés.
Recul de l’intérim
L’étude de la Banque de France révèle une forte diminution du recours à l’intérim. Un phénomène qui résulte d’une activité moindre mais aussi de la volonté des dirigeants d’intégrer durablement et de fidéliser une partie de leurs effectifs alors qu’il est difficile de recruter. Le poids du personnel intérimaire ne représente donc plus que 7,4 % des charges de personnel en 2025, contre 18 % en 2024.
Secteur naturellement plus capitalistique et plus consommateur d’investissements, en raison de l’importance historique de l’industrie, les Ardennes enregistrent un taux d’endettement (55,6 %) supérieur aux moyennes régionales (36 %) et nationales (23 %). Mais si les entreprises locales restent plus endettées, c’est qu’elles disposent d’une meilleure capacité à faire face à leurs engagements financiers. Un signal plutôt rassurant sur leur solidité.
177 défaillances d’entreprises et plusieurs centaines d’emplois en péril
Les plus récents bulletins de la Banque de France ternissent un peu ces bons indicateurs. Il s’avère, en effet, que les trésoreries se sont érodées en juillet et août même si la plupart des entreprises familiales disposent encore d’un matelas significatif, car elles privilégient traditionnellement des équilibres financiers prudents.
Au terme de son intervention et après avoir évoqué la répartition des cotations attribuées par son institution (25 % excellentes et 47 % bonnes à très satisfaisantes), François Marbaix a fait savoir que le cumul de défaillances (177 sur les douze derniers mois) pouvait encore se détériorer d’ici la fin d’année.
Ces derniers mois, en effet, les fermetures de la Modec à Vrigne-aux-Bois, des Transports Ziegler à Mouzon et de l’Alu Doncherois, la récente cessation d’activité d’Electro-sphère à Revin, la liquidation de Metha’Sauville et de boulangeries carolomacériennes, les redressements judiciaires de deux sites Aginode de Vrigne-aux-Bois et Fumay, d’Agronutris à Rethel, de Fabrimeuble à Balan ainsi que le projet avorté de Sanou Koura ont concerné plusieurs centaines d’emplois et montré que des nuages s’amoncellent.