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Agronutris et son repreneur en RJ

Industrie. L’entreprise Agronutris, qui emploie 80 personnes à Rethel, la Compagnie des insectes et sa filiale bretonne viennent toutes les trois d’être mises en redressement judiciaire par les tribunaux de commerce de Sedan et de Meaux.

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Photo de Agronutris
Agronutris est la première société de biotechnologie française spécialisée dans l’élevage et la transformation d’insectes en protéines. (Crédits : DR)

Les 3 et 7 septembre, les tribunaux de commerce de Sedan et Meaux ont ouvert des procédures de redressement judiciaire à l’encontre d’Ardennutris et de son repreneur, la Compagnie des Insectes. Ces procédures interviennent un peu moins d’un an après la prise de contrôle d’Agronutris par La Compagnie des Insectes, pour sécuriser et pérenniser le complexe manufacturier de Rethel au terme d’une opération de consolidation d’environ 10 millions d’euros.

La juridiction consulaire des Ardennes a accompagné la mesure de redressement judiciaire de l’ouverture d’une période d’observation qui court jusqu’au 3 mars 2027 et au terme de laquelle les 80 salariés du site rethélois du pionnier français de l’entomoculture industrielle dédié à l’alimentation animale et à l’aquaculture seront fixés. Le TC de Meaux vient de révéler que trois mois avant la reprise d’Agronutris, son repreneur, en cessation de paiement depuis juin 2025, n’était plus en mesure d’honorer ses propres dettes au moment du rapprochement avec Agronutris.

Geler notre passif

Malgré cette décision, Cédric Auriol, toujours directeur général de la start-up qu’il a fondée, assure que la société Ardennutris (laquelle porte l’actif immobilier de l’usine rethéloise), « se porte plutôt bien grâce à un contexte macroéconomique porteur. Elle continue de transformer sans la moindre interruption de cadence les larves de mouches soldats noires en protéines et lipides à destination d’éleveurs internationaux tout en produisant d’autres produits, l’huile d’insecte et le "frass" fertilisant issu d’excréments de larves ». Selon lui, « ce redressement est une étape dans la réorganisation menée depuis un an et demi, un acte de gestion qui nous permet de geler le passif pour qu’on puisse utiliser les fonds de nos actionnaires et continuer l’activité opérationnelle de l’usine de Rethel qu’il fallait sécuriser ».

Cédric Auriol se refuse, par ailleurs, à commenter la situation de La Compagnie des Insectes, un de ses actionnaires. « Je ne suis pas habilité à communiquer sur elle ».

La direction espère encore renégocier son passif auprès de ses créanciers et pouvoir finaliser de nouveaux partenariats d’approvisionnement et optimiser son concept de biosolutions hautement capitalistique. Depuis la levée de fonds de 100 millions d’euros effectuée en 2021, le parcours industriel d’Agronutris, fondé sur l’élevage de mouches soldats noires et présenté comme l’une des plus grandes fermes d’insectes au monde aura été truffé de turbulences et de désenchantements.

Pour mémoire : une montée en puissance qui aura pris plus de temps que prévu, des nuisances olfactives ayant eu un impact sur le recrutement et le probable surdimensionnement du projet initial évalué à environ 140 millions d’euros. Mais aussi la liquidation, en septembre 2025, de la holding d’Agronutris, EAP Group, avec à la clé, la suppression de 30 postes au siège toulousain et le départ de son ancien responsable de site, Raphaël Smia.

Cet épisode souligne la fragilité d’une filière qui, ces dernières années, a été marquée par la disparition d’Ynsect (France) et les faillites d’Enorm Fcatory (Danemark), Aspire Foot Group (Canada), Inseco (Afrique du Sud), Agroloop (Hongrie) et Goterra (Australie) à l’étranger.