Vers une interdiction formelle des produits non-européens dans les cantines des collèges marnais
Marne. La conférence de presse du Département de la Marne, portant sur l’agriculture locale, peut paraître symbolique. Elle illustre cependant la volonté politique des élus marnais d’apporter des solutions de terrain face à la perte de souveraineté alimentaire de la France. Et pourquoi l’agriculture ne serait-elle pas une véritable compétence du Département ?
Une conférence de presse pour bien montrer aux agriculteurs que les élus du Département de la Marne les comprennent et les soutiennent, que depuis des années ils ont toujours privilégié la commande locale dans les restaurants scolaires des collèges, promu les produits locaux en les organisant autour du label Made in Marne, et enfin, qu’ils ont toujours accompagné les exposants à chaque salon de l’agriculture, à Paris, comme ils le feront encore cette année. Cette entrée en matière du Président Jean-Marc Roze s’inscrit dans un contexte grave qui voit la France perdre sa souveraineté alimentaire et l’Union Européenne signer les accords du Mercosur.
La crise agricole ne pourrait-elle pas être aussi abordée sous le prisme des spécificités locales et donc donner des idées à la prochaine réforme territoriale en faveur de compétences attribuées aux conseils départementaux. « Pas une mauvaise idée, remarque Jean-Marc Roze, surtout dans le cadre de l’actuelle préparation d’une nouvelle loi de décentralisation. D’autant que, même sur un sujet commun à tous les Français, les spécificités des situations existent fortement d’un département à l’autre ».
Plus de dix ans au service de la consommation locale
Les portes du Département de la Marne sont ouvertes aux requêtes des responsables agricoles. Le message de la collectivité est limpide : nous oeuvrons depuis des années en faveur de l’agriculture locale. Tour à tour, le Président Roze et Julien Valentin, son Vice-président chargé de l’agriculture et de la viticulture parcourent le chemin du travail accompli dans la restauration scolaire à leur charge : « 43 cantines de collège consomment en moyenne entre 35 et 50% de produits locaux… Un travail permanent avec les responsables de cantines et les acheteurs, une commande privilégiant les produits locaux et européens… ». Pour Julien Valentin : « Voici dix ans que nous prenons des délibérations et mettons des moyens sur la table, pour la formation des chefs de cantines et du personnel, pour travailler des produits alimentaires nobles, pour abolir le sous-vide, pour améliorer nos modes de cuisson, rénover l’ensemble des installations … Il s’agit de mettre l’argent public au service de l’éducation et de la souveraineté alimentaire … Il est hors de question que notre fiscalité bénéficie à des productions étrangères qui ne répondent pas aux exigences appliquées à nos agriculteurs ».
Défendre l’agriculture locale, c’est respecter l’argent public
Et à propos d’argent public, Julien Valentin explique : « Quand un repas scolaire coûte 9 euros, il n’est facturé que 3,5 euros aux familles. Le solde est pris en charge par le Département. Soit près de 10 M€ pour 1,8 million de repas chaque année. » Ne pas faire consommer de viandes ou de produits extra européens dans les cantines des collèges de la Marne, et passer de l’usage à l’obligation, Jean-Marc Roze et Julien Valentin y sont prêts. Participants à cette conférence de presse, Julien Boucquemont, Président des Jeunes agriculteurs 51 et représentant pour cette occasion la FDSEA et Corinne Selosse, Vice-présidente de la Chambre d’Agriculture de la Marne ont apporté leur point de vue en saluant la détermination du Département. Pour le premier : « Cet engagement, sur la provenance de l’alimentation, est un signal fort pour le monde agricole, parce qu’il s’agit aussi d’éduquer les jeunes à propos de leur nourriture, de la provenance, des normes de production ». Pour la seconde : « Nous avons besoin de ce soutien essentiel du Département dans une conjoncture de plus en plus difficile pour l’agriculture. Nous devons mieux soutenir l’organisation des circuits courts. Nous avons besoin de beaucoup plus de distribution locale ».