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129e année

A Epernay, le musée du Vin de Champagne et d’archéologie ouvre ses portes

Épernay. Le musée du Vin de Champagne et d’archéologie régionale a été inauguré le 27 mai, après trois années de travaux et une ouverture plusieurs fois repoussée.

Le musée prend place dans le château Perrier.

C’est un véritable tapis rouge d’élus candidats pour les prochaines échéances électorales – régionales et départementales – que l’on pouvait apercevoir à l’inauguration du Musée du Vin de Champagne et d’archéologie régionale d’Épernay. Il faut dire que la Région tout comme le Département ont largement contribué à la réhabilitation de l’édifice (4,5 millions pour l’une et 3,3 millions d’euros pour l’autre) au chantier à 24 millions d’euros. L’État, lui, a pris en charge 2,18 millions d’euros quand la Municipalité d’Épernay en finançait 12 millions. Mais s’ils n’étaient pas là en tant que candidats, la date de l’inauguration ayant été fixée bien avant l’entrée en campagne des deux présidents de collectivités, Jean Rottner et Christian Bruyen ont néanmoins rappelé l’engagement fort et la contribution qu’ils avaient apportés, en soutenant non seulement la culture mais aussi tout un projet de territoire, le musée symbolisant à lui seul, l’inscription de la Champagne au Patrimoine mondial de l’Unesco. C’est donc avec des discours particulièrement engagés et incarnés, que les deux élus ont fait part de leur joie d’être présents pour ce moment attendu, depuis trois années déjà.

Laure Menetrier, conservatrice, explique le système de remuage automatique du champagne à Jean Rottner, Président de la Région Grand Est, accompagné de Franck Leroy, maire d’Epernay. ND

Le président du Département a débuté son allocution par une anecdote personnelle et néanmoins touchante, révélant avoir découvert ce qui était déjà un musée il y a plus de 50 ans, alors qu’il avait tout juste une dizaine d’années. « L’établissement était intéressant mais pas adapté à un public jeune et sur le long terme, non plus à un public de jeunes adultes », convenait-il. « Aujourd’hui, le musée, par sa muséographie audacieuse est adapté à l’attente des visiteurs, avec un contenu exigeant et interactif. » Saluant l’immense travail engagé, Christian Bruyen soulignait le fait que « les touristes tout comme les Marnais vont pouvoir mesurer l’identité du territoire, riche d’histoire et de culture, avec toutes ses composantes, rurales et urbaines. »

2 500 objets exposés

Car il faut le reconnaître, le musée a été remarquablement magnifié, utilisant l’écrin du château Perrier aux 170 ans d’histoire pour mettre en valeur des collections archéologiques millénaires parfaitement conservées dans le sol crayeux si représentatif de la région. « C’est comme un lieu de transmission et de partage qu’a été conçu ce musée, résolument ancré dans le XXIe siècle mais néanmoins ambassadeur de son territoire et de son histoire », a rappelé Laure Menetrier, sa conservatrice. Le parcours du visiteur est ainsi jalonné de plus de 2 500 objets à découvrir sur une collection de plus de 100 000 pièces, des fossiles témoignant de la richesses géologique à l’histoire du vin de Champagne en passant par des objets du quotidien datant de la préhistoire jusqu’au Moyen-Age. « Un équipement structurant », voilà comment le président du Département résumait en un mot, le chantier engagé depuis 2018, dont le soutien financier avait été « voté à l’unanimité ».

« La Champagne sait aussi que le temps, parfois long, est un allié dans l’élaboration d’un résultat de qualité »

C’est avec aisance et dans un discours sans note, que Jean Rottner a lui aussi tenu à apporter les explications du soutien financier engagé par la Région Grand Est, presque sous la forme de Haïku, dégageant quatre mots clés : espérance, persévérance, quintessence et bienveillance. « Il fait beau, les manifestants sont là, la France va bien, la France va mieux », a débuté le président du Conseil régional, faisant allusion à la cinquantaine de manifestants de la maison de champagne Perrier Jouët devant les grilles du musée, s’opposant au projet One (dont le principal point clé est de transférer une partie de l’activité vers Reims sur le site de production du champagne GH Mumm, maison également intégrée au groupe de vins et spiritueux Pernod-Ricard). L’espérance appelée des vœux du Président servira peut-être aux manifestants, il n’en reste pas moins que celle ci fut invoquée en parlant de la situation sanitaire du pays, le plongeant depuis un an dans une abime dont tous espèrent voir la fin.

L’une des vitrines présentant des objets issus des fouilles archéologiques. ND

La persévérance, symbolique du temps qu’il a fallu pour que le musée voit le jour, avec une inauguration reportée depuis des mois. « La persévérance caractérise aussi cette terre de champagne, fière de ses racines. C’est important la terre, de bien s’y sentir, de bien y vivre. La ruralité a de l’ambition. Aujourd’hui, le secteur de la viticulture le démontre en portant un projet durable », insistait Jean Rottner, poursuivant : « La quintessence, c’est aussi ce qui caractérise la culture au sens large. Nous en avons besoin. Pour nous interroger, nous bousculer, nous ébranler. » La bienveillance enfin. Celle des services de l’État qui ont enfin donner le feu vert à la réouverture des lieux de culture.

Temps long

« La Champagne sait aussi que le temps, parfois long, est un allié dans l’élaboration d’un résultat de qualité », imageait Franck Leroy, maire d’Epernay et artisan de la rénovation du musée depuis 2011. « C’est cette notion de temps long que présente aujourd’hui le musée, à travers un parcours qui fait le lien entre le territoire, son histoire et celle d’un vin qui est devenu son emblème. Cet ensemble forme l’identité champenoise. Notre identité. Une identité au sens plein, pas repliée sur elle-même mais confiante et ouverte au monde. » Une vision culturelle, sociale… politique.

Nastasia Desanti