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Le Pacte Industrie pour le Grand Est, un chantier complexe inscrit dans la durée

Industrie. Dans une région dans laquelle l’industrie va mieux qu’ailleurs – 2e et 3e rang hexagonal pour l’emploi et la production – le Conseil régional entame un vaste chantier pour l’avenir de son industrie : produire plus et mieux, rapprocher l’éducation et l’industrie, faire appel à l’épargne privé… 25 mesures phares pour gommer trois décennies de recul.

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Photo de Philippe Varin
Philippe Varin, Président de la CCI Internationale : « La Région est le bon niveau pour mener à bien le rapprochement entre l’éducation et l’industrie ». (Crédits : REGION GRAND EST)

Le Pacte Industrie Grand Est annonce 73 mesures, dont 25 jugées phares et surtout nécessaires pour permettre aux entreprises d’investir, d’innover, de produire plus et de recruter. Ce Pacte est structuré en trois axes : « Une industrie plus forte, plus compétitive, plus résiliente », « Des territoires plus attractifs pour produire, recruter et s’installer durablement », « Faire de l’industrie une fierté régionale ».

Le premier axe consiste à donner aux entreprises les moyens de se développer et de gagner en compétitivité. Quels moyens ? La Région va créer un fonds souverain régional permettant d’intervenir au capital d’entreprises porteuses de projets structurants dans les filières industrielles. Le Prêt Participatif Grand Est sera renforcé et rendu plus accessible aux PME. Un accélérateur d’industrialisation permettra aux start-ups industrielles de transformer plus rapidement les innovations en productions. Autres dispositifs sur cet axe : la création d’une coopérative régionale des ressources critiques pour un meilleur accès aux matières premières et composants essentiels, et celle d’une structure dédiée au financement des investissements énergétiques des industriels, dans le cadre d’une accélération de la décarbonation de la production.

Un changement de regard sur l’industrie

Le deuxième axe vise l’aménagement du territoire, partout où que possible, des compétences, des infrastructures et des services adaptés aux besoins des entreprises et de leurs salariés, et également la formation en direction des métiers de demain, notamment par la modernisation des équipements pédagogiques, la co-construction de programmes avec les industriels, l’aide aux diagnostics ressources humaines et la préservation des savoir-faire industriels. Autres projets de ce deuxième axe : une offre foncière premium, la poursuite de la reconversion des friches industrielles, l’accroissement du soutien au fret ferroviaire, fluvial et multimodal, ou encore faciliter l’hébergement des apprentis, au plus proche des lieux de formation et des entreprises.

Le troisième axe est plutôt comportemental et psychologique : un changement de regard sur l’industrie. La Région souhaite faire de l’industrie une véritable fierté, en valorisant les métiers et les réussites industrielles, en allant à la rencontre des jeunes, en orientant davantage de talents vers l’industrie, en renforçant la mixité des métiers et en développant le tourisme industriel. En bref, les grandes lignes d’un vaste chantier sont esquissées dans un véritable catalogue des « futuribles » auquel il faudra donner un agenda et un coût. Quand ? Avec une esquisse d’urgence ainsi libellée dans la présentation du Pacte : « Parce qu’un projet industriel se gagne aussi dans les délais ». Combien ? Une annonce du Président Franck Leroy : « La Région va mobiliser 50 M€ supplémentaires en 2027 et dans les années suivantes 100 M€ au bénéfice des entreprises industrielles ». Une évaluation régulière de l’avancée du Pacte : « L’installation pérenne des Assises annuelles de l’Industrie ». Et ce credo du Président du Grand Est en conclusion de son propos liminaire : « L’industrie est une part de notre histoire appelée à devenir une part de notre avenir ».

L’épargne des ménages source de financement

Faire appel à l’épargne des ménages, entrer dans le capital des entreprises (Fonds souverain), parvenir à une coopération concrète des industriels entre eux (Synergies Industries), créer une Coopérative régionales des ressource critiques, un Accélérateur Export, un Diagnostic flash Ressources Humaines, faire émerger un tourisme industriel, lancer une opération 1 000 Talents pour sensibiliser les jeunes, ou encore prendre une initiative « Elles+Grand Est =Industries » pour féminiser l’attractivité des métiers industriels. Quelques aspects d’un Pacte pour effacer, selon plusieurs remarques durant cette séance plénière, un quasi-délaissement de l’industrie, durant plus de trois décennies. Affirmation contrariée par Franck Leroy dans un bilan régional raccourci : « En dix ans de Grand Est, plus d’un milliard d’euros d’aides directes, création ou maintien de 21 000 emplois industriels, 40% des entreprises industrielles accompagnées. Nous n’avons pas attendu ce Pacte pour agir ».

