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130e année

Avec l’Epfge, objectif « zéro artificialisation nette »

Aménagement. L’établissement public foncier du Grand Est (Epfge) dispose de plusieurs missions et intervient sur de nombreux projets et chantiers de collectivités, avec comme objectif principal, de soutenir l’attractivité des centres villes en accompagnant l’aménagement, dans la perspective de zéro artificialisation nette.

Les travaux de démolition et de désamiantage devront être finis pour décembre 2023 afin de permettre l’avancée du projet colossal des Berges de Marne à Épernay. DR

L’Epfge est un établissement public de l’Etat qui intervient désormais en Lorraine et Champagne Ardenne (dans huit départements) pour accompagner les collectivités dans l’élaboration et la mise en oeuvre de leurs stratégies foncières. « Un des gros enjeux est de se mettre aux côtés des collectivités pour atteindre la sobriété foncière », indique Anthony Caps, président de l’établissement du Grand Est. Posant un diagnostic sur le territoire, Marie-Sophie Thil de l’agence d’urbanisme et de développement durable (Agape) du Grand Est explique que la région connaît « un dynamisme contrasté ».

« Dans les grandes villes telles que Reims, Metz, Nancy, l’emploi est en hausse alors que la majorité des bassins sont en baisse, mais ces villes perdent dans le même temps des habitants. Dans les bassins ardennais et meusiens, la perte est sur les deux indicateurs. » La spécialiste précise ainsi que la capacité d’entreprendre est freinée sauf dans les communes connaissant une hausse des habitants et des offres d’emplois. Et si les centres-bourgs perdent des habitants, en revanche, les couronnes en gagnent, impliquant « une dispersion des densités et une redistribution du résidentiel ».

Réhabiliter sans créer de vacance

En cause, la recherche d’une meilleure qualité de vie et le coût du foncier et de l’immobilier. « La majorité des pôles urbains voient la population baisser là où leur couronne se densifie. » Ce qui n’est pas sans poser problème aux communes concernées, dans la gestion de leurs équipements, avec un certain nombre de charges à supporter et qui doivent aussi, mettre en oeuvre des politiques nouvelles de mobilité. Autre problématique, les parcs de lotissements vieillissants, datant pour beaucoup des années 70. « Les habitations ne sont souvent plus aux normes, avec une perte de valeur immobilière et par la même occasion d’attractivité », relève Marie-Sophie Thil. La vacance des locaux n’impacte pour autant pas celui des constructions neuves, c’est le cas notamment dans l’agglomération de Reims et celle de Troyes où l’on compte beaucoup de constructions.

« Épernay a été la première collectivité de la Marne, et même de l’ancienne Champagne-Ardenne, à signer une convention de partenariat avec l’EPF le 22 décembre 2020 »

« La création des logements correspond aux évolutions sociétales. Nous sommes passés de 30 à 40 m2 par personne en 30 ans alors que le nombre de personnes par ménage est passé de 2,7 à 2,2 personnes. » Aucun territoire de la région n’est épargné par ce phénomène qui fragilise les centres-bourgs. L’Epfge couvre un territoire qui compte moins de 5% de sols artificialisés contre 10% à l’échelle du territoire. « 13 400 hectares de surface ont été artificialisés entre 2009 et 2019. » Devant ces phénomènes, un des enjeux de l’établissement public est de « soutenir l’attractivité des centralités urbaines et rurales des centres-villes et centres-bourgs. » C’est pourquoi l’Epfge accompagne les collectivités dans des constructions en centre-ville, souvent des réhabilitations de bâtiments ou des constructions sur des emplacements d’anciens immeubles en état de péril.

« Nous travaillons en collaboration avec l’agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) pour permettre la reconquête des centres-villes afin que le développement urbain se fasse à l’intérieur des centres-bourgs et non à l’extérieur, tout en restant attentif à la verdure ainsi que l’utilisation harmonieuse des espaces », relève Anthony Caps. Travailler sur la reconquête du bâti a aussi comme but de ne pas créer de vacance de logements et de limiter strictement les extensions dans l’objectif de zéro artificialisation nette. « Dans ces cas-là, la puissance publique peut se trouver obligée de prendre la main pour accompagner une maîtrise foncière complète d’une copropriété. »

Les berges de Marne, projet emblématique

Au sein même de la reconquête du bâti existant se trouve la problématique des friches industrielles, comme c’est le cas à Épernay, avec le projet des Berges de Marne, qui se situe sur un ancien centre de maintenance de la SNCF de 13 hectares, en plein coeur de ville. « Épernay a été la première collectivité de la Marne, et même de l’ancienne Champagne-Ardenne, à signer une convention de partenariat avec l’EPF le 22 décembre 2020 », indique Sébastien Agamennone, directeur territorial de la Marne à l’Epfge. « Ce projet est emblématique à plusieurs égards puisqu’il comprend des aspects au niveau de l’économie, du logement et des équipements. » Ce dossier répond en effet à un certain nombre d’attributions de l’Epfge et au coeur de ses métiers avec le portage financier du foncier, la conduite d’études ainsi que la déconstruction de certains bâtiments.

En 2021, les études et les diagnostics ont été menés. 2022 verra le recrutement des entreprises chargées de la maîtrise d’oeuvre et du recyclage des matériaux pour les réutiliser sur le site lui-même, ainsi que la gestion du site, avec des missions d’entretien et de sécurisation. « Le calendrier est contraint par la subvention du FEDER (Fonds européen de développement régional) avec une échéance à devoir réaliser les travaux de désamiantage et de déconstruction pour décembre 2023. » La Ville rachètera ensuite l’emprise foncière pour y créer un quartier entier dont la construction devrait s’étaler sur plus d’une dizaine d’années.

Nastasia Desanti