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XCR Airport se donne un maximum de chances pour éviter la sortie de piste

Département. XCR Airport n’est pas mort. Le Conseil départemental explore plus que jamais toutes les pistes possibles, de la Chine, encore mieux, à l’Afrique, bienvenue. Un nouveau statut pour accueillir des partenaires privés dans le capital de l’établissement. Et un rendez-vous « partenarial » avec ADP, ce 16 juillet.

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Avant la taxe gouvernementale sur les petits colis chinois, l’activité fret avait bien débuté l’année. Dans les trois mois suivants, le fret a perdu 70% de son activité. Le budget primitif 2026 devenant ainsi obsolète. (Crédits : GD)

Constatant une activité fret de 11 000 tonnes en 2025 et anticipant une progression jusqu’à 20 000 tonnes en 2026, le budget primitif 2026 de Vatry, approuvé par le Conseil d’Administration du 22 mai, affiche en dépenses 4,7 M€ de charges à caractère général et 5,8 M€ de charges de personnel. Au titre des recettes, il s’appuie sur un chiffre d’affaires prévisionnel de 6 M€ et un compte de subventions et dotations de 3,1 M€. Globalement, incluant les frais financiers, le résultat d’exploitation 2025 affiche 12,2 M€ en dépenses, dont 1 M€ en investissement, et 11,6 M€ en recettes, chiffre d’affaires, dotations nationales et subventions territoriales inclus. Le résultat 2025 étant donc négatif : -0,6 M€, après -0,2 M€ en 2024.

Dans les grandes lignes, les évolutions de l’activité 2025 se résument ainsi : -26% pour les mouvements cargo sur l’aéroport, -1% pour le fret avionné, -3% pour les mouvements d’entraînement et -16% pour le nombre de passagers. Ce dernier score résultant des annonces perturbantes de Ryanair au printemps 2025.

Une décision modificative, faire-part de turbulences

Le Conseil d’Administration du mois de mai évoque une activité des plus imprévisibles à fin 2026 : -65% pour le fret avionné, -65% pour les mouvements cargo, -31% pour le nombre de passagers et -18% pour les mouvements d’entraînement. Présentation conjoncturelle qui est tout sauf anodine : avant la taxe gouvernementale sur les petits colis chinois, l’activité fret avait bien débuté l’année. Dans les trois mois suivants, le fret a perdu 70% de son activité. Le budget primitif 2026 devenant ainsi obsolète.

La décision modificative adoptée par le Conseil d’Administration tient compte évidemment de cette situation des plus délicates. L’aéroport ayant supprimé 17 postes, sur un total de 97 agents, les nouvelles charges de personnel, de 5,8 M€ à 5,4 M€, affichent un recul de 0,4 M€ (-7%) et le produit des services devrait perdre 2 M€, de 8,3 à 6,3M€ (-26%). La décision modificative constate donc une baisse des charges de personnel de 0,4 M€ et une baisse d’activité de 2 M€. Elle inclut une augmentation conséquente des dotations et subventions de l’ordre de 1,5 M€, en avance de trésorerie du Département à l’EPGAV (Établissement public de gestion de l’aéroport de Vatry). Le poids de ces dernières est de plus de 50% dans les recettes du budget actualisé 2026. Alors que la Marne tricote un budget présentable, le Conseil régional aborde sa Stratégie aéroportuaire 2026-2030.

La Région amende sa stratégie régionale aéroportuaire

C’est une présentation, à pas feutrés, du rapport sur la Stratégie régionale aéroportuaire 2026-2030, présentée le 25/06, qu’opère Thibaud Philipps, au nom de la Majorité, avec ces précautions : « Pas d’idées préconçues… Place aux perspectives locales… Que l’argent public soit bien dépensé ». Et, presqu’indicible, ce focus sur Lorraine Aéroport : « 200 000 passagers, c’est un objectif raisonnable et aller à 300 000 à l’horizon 2030 c’est aussi envisageable. » Si l’aéroport lorrain a connu un trafic de 278 000 passagers en 2018, il n’a enregistré qu’un peu moins de 120 000 passagers en 2025. Le challenge est donc d’ici à 2030 une augmentation de 150% du nombre de passagers. Ces deux chiffres interrogent l’hémicycle, jusqu’à provoquer une suspension de séance. Une étude en chasse une autre, Thibaud Philipps annonce le lancement d’une étude propre au devenir de Lorraine Aéroport, avec la participation de l’Eurométropole de Metz et du Département de la Moselle. Il souhaite y accueillir le Grand Nancy et le Département de la Meurthe-et-Moselle. En clair : la Région Grand Est, succédant en 2016 à la Région Lorraine, alors propriétaire et exploitant depuis 2011, voudrait a minima un élargissement de la gouvernance de l’EPIC.

