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130e année

Quels obstacles au développement durable de l’environnement dans le Grand Est ?

Environnement. L’activité industrielle contribue largement à la forte consommation énergétique. La densité du trafic routier et l’agriculture intensive aggravent les pollutions. Tout en soulignant ces obstacles, l’Insee met en avant, dans sa dernière Analyse Grand Est, l’augmentation soutenue de la production régionale d’énergies renouvelables.

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L’identité forte de la région, une industrie dominante, une agriculture intensive et une densité remarquable du trafic routier, sont un véritable challenge pour les objectifs de développement durable du Grand Est. Ce constat est celui de l’analyse récente de l’INSEE qui note cependant : « Le Grand Est dispose donc de marges de progression importantes en matière de performances environnementales mais ne manque pas d’atouts, comme le développement rapide de la production d’énergies renouvelables et la richesse et la variété de ses espaces naturels ».

La protection de l’environnement est l’une des thématiques du développement durable. Cette thématique recouvre l’usage et la préservation des sols, la gestion des ressources en eau, la pollution de l’air et l’émission des gaz à effet de serre, la transition vers des modes de production et de consommation plus respectueux de l’environnement. Le constat est défavorable sur l’usage et la préservation des sols.

L’artificialisation des sols plus rapide que la croissance de la population

L’artificialisation des sols se caractérise par la transformation des sols à caractère agricole, naturel ou forestier par des actions d’aménagement (étalement de l’urbanisation, multiplication des infrastructures de transports, de services ou de loisirs, zones commerciales …) pouvant entraîner une imperméabilisation partielle ou totale.

Dans le Grand Est, cette artificialisation progresse à un rythme inférieur à celui de la moyenne métropolitaine et ralentit depuis une dizaine d’années, tout en augmentant plus rapidement que la population. Ce phénomène correspond à une utilisation non économe de l’espace urbanisé. Contenir l’artificialisation des sols c’est garantir une proportion suffisante d’espace agricole qu’il s’agisse de production de ressources alimentaires ou de préservation de zones naturelles nécessaires aux écosystèmes. Ces espaces préservés, enjeu fort pour la biodiversité, ne représentent que la moitié du territoire régional.

1er Vice-président du Grand Est, en charge de l’environnement, de la transition écologique et du Sraddet, Franck Leroy commente les grands axes de l’étude de l’Insee. Et à propos de l’artificialisation des sols : « Le développement économique ne passe pas forcément par la consommation d’espace. Nous avons recensé des milliers d’hectares de friches, déjà artificialisés et qui sont prêts à être reconvertis, un processus qui est notre priorité ».

Moins de surfaces cultivées et de prairies

L’artificialisation vise surtout en région une baisse des surfaces agricoles. La part des surfaces toujours en herbe, inférieure de sept points à la moyenne métropolitaine, recule de 29 à 25% de la surface agricole utile du Grand Est, entre 2000 et 2017. Cependant, participant à l’essor de la préservation des écosystèmes, la part des surfaces cultivées en agriculture biologique est passée de 1 à 6% depuis 2000, proportion, ici encore inférieure à celle de la moyenne métropolitaine. « Les consommateurs privilégient les prix au choix du bio et ont tendance à préférer les circuits courts. Les producteurs de bio baissent leurs prix et leur commerce devient moins rentable », note Franck Leroy à propos de l’agriculture biologique.

Franck Leroy : « Quelle que soit la conjoncture, la Région privilégie les énergies renouvelables. »

L’INSEE pointe trois départements, la Marne, l’Aube et la Meuse, pour leur forte utilisation de produits phytosanitaires ayant un impact négatif sur la biodiversité et contribuant à la pollution des eaux. Si la qualité des eaux de surface s’améliore pourtant, la diminution globale de la pollution masque des disparités territoriales et des résultats diversifiés selon le type de polluants considérés. Les zones de grandes cultures et d’élevage sont marquées par des concentrations en nitrates plutôt en hausse. « Les analyses sur l’eau témoignent de pratiques du passé. On trouve, par exemple des traces d’intrants plus utilisés depuis longtemps mais qui produisent encore des effets », précise le 1er Vice-président.

