Franck Leroy : « Les élections municipales doivent échapper à la politique politicienne »
Municipales. Le Président des Maires de la Marne, donne son point de vue sur le paysage des prochaines élections municipales : des candidatures aussi nombreuses qu’auparavant, une réforme du scrutin dans les petites communes un peu brusque, un nombre de procédures pour défendre l’intégrité des maires en hausse, un nouveau statut de l’élu bienvenu et une élection qui ne mérite pas d’être politisée.
Quel est l’état d’esprit des maires de la Marne, à la fin de ce mandat 2020-2026 ?
Beaucoup de résilience au terme d’un mandat particulièrement compliqué, avec la crise Covid, la crise énergétique qui a fait exploser les factures des communes, la crise politique et la crise budgétaire de l’Etat, des crises porteuses de mauvaises nouvelles pour les collectivités locales. Les élus sont donc inquiets et pour autant, je n’observe pas de renoncement. Globalement, en termes d’engagement dans les futures élections, la tendance des candidatures est comparable à celles des anciennes échéances.
Y a-t-il plus ou moins de candidatures en 2026 qu’en 2020 ?
Il est encore trop tôt pour faire le décompte, cependant partout où j’ai rencontré des élus il y avait des candidatures, avec plus ou moins de listes qu’auparavant et pour moi l’impression qu’il y en a plus.
Quel est l’impact de la nouvelle loi sur les villes de moins de 1 000 habitants ?
Cette loi est arrivée très tard. Il existe des petites communes composées soit majoritairement d’hommes, soit de femmes. Pour parvenir à la parité requise par la nouvelle loi, ces communes vont devoir se passer de talents qui ne peuvent plus être candidats. Une trajectoire dans le temps aurait mieux convenu qu’une loi applicable du jour au lendemain. On va écarter des élus de talent, pour la parité et uniquement en raison de leur sexe.
« Il est heureux de trouver dans les conseils municipaux des sensibilités différentes.
Gauche ou Droite dans une décision municipale, cela n’a pas de sens. »
Durant ce mandat quelles ont été les questions les plus préoccupantes pour les maires ?
D’abord, gérer les crises précédemment citées, gérer une société qui devient de plus en plus violente dans son expression. Le respect du Maire s’est dilué au fil du temps, ne serait-ce que sur les réseaux sociaux. Je n’ai jamais autant porté plainte ces derniers temps sur ce sujet. Le plus choquant, ce sont les mises en cause de la probité des maires à travers ce que l’on appelle le « conflit d’intérêt public ». La loi a quelque peu corrigé cette situation.
Meilleures indemnités, meilleures possibilités dans l’exercice d’un métier, parallèlement au mandat, meilleure protection fonctionnelle, quel regard porté sur le nouveau statut de l’élu ?
Il s’agit bien d’une indemnité et elle est normale et obligatoire, parce que le Maire consacre du temps à son mandat et sacrifie une partie de sa carrière professionnelle. Ce n’est pas au conseil municipal de décider si le Maire doit ou non toucher cette indemnité. Il s’agit d’une compensation d’un travail réellement effectué. J’ajoute que plus la commune est petite, plus le Maire, faute de services adéquats, comme dans les grandes villes, est plus corvéable qu’ailleurs. Dans le cas de la protection fonctionnelle, lorsque le Maire est menacé dans ses fonctions, les frais de défense sont pris en charge par la commune. Et cela est valable pour les adjoints. La nouvelle loi renforce ces dispositifs.
Le public hésite, les préfectures étiquetent, le mandat de Maire est-il un mandat politique, au sens d’appartenance à un parti ?
Le mandat de Maire échappe à la politique politicienne. L’immense majorité des candidats n’est pas étiquetée. Il est heureux de trouver dans les conseils municipaux des sensibilités différentes. Gauche ou Droite dans une décision municipale, cela n’a pas de sens. Si la préfecture classe les listes par sensibilité, il s’agit d’une question de statistiques et d’analyses des résultats.
Le risque en 2026 : des municipales aux allures de test pour l’élection présidentielle ?
Je ne le pense pas. Les électeurs font la part des choses. Certains partis ont intérêt à politiser le débat et à rapporter des thématiques nationales, comme la sécurité ou l’immigration, dans le champ local. Les préoccupations des électeurs des municipales sont beaucoup plus locales. Mais, il est vrai qu’après les municipales, nous allons vite basculer dans l’élection présidentielle.