Lorraine Aéroport, le couperet des 200 000 passagers

Peut-être Thibaud Philipps n’a-t-il pas soupçonné les conséquences de l’objectif assigné à Lorraine Aéroport ? Ce qui paraît plutôt étonnant. Laurent Jacobelli, RN et apparentés, lui s’en charge avec véhémence : « La logique est enclenchée pour fermer Vatry et Metz-Nancy-Lorraine… Pourquoi ? Vous avez soutenu la taxe sur les petits colis… Vous avez tué Vatry, la deuxième balle du chargeur est pour Metz-Nancy-Lorraine ». Et l’objet du scandale débarque : « Le petit alinéa, en bas de la dernière page du rapport et qui signe la menace de fermeture de l’aéroport lorrain, on en parle ? » Mais de quoi est-il vraiment question ?

Le petit alinéa repéré par Laurent Jacobelli est en fait le dernier paragraphe du rapport et concerne essentiellement Metz-Nancy-Lorraine. Textuellement dans les trois dernières lignes : « L’objectif fixé est d’atteindre un trafic de 300 000 passagers à l’horizon 2030, tandis qu’un seuil minimal de 200 000 passagers est identifié comme le niveau en deçà duquel la fin de l’activité aéroportuaire est à engager ». Il est là le couperet évoqué par Laurent Jacobelli.

Bizarre ou pas, aucun autre intervenant, sur la douzaine de prises de parole autour du rapport, n’a évoqué ce point particulier. Pour le groupe Centristes et Territoires, c’est Didier Pettermann qui regrette l’absence d’orientations clairement assumées : « On attendait une stratégie ouvrant davantage le débat ». Pour les Ecologistes, Eliane Romani préfère l’avenir de la future gare d’interconnexion SNCF de Vandières à celui de l’aéroport de Lorraine et annonce un vote contre le rapport.

Pragmatique, Bora Yilmaz, pour la Gauche solidaire et écologiste, remarque que Lorraine Aéroport n’est pas dimensionné pour un développement du fret. Déçu par le rapport, il résume : « Encore un diagnostic quand on attend des décisions… Un document sans ambition… Une montagne qui accouche d’une souris ».

Une même stratégie pour des aéroports bien différents ?

Et c’est un élu de la Majorité régionale qui met les pieds dans le plat, Christian Debève interroge : « Les aéroports du Grand Est sont opérationnels, chacun possède sa spécificité. Pourquoi un rapport commun ? » Le tribun François Grosdidier, membre de la Majorité, salue la qualité du rapport, regrette le fameux couperet sur la tête de Lorraine Aéroport, attend beaucoup de la future étude sur ce dernier aéroport et commente : « Cette nouvelle étude fera ce que la Stratégie régionale aéroportuaire n’a pas fait ». Optimiste, il souhaite que Nancy rejoigne Metz dans cette étude. La rivalité historique des deux villes n’ayant été que footballistique et le trajet de l’A4 qu’une petite déviation politique au profit de Metz.

Mais quoi de commun entre l’aéroport de Bâle-Mulhouse, seul aéroport binational au monde (9,6 millions de passagers, 100 000 tonnes de fret et 171 M€ de chiffre d’affaires), Strasbourg Entzheim, propriété de l’Etat (1,3 million de passagers, un trafic fret pratiquement nul, un chiffre d’affaires de 20 M€), Lorraine Aéroport, propriété de la Région Grand Est (120 000 passagers, pratiquement pas de fret), et Vatry, propriété du Département de la Marne (80 000 passagers, 11 000 tonnes de fret, et 8 M€ de chiffre d’affaires en 2024) ?

Dans un débat, d’une heure et sept minutes, aux trois quarts occupés par Lorraine Aéroport, Vatry XCR Airport, par l’intervention de Cédric Chevalier, a bénéficié d’une audience de trois minutes et dix secondes. Le temps pour le conseiller du territoire de la Marne d’évoquer les atouts d’une infrastructure forte au service du développement industriel du Grand Est.

Au moment du vote, le RN propose un amendement contre le fameux couperet, la Majorité répond par un sous-amendement dans son propre texte et qui fait d’ailleurs quasi-doublon avec l’amendement, le RN satisfait retire son amendement. Au final, Franck Leroy s’explique. Le Président du Grand Est rassure : « S’il y a une ambigüité sur la terminologie et si certains la perçoivent comme une menace de fermeture, ce n’est par notre intention ». Le texte adopté étant devenu : « Le seuil de 200 000 passagers serait déjà une première étape indiquant une augmentation du trafic voyageur, garantie de la performance de l’équipement à long terme. »