Une forte proportion d’eau à usage industriel

Plus de 90% des prélèvements dans les nappes et les cours d’eau servent au refroidissement ces centrales électriques. Hors refroidissement des centrales et alimentation des canaux, les prélèvements en eau tendent à diminuer dans le Grand Est depuis une vingtaine d’années. Plus de la moitié de ces prélèvements est à usage principalement industriel, une proportion nettement supérieure à celle des autres régions métropolitaines. La répartition de ces prélèvements est géographiquement très concentrée : pour l’industrie dans le Haut-Rhin et la Meurthe-et-Moselle, pour l’irrigation dans la Collectivité Européenne d’Alsace et en Champagne, pour l’eau potable à proximité des grandes villes.

Une place centrale du transport routier dans la pollution

L’impact négatif des transports sur l’environnement est aggravé par la place de plus en plus centrale de la route, dans le transport des personnes et des marchandises. Hormis dans le département du Bas-Rhin, les déplacements quotidiens domicile-travail augmentent, particulièrement dans les zones les moins densément peuplées. Les longueurs de ce type de déplacement augmentent fortement et sont dans la moyenne nationale de 30 km. Dans 78% de cas, il s’agit de l’utilisation d’une voiture individuelle. Franck Leroy : « Le Covid a contribué au choix de la voiture au détriment des transports collectifs, trains et autobus. Le pouvoir d’achat a contraint certains urbains à s’éloigner des villes et donc à utiliser plus les véhicules personnels. Nous travaillons à la Région sur un plan d’aide aux trajets domicile-travail les plus longs ».

Entre 2007 et 2017, la distance moyenne des navettes domicile-travail a progressé de 12% dans le Grand Est, un phénomène qui place la région en première ligne, devant la Normandie et Auvergne-Rhône-Alpes. Par comparaison, cette progression n’est que de 2% en Corse, 3% en Bretagne ou 5% en Occitanie et 6% en Ile-de-France.

À contrario, les parts du fret fluvial et du ferroviaire, transports plus respectueux de l’environnement, diminuent. Cette part régionale (24% du total du fret) est cependant supérieure à celle de la moyenne métropolitaine (21%). La plupart des marchandises transportées, au départ ou vers le Grand Est, est acheminée sur des longues distances par la route. « Le Sraddet traite en partie cette thématique de développement des transports de marchandises hors route. Le fret ferroviaire est l’échec majeur de la SNCF depuis des décennies. Il faudrait renchérir le coût du fret routier pour imposer le ferroutage ».

Des émissions de gaz à effet de serre élevées

Les émissions de CO² sont particulièrement forts dans le Grand Est, une des régions les plus industrielles de l’Hexagone. Le poids de l’industrie contribue largement à la forte consommation d’énergie par habitant (2,8 tonnes d’équivalent pétrole), par rapport à la moyenne nationale (2,2 tonnes). Cependant, la région est de celles qui enregistrent la plus nette baisse des émissions de gaz à effet de serre, entre 2004 et 2012.

Le renouvelable, un quart de la consommation énergétique

Le Grand Est produit environ les deux tiers de l’énergie dont il a besoin. Cette production est principalement d’origine nucléaire. La production régionale d’énergie renouvelable représente environ un quart de la consommation finale énergétique estimée. La première source renouvelable de la région est le bois énergie utilisé pour la production de chaleur dans les installations individuelles et d’électricité dans les installations de cogénérations.

À propos de projets nucléaires dans les Ardennes, Franck Leroy souligne : « On peut entendre, sur une courte période et pour faire face à une éventuelle pénurie, la prolongation des dernières centrales à charbon. à la Région, nous misons sur l’existant et le fort potentiel des énergies renouvelables (hydraulique, éolien, photovoltaïque et méthanisation). Un EPR à Chooz ? Pourquoi pas. Le nucléaire fait partie du mix énergétique et la Région est partante pour compléter sa production, EPR ou SMR ».

Grâce à ses capacités de production hydroélectrique et à l’éolien, le Grand Est dispose d’un potentiel important de production d’électricité issue d’énergies renouvelables. Le Grand Est occupe la 3e place des régions productrices d’électricité renouvelable (35% de la consommation électrique régionale globale), derrière l’Occitanie et Auvergne-Rhône-Alpes. La moyenne nationale se situe à 20%.

Gérard Delenclos