Entre les leçons de 2022 et les prospectives de 2027, des élections présidentielles plus qu’indécises dans le Grand Est
Politique. Plus de 3,8 millions d’électeurs inscrits dans le Grand Est devraient élire le futur Président de la République, les 18 avril et 2 mai 2027. Dans les sept mois à venir, l’actualité nationale pourrait bien se focaliser sur cette échéance. Faut-il tirer des leçons de l’élection de 2022 ? En quelques traits, la région Grand Est, une des régions métropolitaines les plus abstentionnistes et au plus faible score en faveur d’Emmanuel Macron en 2022, pourrait-elle basculer en 2027 ?
En France, le vote n’est pas obligatoire, sauf aux sénatoriales n’impliquant que les 162 000 grands électeurs (élus municipaux, parlementaires, conseillers régionaux et départementaux). Le taux d’abstention est calculé par rapport au nombre d’inscrits. En 2022, environ 4,9 millions de Français ne sont pas inscrits sur les listes électorales ou ignorent l’être. Le corps électoral ne représente ainsi que 70% de la population (47 sur 67 millions).
Les résultats des dernières élections à l’échelle des six principaux échelons territoriaux confirment une baisse récurrente de la participation et posent cette question : les Français bouderaient-ils les élections de proximité ? Loin devant, c’est l’élection présidentielle (28% d’abstention en 2022) qui est la plus attractive. Viennent ensuite les législatives (33% en 2024) et les européennes (48% en 2024). Les trois autres niveaux s’inscrivent autour de plus d’une abstention sur deux inscrits : 43% aux municipales de 2026, et 67% aux régionales de 2021 et aux départementales de 2021.
Une abstention moyenne de 20% aux présidentielles
Sous la Ve République, l’abstention moyenne est de 20% pour les élections présidentielles, 30% pour les municipales et 50% pour les législatives et les européennes à partir des années 80. Depuis 1965, la France a connu onze élections présidentielles, avec des amplitudes des pourcentages d’abstention de près de vingt points. Les plus fortes abstentions marquent les élections de Georges Pompidou en 1969 (31,5%) et d’Emmanuel Macron en 2022 (28%), les plus faibles, celle de Valéry Giscard d’Estaing en 1974 (12,7%) ou de François Mitterrand en 1981 (14,7%). Les huit présidents de la Ve ont été élus avec une abstention moyenne de 20%.
Les plus gros pourcentages d’abstentionnistes concernent les jeunes (42% pour les 18-24 ans et 46% pour les 25-34 ans), les personnes en situation précaire, les moins bien ancrés socialement et territorialement ou encore ceux qui ne se reconnaissent dans aucun parti ou aucun candidat. L’abstention, remarquent certains observateurs, est souvent un message adressé à une offre politique inadaptée.
Le Grand Est, région fortement abstentionniste en 2022
En 2022, l’INSEE révèle la 2e place de la région pour l’abstention systématique aux deux tours des élections présidentielles et législatives (17% dans le Grand Est contre 16% en moyenne métropolitaine), juste devant la Corse.
L’abstention au second tour des présidentielles de 2022 atteint 26,3% dans le Grand Est. Elle varie de 24% dans la Meuse à près de 29% en Moselle. Elle est de 26% dans les Ardennes et la Marne, 25% dans l’Aube et la Haute-Marne. Dans la région, Emmanuel Macron est élu avec 52% des suffrages exprimés et seulement 35% des électeurs inscrits. Le Grand Est occupe le cinquième rang des régions les plus abstentionnistes pour cette élection présidentielle, derrière la Corse (39%), l’Ile-de-France (29%), Provence-Alpes-Côte d’Azur (28%) et les Hauts-de-France (27%).
La Marne plus abstentionniste que la France métropolitaine
Lors des six différentes dernières élections, la Marne a enregistré plus d’abstentions que le niveau France métropolitaine : +8 points pour les municipales de 2026, +1 pour les législatives de 2024, +0,3 pour les européennes de 2024, +3 pour les présidentielles de 2022, +4 pour les régionales de 2021 et +5 pour les départementales de 2021.
En termes de plus fortes abstentions aux dernières présidentielles, la Marne (26%) occupe la quatrième place régionale. Entre 27 et 28%, la Moselle, la Meurthe-et-Moselle et le Haut-Rhin ont encore moins voté. Territoires plus ruraux, les Vosges et la Meuse n’ont enregistré que 24% d’abstentions.
Parmi les quinze communes les plus peuplées de la Marne, c’est Épernay (36%) qui affiche la plus grosse abstention aux présidentielles de 2022, huit points au-dessus de la moyenne départementale. Viennent ensuite Vitry-le-François et Reims (34%), Sainte-Menehould (33%), Châlons-en-Champagne et Saint-Memmie (31%). Cormontreuil (21%) et Witry-lès-Reims (22%) sont parmi ces communes celles qui ont le plus participé à ce scrutin.
De 2017 à 2022, l’écart entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen a été divisé par quatre dans le Grand Est : 58 contre 42 (+16 points) en 2017 et 52 contre 48 (+4 points) en 2022. En 2017, les dix départements du Grand Est ont voté pour Emmanuel Macron et notamment le Bas-Rhin (63%), la Meurthe-et-Moselle (61%) et le Haut-Rhin (58%). Les quatre départements champardennais ont fait de même, mais dans une moindre mesure : 57% pour la Marne, 54% pour l’Aube et 51% pour les Ardennes et la Haute-Marne.
À l’issue des élections de 2022, si Emmanuel Macron l’emporte par 52% des suffrages exprimés régionaux, cinq départements du Grand Est ont basculé en votant Marine Le Pen : les Ardennes (56,7%), l’Aube (51,7%), la Haute-Marne (57%), la Meuse (55,6%) et les Vosges (52,4%). Entre 2017 et 2022, la candidate RN gagne dans chacun de ces cinq départements entre 6 et 7 points. Le Grand Est fournit plus de 20% des 23 départements métropolitains ayant voté Marine Le Pen. Dans le Grand Est, Emmanuel Macron réalise ses meilleurs scores en 2022 dans le Bas-Rhin, la Meurthe-et-Moselle, le Haut-Rhin et la Marne.
Dans les communes de la Marne, mais avec une forte abstention, Reims, Châlons-en-Champagne, Épernay, Tinqueux, Betheny ou encore Cormontreuil ont voté Emmanuel Macron. Vitry-le-François, Fismes, Ay-Champagne ou Mourmelon ont voté Marine Le Pen. Les grandes villes du Grand Est ont voté Emmanuel Macron : Strasbourg (77%), Metz (67%), Nancy (76%), Troyes (60%) et Reims (62%).
La région Grand Est au bord d’un basculement en 2027 ?
La carte des présidentielles de 2022 montre dix régions acquises à Emmanuel Macron et trois à Marine Le Pen, à savoir les Hauts-de-France, la Provence-Alpes-Côte d’Azur et la Corse. En termes de scores, c’est en Ile-de-France, en Bretagne et dans les Pays de la Loire qu’Emmanuel Macron réalise ses meilleurs résultats.
Sur les dix régions métropolitaines favorables au Président sortant, l’écart va de 73% pour l’Ile-de-France à 52% pour le Grand Est, dernière région en faveur d’Emmanuel Macron. La Marne, traditionnellement à droite, et qui avait voté en 1981 Valéry Giscard d’Estaing contre François Mitterrand et Nicolas Sarkozy contre François Hollande en 2012, et la Moselle, n’ont donné que 52 et 50,5% à Emmanuel Macron au second tour de 2022. Des scores au bord de la bascule pour le Grand Est en 2027 ?