Entreprises

À l’Hôtel des Ventes, le patrimoine change de mains

Patrimoine. Dans le cadre des Journées Marteau des commissaires-priseurs (du 26 au 31 mai), le groupe Ivoire organise une journée spéciale depuis ses douze hôtels de ventes, dont ceux de Reims et de Troyes. Rencontre avec Séverine Luneau et Thierry Collet, associés au sein de l’Hôtel des Ventes, rue du Temple, à Reims.

Lecture 6 min
Photo de Thierry Collet et Séverine Luneau
Thierry Collet et Séverine Luneau associés au sein de l’Hôtel des Ventes faisant partie du groupe Ivoire, à Reims. (Crédits : ND)

Dans l’esprit du grand public, le monde des enchères est souvent associé à celui d’un univers confidentiel et feutré, peu accessible. Or, pour Séverine Luneau, commissaire-priseur associée avec Thierry Collet au sein de l’Étude Collet-Luneau, il n’en est rien. « Cela s’appelle des ventes aux enchères publiques, parce que tout le monde peut venir aux expositions, aux ventes et acheter quelque chose. Nous pouvons vendre aussi bien des objets d’une valeur inestimable que d’autres à plusieurs dizaines d’euros. » Il suffit de cheminer au sein de l’espace d’exposition avant une vente pour s’en rendre compte. Là, se côtoient des objets d’arts et mobiliers de toutes les époques.

« La base de notre métier, c’est l’expertise avant tout », souligne Séverine Luneau qui indique que les lots proposés proviennent souvent de successions, de collections privées mais également de ventes suite à des procédures judiciaires. « C’est vraiment un métier dans lequel vous pouvez vendre un camion le matin, un diamant l’après-midi, des timbres-poste ou des vases chinois le soir ! »

Récemment, l’Hôtel des Ventes a proposé toute une collection d’art d’un médecin originaire des Ardennes. « Il y avait de l’art contemporain, de la faïence ancienne, des jouets, un peu de haute époque. C’était très divers et nous avons vendu près de 2 000 lots ! Nous avions mis à peu près deux mois à tout répertorier. » Généralistes, les commissaires-priseurs sont capables d’estimer de nombreux biens, mais pour certains, ils font aussi appel à tout un réseau d’experts, comme dans l’Art asiatique par exemple ou même, localement, pour le champagne. « Dans la région, ici, on trouve du bel art nouveau, de l’art déco, des choses très variées, parce qu’il y a quand même de nombreux collectionneurs. Nous avons également de jolis bijoux. Et puis évidemment, nous effectuons des ventes de vins et champagnes. »

Enchères en salle et en live

La vie d’un Hôtel des Ventes réserve aussi de belles surprises. Récemment, un vase chinois du XVIIIe siècle, en porcelaine et « émaux doucai » (technique de peinture de la porcelaine chinoise), estimé entre 20 et 30 000 euros est parti aux enchères à… un million d’euros ! « Ce vase est parti à Hong-Kong, il a été acheté par un collectionneur. » Une opération devenue possible par les ventes se déroulant sur place mais aussi simultanément en ligne grâce aux sites internet de Drouot et d’Interenchères. « Interenchères, c’est valable autant pour les ventes volontaires que judiciaires. Drouot Live, c’est plutôt pour les objets d’art, le mobilier et les tableaux », précise Séverine Luneau.

« Aujourd’hui, quand on fait une vente, elle se déroule physiquement et traditionnellement avec le marteau à la tribune. Mais, en même temps, nous avons deux caméras : une pour Interenchères, une autre pour Drouot Live. Les gens peuvent enchérir depuis leur canapé ou derrière leur bureau. Une fois l’objet remporté, il faut régler puis venir le chercher. Comme les plateformes permettent d’acheter depuis l’autre bout de la France ou du monde, il existe des sociétés de transport spécialisées qui récupèrent les objets dans les salles des ventes et les livrent aux acheteurs, qu’ils soient dans le Sud-Ouest, en Normandie, en Allemagne, à Londres ou à New York. »

La 20e édition des Journées Marteau se déroule partout en France, du mardi 26 au dimanche 31 mai. Elles permettent au plus grand nombre de se familiariser avec le monde des enchères. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, la jeune génération s’intéresse aussi aux beaux objets. « On voit de plus en plus de jeunes dans les salles des ventes. Des trentenaires, des quarantenaires, parfois plus jeunes encore, qui ne veulent pas d’intérieurs standardisés où tout se ressemble. Ils achètent avec leur œil et leur goût. Moi, ça me fait très plaisir quand je vois de nouvelles générations acheter une jolie paire de fauteuils anciens, qu’ils mixeront avec du moderne. C’est aussi une manière d’acquérir un petit bout de patrimoine, avec une histoire. Et c’est aussi complètement dans la tendance à l’éco-responsabilité, puisque l’on achète un objet qui a déjà servi, qui a déjà mené sa vie et qui va la poursuivre dans un nouveau foyer », souligne Séverine Luneau.

Une partie de la collection de l’hôtel Roederer en vente

Le 27 mai, l’étude participera à la troisième édition de l’Ivoire Live Tour lors de laquelle, 12 Hôtels des Ventes du groupe se passeront virtuellement le marteau. À cette occasion, trois objets d’exception seront mis aux enchères : un tableau d’Albert Marquet, Le Pont Saint-Michel sous la pluie, estimé entre 50 et 80 000 euros, une bague en platine ornée d’un diamant 4 carats, estimée entre 11 et 13 000 euros ainsi qu’une bague en or gris et platine, ornée d’un saphir et dans un entourage de seize diamants, estimée entre 7 et 12 000 euros, un bijou provenant de la collection de la succession de Mme Sophie Heidsieck. Le 31 mai, c’est une partie du mobilier de l’hôtel particulier Roederer de Reims contenant un ensemble de 164 lots qui sera proposé à la vente dans le cadre de la rénovation du lieu ainsi qu’une partie d’objets de la succession de Sophie Heidsieck.