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Continuité et engagement, le Budget Primitif 2026 de la Marne construit comme un modèle de prudence

Marne. Une hausse de 3%, essentiellement portée par le fonctionnement, un investissement en léger retrait, un emprunt conséquent mais une dette en baisse, le Budget Primitif 2026 du Département de la Marne pourrait cependant bien être le dernier présentant une épargne positive.

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Assemblée départementale de la Mane
Boucler un budget, fortement marqué par des dépenses obligatoires en hausse et des recettes non alignées, passe par l’obligation d’un emprunt (45,1 M€) qui pèse cette année 57% des recettes d’investissement. (Crédits : GD)

« Il ne s’agit pas simplement d’un exercice comptable ou technique. Il s’agit d’un acte politique majeur, par lequel nous affirmons ce que nous voulons protéger et ce que nous voulons préparer pour l’avenir de notre territoire », le Président Roze, à l’abri de tout effet de manche, ouvre la première session plénière de l’année, notamment dédiée au Budget Primitif, avec lucidité et sérénité. Positiviste, à distance raisonnable de la tempête politique nationale et de ses effets imprévisibles, il déroule les grandes lignes du Budget Primitif 2026 : baisse de la dette par une bonne maîtrise des dépenses, fonctionnement concentré sur les compétences primordiales que sont les solidarités et l’équilibre des territoires du département, investissement ciblé principalement sur l’économie et l’attractivité et projecteur allumé sur la souveraineté agricole. Contraint, comme d’habitude, ce budget n’est peut-être pas le meilleur, mais comme l’expriment certains conseillers : « C’est le moins pire ».

Un budget 2026 en progression de près de 3 %

De 593 à 610 M€, le Budget Primitif du Département progresse de 2,9 %. Les dépenses de fonctionnement, 532 M€ contre 514 M€ en 2025, sont en hausse de 3,4 % et celles d’investissement, 56,7 contre 58 M€, baissent de 2,2 %. Entre 2025 et 2026, le poids de l’investissement dans le budget passe de 9,8 à 9,3 %. Signe d’une bonne maîtrise budgétaire, la CAF, Capacité d’Autofinancement (soldes entre les recettes et les dépenses de fonctionnement), passe de 20,9 à 21,4 M€ et progresse de 2,4 %. Un petit miracle dans le concert budgétaire de la centaine de Départements français. Dans les dépenses de fonctionnement, la solidarité départementale (insertion, enfance et famille, handicap et personnes âgées), plus de 74 % du total, gagne 4,5 %, quand les autres chapitres reculent : -0,8 % pour les infrastructures et les transports, -1,5 % pour l’attractivité, -2,9 % pour l’éducation et la jeunesse et -8,8 % pour la culture, le sport et les loisirs. Côté recettes de fonctionnement, l’attribution de la fraction de TVA (158,3 M€) baisse de 0,3 % et les DMTO, Droits de Mutation à Titre Onéreux (94 M€) augmentent de 13 %. Avec 45,1 M€, c’est principalement l’emprunt (58 %) qui finance les investissements du Département (infrastructures, transition écologique, soutien aux communes et intercommunalités et attractivité du territoire), devant la capacité brute d’autofinancement (21,4 M€), les dotations (8,5 M€) et autres financements (3,1 M€).

