La Chambre régionale des comptes dessine le futur de XCR Airport, ex Vatry
Transport. Selon la CRC, Vatry a coûté, entre 1992 et 2023, près de 422 M€ en euros constants.

Il a certainement été plus facile pour l’aviateur d’Antoine de Saint-Exupéry de dessiner un mouton au Petit Prince que pour la Chambre régionale des comptes (CRC) d’esquisser l’avenir aéroportuaire des trois plateformes de Strasbourg-Entzheim, Metz-Nancy-Lorraine et XCR Airport. Une année de labeur, huit dizaines d’entretiens et 158 pages, le rapport « Evaluation de la politique de soutien aux aéroports du Grand Est » de la CRC du Grand Est s’articule en deux temps : une phase évaluative 2016-2023 et une phase prospective 2024-2030. Sur les trois aéroports concernés, nous retiendrons surtout le dernier, pour convenance locale en notant au passage cette précision qui met fin à bien des approximations : Vatry a coûté, entre 1992 et 2023, près de 422 M€ en euros constants, dont 240 M€ pour la construction et 182 M€ en concours financiers de la part des collectivités, investissements et fonctionnement inclus.
Près De 130 M€ D’argent Public En 7 Ans
Sur la phase évaluative, la CRC note : « Des aéroports qui peinent à trouver un modèle économique soutenable et à contribuer au développement des territoires… Aucun des trois aéroports n’atteint un équilibre financier lui permettant de se dispenser de subventions d’exploitation ». À la question pourquoi, la CRC répond : « À cause de la faiblesse de leur activité ». Les comptes sont là : entre 2016 et 2023, les collectivités sont intervenues à hauteur de 129,2 M€. La CRC remarque que la question des financements publics se pose face à la situation générale des finances publiques et à la fin du cadre juridique européen (avril 2027) des aides d’Etat aux petits aéroports. La préconisation de la CRC tombe : « Pour Vatry comme pour Metz-Nancy-Lorraine, aucune option ne doit être exclue au-delà de 2030, y compris celle de la cessation d’activité commerciale, si ces deux plateformes ne voyaient leur activité évoluer significativement. En tout état de cause, la CRC considère qu’une pérennisation de ces plateformes dans leur modalités actuelles de fonctionnement n’est pas souhaitable ».
Vatry, La Nécessité De Diversifier Ses Activités
50 000 tonnes de fret à l’horizon 2027-2028, la CRC doute de la faisabilité de l’objectif de Vatry : « Un écosystème logistique pas suffisamment robuste pour attirer les grandes compagnies cargo, des installations insuffisantes, pas assez de personnel et une accessibilité de l’aéroport perfectible… Les caractéristiques de Vatry ne sont pas de nature à attirer les acteurs majeurs du secteur ». La Cour régionale allonge la liste noire de Vatry : absence de contrôleurs aériens entre 19h et 7h, d’où le départ pour Liège de Qatar Airways en 2021, manque de valorisation de la desserte routière de l’A26, ligne ferroviaire de fret en mauvais état (coût des travaux estimé 25 M€), situation géographique pas évidente, intermodalité insuffisante, coût et approvisionnement du carburant…
Faire fructifier le foncier
La CRC suggère que Vatry pourrait se repositionner sur du fret spécifique, notamment sur des équipements lourds, domaine dans lequel la concurrence est moins vive et la rentabilité plus élevée que dans le e-commerce, très développé à Roissy ou Liège. La CRC avance sur un autre terrain, celui de la valorisation du foncier autour de l’aéroport, citant la ZAC3 et la réserve foncière des 220 hectares, afin de créer une grande zone d’activités économiques. Bref, une ZAC3 et ses abords propriétaires de l’aéroport et permettant par osmose d’atteindre le seuil de rentabilité de 30 000 tonnes par an et de trouver une diversification non aéroportuaire. Enfin la CRC vise l’activité vols d’entraînement (7 260 à Vatry en 2023), en délestage de Reims-Prunay (25 000 à 30 000 vols par an).
Un peut court penseront certains. Mais, faut-il rappeler que Vatry a démarré en 2000 sans aucune étude de marché ? Quant à l’activité passager, la CRC, avec ou sans Ryanair, évoque la promotion d’un tourisme entrant et s’inquiète à propos des subventions d’exploitation trop élevées. La Région Grand Est se donne d’ici à la fin de l’année pour exposer sa politique aéroportuaire.