L’alimentation locale, enjeu de souveraineté et de qualité
Restauration collective. Les premières assises auboises de l’alimentation en circuit court ont rassemblé producteurs et acheteurs pour repenser le modèle de la plateforme Mangerlocal
Le menu des premières assises de l’alimentation locale était copieux avec huit ateliers thématiques, trois conférences, une table ronde et une séance plénière de restitution de la journée de travail, le tout entrecoupé d’un buffet concocté par les producteurs locaux.
Organisées par le Conseil départemental de l’Aube, les assises font écho au projet territorial alimentaire piloté par le Département et la chambre d’agriculture de l’Aube autour de la création de la plateforme Mangerlocal, qui compte 44 producteurs référencés sur les 240 producteurs aubois, offrant une marge de progression. Les assises ont permis la rencontre entre producteurs, transformateurs et acheteurs des collectivités locales.
Pour Anne-Marie Zeltz, conseillère départementale, « nous considérions que c’était au Département de donner l’exemple et notamment pour ses collèges. On a d’abord pensé à nos 25 collèges. Nous avons commencé petitement avec quelques producteurs locaux puis cette plateforme a grandi au fil des années pour arriver aujourd’hui à 44 producteurs. Elle regroupe plus de 350 références produits ».
La plateforme permet ainsi aux restaurations collectives de commander les produits locaux avec une logistique assurée par le Département, qui stocke les aliments commandés par les établissements dans son dépôt. Il effectue ensuite les livraisons dans les collèges mais également au centre départemental de l’enfance, dans quelques lycées et en restauration collective. Les collèges représentent 1 million de repas servis à l’année.
Pour autant, le modèle atteint ses limites en termes de logistique et de gestion. « Nous souhaitons faire évoluer le projet qui doit devenir une filière à part entière. Nous avons invité la Côte-d’Or et l’Ardèche comme départements témoins pour nous inspirer. »
Les jeunes agriculteurs courtisés
L’objectif est donc d’accompagner la montée en puissance d’un outil qui génère 150 000 euros de chiffre d’affaires en 2026. « C’est trop peu. Nous devons nous assurer que tout le monde puisse avoir accès à une alimentation de qualité », explique Alain Boulard, président de la chambre d’agriculture de l’Aube, en évoquant les collèges, les lycées, les EHPAD et les filières qui ne sont pas présentes sur la plateforme, comme les pommes de terre ou les fruits.
« Il faut aussi que cela passe par le renouvellement des générations et il n’y a que les jeunes qui porteront ces projets qui sont des modèles de développement exigeants. Il y a une prise de risque. Nous devons regarder comment nous les accompagnons, mais il nous faut du sang neuf, c’est l’avenir de l’agriculture. »
Les échanges de la journée vont permettre de nouvelles réflexions pour repenser le modèle de la souveraineté alimentaire auboise. Il s’agit d’actionner le levier des circuits courts, d’offrir un débouché de proximité aux acteurs aubois dans un contexte de développement tout en tenant compte des réalités économiques.
Le Département va d’ores et déjà mettre en ligne une cartographie des producteurs référencés sur la plateforme. De quoi donner de la lisibilité à l’offre et inciter ceux qui n’y figurent pas à rejoindre la plateforme. Au-delà d’un site de référencement et de passation de commande, Mangerlocal devient ainsi un outil de tourisme, pour identifier les produits locaux, leur lieu de production et de vente directe. Une mise en bouche avant le plat de résistance.