Collectivités

Préserver les équilibres financiers en attendant le coup de pouce de l’Etat

Budget. Dans une conjoncture économique très compliquée, le conseil départemental des Ardennes a enfin débattu des Orientations Budgétaires de l’exercice 2026, décalés de plus de deux mois faute d’obtenir des certitudes financières de l’Etat.

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Photo de Anne Dumay.
Anne Dumay. (Crédits : DR)

Au moment où les conseillers départementaux ardennais se réunissaient, le pays n’était toujours pas doté d’un budget. C’est donc dans ce contexte tout à fait particulier (pas de projet de loi de finances) et plein d’incertitudes que la collectivité locale a traité des orientations budgétaires pour 2026. « Nous espérions une éclaircie nationale, hélas, toujours rien de nouveau. Etant par ailleurs toujours dans l’attente du fonds de sauvegarde de l’Etat (5,1 millions d’euros en 2024 et Sébastien Lecornu avait promis un doublement de cette dotation) et donc dans le flou le plus total, nous naviguons sans vision sur l’avenir. Et comme l’année dernière, ces orientations budgétaires se font sous la contrainte ».

Première vice-présidente du conseil départemental, Anne Dumay avant d’inviter ses collègues à engager les débats est revenue sur une situation financière particulièrement difficile. « Alors qu’ils restent les derniers remparts sociaux, les départements sont les grands oubliés des réformes territoriales successives, les financeurs en dernier ressort d’une solidarité sociale que la nation a progressivement délaissée, abandonnée voire sacrifiée. Cette situation n’est plus tenable et nous devons le dire avec force et le démontrer par les chiffres. C’est l’avenir et la pérennité de nos collectivités qui en dépend. Depuis 2021 de nombreuses charges nouvelles ont été transférées par l’Etat sans compensation notamment au titre du Ségur, du RSA, de la loi Taquet ou encore de la revalorisation du point d’indice. Entre la chute des recettes et l’augmentation des dépenses sociales fait que nous sommes forcés à des arbitrages significatifs ».

40 millions d’investissements malgré tout

Ces orientations budgétaires se caractérisent donc par une maîtrise des dépenses « tout en continuant à assumer nos compétences sociales notamment en direction de la protection de l’enfance (48 millions d’euros), du RSA (50 millions d’euros), des routes (13 millions d’euros) et des collèges » et une volonté de faire des économies.

Dans ce cadre contraint, le département a toutefois calibré son volume de dépenses et d’investissements à la même hauteur qu’en 2025. Soit un effort étale de 40 millions d’euros. Ils seront essentiels consacrés à l’amélioration des conditions d’accueil des stations touristiques des Vieilles-Forges et de Bairon, la transformation de la Maison Sports Santé et Handicap à Bazeilles et la poursuite du Plan ambition collège avec un programme de rénovation et de mise aux normes des établissements mais en étalant sa réalisation sur la durée. Ce programme sera peut-être réévalué par la possible construction d’un nouveau foyer départemental de l’enfance, rendue indispensable du fait du nombre croissant de mineurs placés à Charleville-Mézières et le nouveau collège de Monthermé. Le Département a aussi annoncé qu’une réflexion allait s’engager très rapidement avec l’ensemble des acteurs concernés pour que l’utilisation de produits locaux dans la restauration scolaire soit amplifiée et devienne à très court terme la règle. Et cela aux dépens des produits issus du Mercosur. Après une période de désendettement, passé de 215 millions d’euros en 2017 à 130 millions d’euros au 31 décembre 2025, le CD 08 devra recourir de façon accrue à l’emprunt pour assurer l’équilibre de son budget, mettre en oeuvre des actions de maîtrise des dépenses de fonctionnement et, en particulier, contenir le montant de la masse salariale (92 millions d’euros). Deux baisses notables ont déjà été annoncées : 15 % de crédits en moins pour les centres sociaux, une baisse de 200.000 euros pour… l’agence départemental touristique et une diminution de 15 % de l’enveloppe liée à la culture.

En conclusion, Anne Dumay a exigé « un système de financement des Départements rénové qui ne repose plus sur des ressources aléatoires ou des dotations sans cesse rabotées. Plus une compensation intégrale et évolutive des transferts de compétences, conformément aux principes constitutionnels, et un partage équitable de l’effort de redressement des comptes publics, qui ne peut reposer uniquement sur les collectivités territoriales. Enfin, un respect effectif de la libre administration des collectivités territoriales ». Sans oublier une véritable péréquation nationale basée sur des critères objectifs de pauvreté et de difficulté, car on ne peut plus laisser se creuser les écarts entre collectivités qui aboutissent à des territoires à deux vitesses.