Comment l’Assemblée régionale a-elle accueilli ce Pacte ? D’abord un projet coconstruit souligné par Franck Leroy : « Près de 90% des mesures du Pacte sont issues des contributions des groupes politiques du Grand Est ». Ensuite, évènement assez rare pour être remarqué, un vote favorable très large : 130 voix pour le Pacte (Majorité régionale, Républicains, Centristes indépendants, RN et apparentés, Centristes et Territoires), 12 voix contre (Ecologistes) et 13 abstentions (Gauche solidaire et écologiste).

Les acteurs de l’industrie au cœur de l’hémicycle

Quatre entreprises régionales sont venues témoigner de leur parcours, des freins et des accélérateurs de leur développement, sans oublier leurs attentes envers le Pacte Industrie. Une séquence au cœur des réalités de l’industrie animée par les témoignages des dirigeants de Semin, enduits et isolants acoustiques, en Moselle, Alsapan, meubles et plans de travail, dans le Haut-Rhin, Saint-Gobain-Pont-à-Mousson, leader mondial du tuyau en fonte, en Meurthe-et-Moselle et Axon Câble, câbles électriques et électroniques, dans la Marne.
Une séquence prélude au témoignage de Philippe Varin, Président de la CCI Internationale, star de l’industrie française qu’il a servi toute sa carrière. Rémois de naissance il a, pour la petite histoire, été repreneur avec Pierre-Emmanuel Taittinger, en 2019, de l’entreprise Simon-Marq, alors en liquidation. En ne retenant que l’essentiel d’un parcours exceptionnel de près de cinquante ans, Philippe Varin a occupé des postes de directeur et de président entre autres chez Péchiney, Suez, PSA, ou Orano.

Si l’enjeu industriel requiert un temps long, il s’inscrit dans une histoire et une évolution des plus néfastes. C’est l’introduction du propos de Philippe Varin : 30 ans de recul, un niveau de valeur ajoutée manufacturière qui est passé de 20% du PIB à 10%, au niveau actuel de la Grèce et dix points sous celui de l’Allemagne, un déficit commercial 2025 de 96 Md€ quand l’Allemagne enregistre un excédent de 248 Md€, un ratio d’endettement de 115% contre 66% pour cette même Allemagne.

« Un monde dans lequel la Chine est l’usine »

Quelles sont les causes du déclin français ? « Notre incapacité à hiérarchiser les priorités, à articuler droits et devoirs, à accepter le coût politique de certaines décisions ». Philippe Varin enchaîne : « Nous vivons dans un monde dans lequel celui qui a l’or fait la règle, un monde dans lequel la Chine est l’usine ». Le rebond est possible en responsabilisant les Français. Le Président de la CCI International indique quatre leviers pour y parvenir : la compétitivité économique, le capital humain, l’innovation et la technologie et le financement privé, des leviers esquissés dans le Pacte Industrie Grand Est.

Au chapitre des grands chantiers, Philippe Varin s’en prend au coût de fonctionnement des administrations, nationales et territoriales (400 Md€), à la nécessité de réformer les régimes de retraites, pas loin des 400 M€, âge de départ et part de capitalisation. Une remarque qui lui vaut quelques chahuts venus des rangs de l’opposition. Toujours dans la face sombre du déclin : 1,4 million de jeunes de 15 à 29 ans ni en étude, ni en emploi, ni en formation, le décrochage annuel de 60 000 lycéens professionnels : « Trop de parcours subis ou inutiles à l’industrie dans un enseignement qui doit, lui aussi évoluer ». Quelle gouvernance pour une telle réforme ? Philippe Varin suggère : « Le niveau régional me paraît le plus adéquat quand on évoque le nécessaire rapprochement entre l’éducation et l’entreprise ». Il faut réhabiliter le travail et sur ce thème Philippe Varin note : un taux d’emploi trop faible pour les 60 à 65 ans.

En abordant le levier de l’innovation, Philippe Varin précise qu’il faut aller loin, au-delà du nucléaire ou de l’aéronautique, vers la défense, la santé, la cybersécurité et la désormais incontournable IA. Mais innover n’est qu’un palier sur le chemin de la réussite : « La France peine à transformer ses innovations en productions. Nous avons besoin d’un continuum recherche, innovation, industrialisation, commercialisation. Et dans cette trajectoire, la commande publique doit devenir un outil stratégique majeur ». Allons-nous vers un nouveau contrat social ? Cette réponse en forme de conclusion : « Fini l’Etat providence, oui à une société de responsabilité et de responsabilisation ».