Au Conseil régional, le consensus de l’examen des rapports encadré par les remous de l’éventuelle sortie de l’Alsace
Région. Une introduction et une conclusion dans une certaine cacophonie, la dernière séance plénière du Conseil régional n’a pas échappé aux échos et commentaires en tout genre à propos de l’éventuelle sortie de la Collectivité Européenne d’Alsace du Grand Est, votée par l’Assemblée Nationale. Cependant, la sécurisation des lycées, les usages du numérique, le Pacte pour les ruralités et le Contrat de filière fruits et légumes ont été examinés avec un certain consensus.
Si les rapports présentés au cours de cette session de printemps – sécurisation des lycées publics, accélération des usages du numérique, point sur le Pacte des ruralités et contrat de filière fruits et légumes – se sont avérés quasiment consensuels, l’entrée en matière de la plénière fut quelque peu houleuse, presque comme d’habitude, voire un peu plus quand le sujet sur l’éventuelle sortie de l’Alsace du Grand Est, esquissée à l’Assemblée Nationale, débarqua dans l’hémicycle régional.
Et les diatribes en tout genre ne manquèrent pas. À commencer par Laurent Jacobelli pour le RN : « Une loi tant attendue pour sortir de ce mastodonte technocratique qu’est la Région Grand Est ». Puis à propos de bricolage politique : « Vous êtes Monsieur le Président, le Franck Leroy Merlin du Petit Est ». Pour le groupe Centristes et Territoires, Christophe Choserot ironise : « Une séance plénière sans les outrances de Laurent Jacobelli, ce serait comme aller à Dieppe sans voir la mer ».
Après avoir souligné le communautarisme du RN, Michaël Weber, pour la Gauche, relève le grand écart de son collègue Choserot, macroniste à Paris et défenseur localement de l’Alsace dans le Grand Est, et s’exclame : « Le grand gagnant dans cette affaire, ce n’est pas l’Alsace, c’est le RN ». Valérie Debord, pour la Majorité régionale, va droit au but, avec cette allusion nette, concernant l’initiateur de la proposition de loi de sortie de l’Alsace du Grand Est : « Gabriel Attal est candidat aux prochaines présidentielles, il a besoin des voix des Alsaciens ». Plus direct encore : « L’Alsace a ouvert son lit au RN ».
Plus de 130 M€ entre 2017 et 2030 pour la sécurisation des lycées
En ce qui concerne la sécurisation des lycées, le rapport dédié présente la mise en œuvre d’un plan à échéance 2030, visant à renforcer durablement la protection des élèves et de l’ensemble de la communauté éducative et s’appuyant sur une collaboration entre les autorités académiques et les forces de l’ordre. Cette politique passe désormais de la formule des appels à projets à une maîtrise d’ouvrage directe de la Région, permettant une approche systématique, plus efficace, cohérente et pérenne de l’installation d’équipements de sécurité.
La Région fait le bilan de son engagement financier au soutien de la sécurisation engagée depuis 2017 : un total de près de 32 millions d’euros concernant des dispositifs de mise en sécurité, des systèmes de vidéoprotection et de protection périphérique. Le nouveau plan va mobiliser plus de 100 millions d’euros et concerner l’ensemble des 232 lycées du Grand Est, par vague au fil des années en passant par 16 lycées pilotes, à Reims, Troyes, Revin, Saint-Dizier et Vitry-le-François, notamment, puis par 35 établissements dès 2026 et le solde d’ici à 2030. Au total, plus de 40 000 dispositifs de sécurité seront déployés.
Accélérer la transformation des usages numériques
Si le territoire régional est couvert à plus de 99% par la fibre optique, l’enjeu affiché par la Région consiste en l’accélération de la transformation des usages, au travers de 3 300 km de réseau. Des objectifs essentiels : sécuriser les échanges des données, garantir la souveraineté et la maîtrise des flux numériques stratégiques et réduire l’empreinte environnementale.
Face aux 4 500 communes rurales que compte le Grand Est, le défi que veut relever la Région concerne la fracture numérique, en accompagnant 100% des intercommunalités, mais également en agissant au niveau des entreprises en matière de cybersécurité, d’intelligence artificielle et de valorisation des données.
500 M€ engagés en deux ans dans le Pacte pour les ruralités
Engagé en avril 2024, le bilan d’étape du Pacte pour les ruralités affiche plus de 3 000 projets aboutis sur 5 600 annoncés au final et pour 500 M€ engagés, sur les 800 M€ projetés, notamment en matière d’accès renforcé aux soins, de services de proximité et de divers services en milieu rural, pour la jeunesse, l’environnement ou l’économie. Sur ce dernier point, en deux ans, plus de 2 000 entreprises, artisans, commerçants et agriculteurs ont été accompagnés, pour un total de 57 M€ mobilisés. Le Pacte vise également à renforcer l’attractivité des territoires sur la cible particulière des jeunes et de leur formation. La Région encourage l’engagement des jeunes dans leurs territoires au travers, par exemple, du service civique en milieu rural autour de la découverte des métiers et de l’orientation.
Un contrat de filière pour les fruits et légumes locaux
Soutenir les producteurs, structurer les débouchés et accroître la part de la production locale dans la consommation sont les grands axes du contrat de filière fruits et légumes 2026-2030 de la Région Grand Est. Une initiative qui englobe 4 500 hectares de vergers et 8 000 hectares de cultures légumières. Le contrat va s’attaquer aux difficultés structurelles de cette filière : dépendance à la main-d’œuvre saisonnière, exploitations de tailles modestes, manque d’outils de transformation et de conditionnement ou encore concurrence accrue des importations.
Dans une France qui consomme un fruit ou un légume sur deux d’importation, la Région entend agir pour renforcer l’autonomie alimentaire de son territoire, entre autres dispositifs, augmenter de 10% les surfaces régionales de production et adapter les exploitations aux transitions climatiques et économiques.
La motion urgente qui agite la fin de séance
« Oui à la décentralisation concertée et juste », la motion d’urgence de la Majorité, proposée aux votes des conseillers en fin de séance, a rallumé le brouhaha de l’ouverture matinale des débats. La motion est adressée au Sénat et au Conseil d’État. Elle suppose une évaluation de la situation de la Collectivité Européenne d’Alsace dans le Grand Est, une étude d’impact de la sortie de l’Alsace de la Région, et pose des questions esquissées par Christophe Choserot : « Le coût, l’agenda et les répercussions sur l’Alsace, la Lorraine et la Champagne-Ardenne ? La simplification ou la désorganisation ? Sans occulter la mise à l’arrêt du Grand Est par rapport aux autres Régions ».
Et dans un brouhaha quelque peu maîtrisé par le président Franck Leroy, au hasard des explications de vote de la motion : « On va réveiller les autonomistes. » (Michaël Weber) « Ici, je suis conseiller régional. » (Christophe Choserot) « L’Alsace, ça n’est pas les trois ’c’ de cigogne, cathédrale et choucroute. » (Gérard Schann). Et, au bord du scandale, murmurée à ses voisins d’assemblée, puis confirmée par l’intéressé au micro à la demande du Président, cette affirmation de Jean-Louis Masson, conseiller RN et Apparentés : « Certains conseillers ici craignent de voir leurs indemnités baisser avec la sortie de l’Alsace du Grand Est ». D’excuses, il n’y eut pas. Une séquence à oublier ?