Entre emprunt conséquent et dette maîtrisée

Boucler un budget, fortement marqué par des dépenses obligatoires en hausse et des recettes non alignées, passe par l’obligation d’un emprunt (45,1 M€) qui pèse cette année 57 % des recettes d’investissement. Le montant de cet emprunt s’inscrit, derrière les 47 M€ de 2024, au deuxième rang des quinze dernières années. Comparé aux 13 M€ de 2025, il connaît une augmentation de 246 %. Enfin, l’emprunt est marqué par une certaine stabilité, entre 2017 et 2022, avec une moyenne annuelle de 15 M€, contre 31 M€ entre 2023 et 2026. Soit un doublement de la tendance à emprunter. Mauvaise habitude ? Et cependant consolation parce que l’emprunt des collectivités territoriales n’est rendu possible qu’en matière d’investissement, marque forte d’un budget. Double satisfaction affichée par l’Assemblée départementale, l’encours de la dette, 178,2 M€, baisse de 3,5 % et la capacité de désendettement s’améliore en passant de 13,6 à 8,3 années. À la loupe, la situation financière du Département devient cependant délicate. On est au bord d’un équilibre en voie de rupture. La capacité réelle d’autofinancement s’inscrit à une hauteur infime de 2,4 M€, résultant de la capacité brute (21,4 M€) amputée du remboursement de la dette (19 M€). La Marne rejoindra-t-elle en 2026 le contingent des Départements en panne d’autofinancement ? C’est la question que se pose depuis deux ans le Conseiller Charles de Courson, grand spécialiste des finances, de l’Assemblée Nationale au Conseil Départemental.

La faute de l’État, refrain de l’assemblée départementale

Comme en écho à la présentation d’un budget « moins pire » par le rapporteur Jean-Pierre Fortuné, au nom de l’opposition, Rudy Namur, Président de la Commission des Finances, note : « Le jonglage avec les chiffres incertains d’un budget intenable » et redit : « On attend les décisions d’en haut… Où sont les moyens de nos compétences ? ». Charles de Courson comptabilise : « 14 Départements en autofinancement négatif… Des marges de manoeuvre nulles… Dans les solidarités, c’est l’Etat qui fait tout… ». Pour Julien Valentin : « Les décisions de l’Etat manquent de cohérence… Exemple : les 40 M€ du département ponctionnés par l’Etat… ». Conclusion, le Budget Primitif de la Marne est voté par 43 voix pour, deux contre (Rudy Namur et Khira Taan) et une abstention (Stéphane Lang), abstention qui est tout ce que l’on veut sauf une surprise. Les seules turbulences de cette plénière concernent les échanges de ce dernier avec le Président Roze et cette question à l’issue de l’abstention du conseiller du 1er canton de Reims : « Tu te lances dans la politique politicienne ? Dois-je te considérer dans l’opposition ? ». Et un peu plus tard, concernant l’opposition de Stéphane Lang à de nouvelles aides pour XCR Airport, le Président clos le débat : « Quand je t’écoute, on a l’impression que tu veux construire des ponts et détruire des aéroports ».

Vatry, sujet de fâcheries entre le Grand Est et la Marne ?

La fin de l’aide annuelle au financement du fonctionnement de l’aéroport champardennais (666 667 €) actée dans le budget 2026 du Grand Est n’ayant pas fait de vague du côté de la Région, le Département de la Marne est en droit de s’inquiéter. Dans la présentation de son budget, le rapport inhérent du Département de la Marne note que cette aide conventionnée de 1 725 000 euros, également portée par la Communauté d’Agglomération de Châlons-en-Champagne, se réduit à 1 053 333 euros, hors contribution complémentaire de la Marne en 2025 pour 950 000 euros. Rappelons que ces aides publiques, instaurées par la Commission Européenne en faveur des aéroports de moins de 700 000 passagers, devraient prendre fin en avril 2027. Rappelons également qu’à la suite du rapport de la Chambre régionale des comptes, en mars 2025, la Région Grand Est a annoncé pour l’automne 2025 un Schéma régional de l’aéroportuaire tout en maintenant son aide à l’aéroport de Metz-Nancy-Lorraine dont elle est propriétaire. Jusqu’ici, point de schéma et une subvention régionale de 2,4 M€ pour la structure lorraine. D’où ce commentaire de Charles de Courson : « En soutenant l’aéroport lorrain et dégageant Vatry, où est l’équilibre du territoire ? ». Les Présidents de la Marne et du Grand Est doivent se rencontrer bientôt sur ce sujet. Et comme Vatry reste à vendre, l’idée de Jean-Marc Roze de le céder à la Région pourrait bien refaire surface.