Le Département de la Marne ne dispose désormais plus d’épargne nette
Finances. Si le budget primitif 2025 du Département de la Marne laissait apparaître une infime marge de 3,7 millions d’euros, l’épargne nette, une des composantes majeures de l’investissement, est, selon le dernier compte administratif, désormais nulle. Avec une baisse de 29% constatée au compte administratif 2025, la dette risque bien de devenir la grosse signature du budget constaté 2026.
Un certain nombre de délibérations étaient à l’ordre du jour de l’assemblée départementale, dont la plus importante est la DM1 (Décision Modificative numéro un), largement nourrie par les grandes lignes du compte administratif 2025, ultime marqueur du budget N-1, avec principalement ce constat : des dépenses de fonctionnement en hausse de 4% et principalement portées par les secteurs de la solidarité et des recettes de fonctionnement en moindre hausse (+2,8%). Jean-Marc Roze en tire la principale conséquence : l’épargne brute passe de 25 à 19,5 millions d’euros, réduisant ainsi la capacité d’investissement du Département, de 51 à 36 millions d’euros.
Selon le Président du Département de la Marne, « cette DM1 intervient pour assurer financièrement les missions du Département, prenant en compte les réalités budgétaires actuelles en veillant à assumer totalement nos missions de solidarité, d’équilibre et d’aménagement du territoire tout en endettant la Marne dans des proportions soutenables. Pour autant, notre situation budgétaire, sans être catastrophique, n’est pas totalement sereine ».
En amont des futures Assises des Départements de France, à Reims du 14 au 16 octobre, et des prochaines élections présidentielles, Jean-Marc Roze s’engage : « La France a besoin d’un électrochoc de décentralisation permettant aux collectivités locales d’assumer et d’assurer le quotidien de nos compatriotes tandis que l’Etat devrait quant à lui assumer mieux et totalement ses missions régaliennes. Pour cela, nous devons bénéficier de ressources sûres, pérennes et retrouver une autonomie fiscale ».
Offensif contre un Etat qui pénalise et Vatry et l’ensemble des petits aéroports français, le Président Roze fustige la taxe sur les petits colis, cause d’une baisse de 80% du trafic de Vatry et du chômage d’une vingtaine de salariés. En conclusion de son introduction, évoquant succinctement l’affaire de la Collectivité Européenne d’Alsace, le Président Roze prend de la hauteur : « Dans tous les cas, ce n’est pas en fractionnant le pays que cela nous permettra de mener à bien des grands projets dont celui-ci a besoin ».
Hausse du fonctionnement et baisse de l’investissement dans le compte administratif
Equivalent d’un budget réel et définitif à la fin de l’exercice, le compte administratif 2025 rectifie les dépenses et les recettes estimées dans le budget primitif. Ainsi, les dépenses de fonctionnement passent de 508 à 529 M€ (+4,1%) et les dépenses d’investissement, hors dette, de 51 à 36 M€ (-29%). Le résultat de l’année 2025 affiche un résultat négatif de 8,7 M€. En dépenses, hors emprunt, le budget 2025 de la Marne s’élève à 584,5 M€, contre 577,8 M€, soit une petite progression de 1,1%. Pour rappel, le compte administratif vérifie les bonnes orientations du budget primitif.
Au bilan 2025, après un emprunt supplémentaire de 13 M€, l’encours de la dette au 1er janvier 2025 est de près de 185 M€ et diminue de 3,5% au 1er janvier 2026. La capacité de désendettement s’affaiblit en passant de 7,3 à 9,2 ans. Les investissements 2025 ont été couverts à 52% par l’autofinancement, 25% par les dotations et autres recettes et 23% par l’emprunt.
La chute brutale de l’épargne
Entre 2024 et 2025, l’épargne brute (solde entre les recettes et les dépenses de fonctionnement) a chuté de plus de 22%, soit une baisse de 5,7 M€. Dans le même temps, l’épargne nette (solde entre l’épargne brute et le remboursement du capital de la dette), est passée de 6,7 M€ à zéro. Il semblerait donc, en attendant le bilan 2026, que la Marne soit en passe de faire son entrée dans le groupe des Départements à épargne nette négative.
Entre 2022 et 2025, avec une hausse de près de 12% des dépenses de fonctionnement, accompagnée d’une faible compensation de +4,4% des recettes, l’épargne brute et l’épargne nette de la Marne ont parallèlement chuté de plus de 65% en trois ans.
La décision modificative numéro un, adoptée par la majorité du Département, aboutit à un budget intermédiaire 2026 de 628,6 M€, en hausse de 1,8% par rapport au BP 2025. Ce budget englobe le BP 2026 (610 M€), les reports de résultats 2024 et 2025 (9,1 M€) et la DM1 2026 (9,5 M€). Il donne un peu plus de poids au financement de l’investissement (16,1% du budget global contre 14,7%).
Le leitmotiv de l’autonomie fiscale
Dans ses explications de vote, sur le compte administratif, comme sur la décision modificative, le conseiller d’opposition Rudy Namur insiste sur l’épargne nette désormais nulle et une capacité d’investissement qui ne repose désormais quasiment plus que sur l’emprunt : « Nous devons être encore plus vigilants sur les dépenses de fonctionnement et donner la priorité à l’investissement utile ». Comme son binôme, Khira Taam, et rejoint pour l’occasion par le nouvel opposant, Stéphane Lang, il s’est abstenu sur les deux rapports.
« L’Etat est ruiné ! », lance Charles de Courson qui, blasé plus que de coutume, poursuit : « J’ai l’impression de radoter depuis une quinzaine d’années, ici comme à l’Assemblée Nationale… Qu’attendre de l’Etat ? Rien !… Il nous faut obtenir une véritable autonomie fiscale… La CSG départementale, voilà la bonne solution pour retrouver notre liberté de gérer ».
Les Assises des Départements de France à Reims
La dernière session plénière du Département a abordé une vingtaine de rapports dont celui concernant les futures assises des Départements de France. Les 14, 15 et 16 octobre prochains, le Département de la Marne accueillera ces 95e Assises des Départements de France au Parc des Expositions de Reims. Cet évènement national devrait réunir près de 1 500 congressistes, élus départementaux, parlementaires, décideurs publics, représentants institutionnels et acteurs majeurs du territoire national.
Au-delà de son caractère institutionnel, ce rendez-vous constitue une opportunité stratégique pour la Marne, en termes de rayonnement national, d’attractivité économique et touristique et de valorisation des acteurs locaux et des filières d’excellence. Le Département de la Marne estime le budget de cet évènement à 850 000 euros TTC, en dépenses et recettes.