22 % des agriculteurs aubois prêts à jeter l’éponge
Agriculture. La Chambre d’agriculture consulte les agriculteurs et leur tend la main pour passer le cap sans tout lâcher.
Le président de la Chambre d’agriculture de l’Aube, Alain Boulard, tire la sonnette d’alarme une nouvelle fois. « Nous faisons face à une situation totalement inédite tant au niveau du climat que de la situation économique. Avec la canicule, la chaleur, le gel, toutes les productions sont très affectées. Et c’est vraiment la particularité de cette année, c’est que tout le monde est touché. »
Sur les dernières années, les productions agricoles représentent 1,3 milliard d’euros. « Nous accusons cette année une perte d’au moins 300 millions d’euros. Le département de l’Aube vient d’être reconnu au niveau de l’ISN, l’indemnisation de solidarité nationale, ancien système des calamités. Cela ne va pas faire de miracle, mais c’est un élément. Avec la profession, nous demandions une année blanche pour décaler les remboursements. Il y a une réponse mais qui n’est pas à la hauteur de la perte. L’État met en place son plan de réarmement Casi. »
Les charges d’exploitation trop élevées ressortent comme la première cause des difficultés pour 75 % des 395 exploitants qui ont répondu à l’enquête crise agricole 2026 envoyée en septembre, soit environ 10 % des agriculteurs. Des prix de vente à un niveau insuffisant sont les autres principales difficultés qui entraînent ensuite des problèmes de trésorerie pour 209 exploitants placés en difficulté. 60 % des agriculteurs aubois ont déjà envisagé d’arrêter et 22 % d’entre eux y pensent sérieusement. Un moral dégradé pour des hommes dont 63 % se sentent isolés et insuffisamment accompagnés.
Tous les secteurs sont touchés
En viticulture, le déficit de production sur la Côte des Bar et Montgueux est de l’ordre de 30 % avec un rendement de 6 000 kilos/hectare par rapport à une appellation qui était de 8 800 kilos/hectare. Une situation d’autant plus compliquée que les viticulteurs aubois n’ont plus de réserve et que le vignoble vieillit avec des renouvellements difficiles à enclencher. La vente est à la baisse en nombre de bouteilles, avec 270 millions de cols sur douze mois.
En agriculture, il en est de même avec des récoltes maltraitées par la chaleur et le manque d’eau. « Le plus inquiétant est la crise au niveau de la betterave avec des parcelles qui dépérissent dans les champs. La sucrerie d’Arcis-sur-Aube a déjà produit de l’alcool pour l’instant et ils doivent commencer le sucre. Mais pour cela il faut des betteraves saines. On devrait être à la moitié de la production par rapport à l’an dernier avec également un point d’inquiétude pour l’élevage lié à la disponibilité de la pulpe de betterave. »
Aujourd’hui, la cellule Réagir de la Chambre d’agriculture accompagne les entreprises agricoles en difficulté. Elle permet d’établir un diagnostic global, de proposer des solutions et de définir un plan d’action pour aider l’exploitant à se sortir d’une situation tendue. Pour autant, seulement une quarantaine de dossiers sont en cours dans l’Aube. Sans doute par pudeur.