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130e année

L’eau, ressource à préserver pour mieux nous protéger

Environnement. Face aux défis posés par le changement climatique, les canalisateurs alertent sur les menaces qui pèsent sur l’eau, ressource essentielle pour la planète.

Au cours de la matinée, les responsables des services de l’eau des collectivités champardennaises ont partagé leurs stratégies de gestion de l’eau et de protection de la ressource. Benjamin Busson

« Rendre visible l’invisible ». C’est ainsi que les canalisateurs définissent leur activité et surtout ses enjeux, éminemment stratégiques pour la planète et pourtant invisibles car enfouis sous terre. Ces professionnels de l’aménagement et de l’entretien des canalisations sont réunis sous la bannière d’un syndicat, représentent 350 entreprises sur le territoire national. à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, le 22 mars, la Fédération des Travaux Publics de Champagne-Ardenne a choisi de les réunir au mess des entrepreneurs de Châlons-en-Champagne pour une matinée d’échanges et de sensibilisation autour de leurs problématiques.
« Les entreprises de canalisation sont des acteurs incontournables du petit et du grand cycle de l’eau »
, estime d’ailleurs Didier Capdeville, délégué des canalisateurs de Champagne-Ardenne.

En visioconférence nationale, l’hydrologue Emma Haziza rappelait l’importance de la préservation de la ressource en eau pour notre quotidien et surtout pour le futur de la planète. Sachant qu’un Européen consomme en moyenne 5000 litres d’eau par jour (nourriture, hygiène, déplacements...), les besoins sont colossaux. « Derrière tout ce qu’on achète se cache de l’eau, ‘de l’eau d’ailleurs’. Et quand ‘l’eau d’ailleurs’ commence à manquer, cela influe sur les prix ». Blé, énergie… tout dépend de l’eau. Car en résumé, une calorie nécessite un litre d’eau pour être produite.

Premier gaz à effet de serre

Or, le changement climatique rend l’accès à la ressource en eau plus compliqué et surtout accélère la survenance d’événements de plus en plus violents et fréquents. « Sur les cinq dernières années quelques points de facteurs invisibles émergent pour devenir des menaces assez concrètes », souligne l’hydrologue. Car si historiquement la France a toujours connu des épisodes climatiques spectaculaires (sécheresse ou inondations), ceux-ci n’intervenaient que de manière espacée. Désormais, nous devons nous habituer à les rencontrer de plus en plus fréquemment. « Nous avons toujours eu cette vulnérabilité naturelle mais on a aujourd’hui des paramètres qui statistiquement sont de l’ordre de l’impossible ».

L’hydrologue précise : « L’eau est le premier gaz à effet de serre de la planète. Elle permet de faire une barrière naturelle qui protège la Terre et lui évite de ressembler à la lune ». En contribuant à 84 % à l’effet de serre, la vapeur d’eau agit donc comme un régulateur du climat. à condition qu’elle ne soit ni trop importante dans l’atmosphère, ni sous-représentée. Instable, elle peut alors retomber dans des couloirs atmosphériques intenses. Car un degré supplémentaire dans l’atmosphère augmente de 5 à 7 % la capacité d’un nuage. « Sur 100% de pluie tombée, 65% de l’eau repart dans l’atmosphère, 9% ruisselle et 25% est récupérée dans le sol », explique l’hydrologue. Pour y remédier, Emma Haziza préconise d’améliorer la capacité de nos sols à absorber les précipitations pour mieux les stocker ensuite. Inondations et sécheresses se succèdent alors et révèlent la fragilité de nos sociétés.

« Ces épisodes mettent en exergue notre vulnérabilité car nos infrastructures et nos bâtiments ne sont pas adaptés ». Un constat partagé par les canalisateurs et les responsables des services de l’eau et de l’assainissement des collectivités (Aube, Châlons, Epernay, Reims, Agence de l’Eau) qui partageaient l’affiche de cette journée, apportant leurs stratégies de gestion de l’eau. Didier Capdeville le rappelle d’ailleurs : « Nous sommes obligés de nous réinventer, de trouver de nouvelles idées et de ne rien s’interdire ».

Benjamin Busson