7 candidats et 4 médias pour un Grand Débat rémois
Municipales. Organisé par les médias locaux associés le temps d’une soirée (Petites Affiches Matot Braine, L’Union et Ici Champagne-Ardenne, radio et télévision), le Grand débat réunissant les 7 têtes de listes aux élections municipales à Reims a tenu toutes ses promesses. Les candidats ont débattu sur la scène de La Comédie de Reims dans un format inédit, devant un public de près de 650 personnes.
À propos des grands projets envisagés en cas d’élection, pas d’annonce de chantiers emblématiques pour le prochain mandat, à l’exception de Stéphane Lang qui prévoit de reconstruire un pont de Gaulle, en remplacement de celui démoli l’année dernière par l’équipe sortante. « Pour moi une ville, ça ne détruit pas de pont, ça en construit », martèle le candidat divers droite, qui justifie son projet à 10 M€ par une volonté de fluidifier la circulation mais aussi pour relier les quartiers entre eux et faire venir les consommateurs dans le centre de la ville.
Pour Eric Quénard, « le premier des grands projets que nous souhaitons porter dans cette mandature, c’est le renforcement des politiques publiques qui créent du lien entre les habitants et qui les protègent. Éducation, solidarité, école, culture, santé ». La tête de liste de l’union de la gauche propose également la création « d’une nouvelle cité jardin du XXIe siècle » de plusieurs milliers d’habitants, du côté de l’arc nord-est, de la ville, à l’arrière du secteur de Rémavert. « On a besoin d’avoir des projets qui sont ambitieux pour notre ville car nous perdons des habitants, 7 500 depuis 5 ans », avance celui qui imagine aussi un projet de « nouveau lieu culturel, créatif, intergénérationnel sur notre ville qui rassemblera à la fois une maison des étudiants, le café des aînés et un lieu avec des appartements d’artistes qui permettraient de concevoir un lieu unique sur Reims autour de la convivialité, de l’effervescence et de la culture ».
Du concret
Pas de grands travaux en revanche du côté de Patricia Coradel (La France Insoumise) pour qui « il est temps d’y mettre un frein ». La candidate défend l’idea d’un référendum d’initiative citoyenne permettant aux habitants de Reims « de pouvoir s’exprimer sur des projets qui auraient un impact important sur leur quotidien ».
Candidat divers gauche, Sébastien Mura ajoute : « Je veux apporter une réponse concrète aux problèmes du quotidien. Nous voulons renforcer les maisons de quartier, créer des terrains et faciliter l’accès au sport ». Le candidat prévoit aussi, pêle-mêle, la création de places de stationnement, une étude globale pour fluidifier la circulation, repenser le réseau de transports « pour le rendre plus simple, plus efficace et plus accessible financièrement. Nos grands projets doivent améliorer la vie réelle de tous les Rémois ».
Ciblé par les autres candidats, notamment en raison de la destruction du Pont de Gaulle, Arnaud Robinet a défendu des décisions s’inscrivant dans un projet global, « celui de tourner la ville vers l’eau, d’aménager les berges de Reims, c’est en cours actuellement », a-t-il précisé. « Je ne suis pas là pour promettre des choses qui seraient irréalisables au vu de l’avancée des travaux ». Après avoir rappelé les grands équipements réalisés depuis 2014 (Arena, complexe UCPA, trois maisons de quartier…), il a donné sa vision pour l’avenir : « Ce que je souhaite aujourd’hui, c’est que tous ces grands projets qui ont été réalisés, que tous les Rémois puissent en profiter pleinement ».
Anne Sophie Frigout a ensuite dévoilé ses idées, centrées en grande partie sur le bien-être animal, avec, en point d’orgue une ferme pédagogique municipale gratuite installée dans le parc de la Patte d’Oie, en bas des promenades rénovées. « L’objectif c’est évidemment de sensibiliser les enfants au bien-être animal, mais aussi de remettre du lien entre la campagne et la ville et d’avoir un véritable outil éducatif au service des écoles ». Deuxième projet lié aux animaux, la tête de liste RN propose aussi la construction d’un cimetière animalier.
Dénonçant le « catalogue plein de démagogie » de « ceux qui vont faire ce qu’ils n’ont pas fait pendant 6 ans et ceux qui multiplient les promesses », Thomas Rose (Lutte ouvrière) a quant à lui rappelé : « Mon projet est de contribuer à alerter les travailleurs, les classes populaires sur cette marche à la guerre, cette guerre que les capitalistes nous préparent ».
Mobilités, logement, sécurité
Régulièrement évoquées lors du débat, les questions des transports - « les bus ne vont pas partout, ils ne passent pas suffisamment et ils ne répondent pas aux besoins des habitants », selon Sébastien Mura -, de la circulation - « la ville de Reims est épinglée dans certaines études puisque c’est devenu en 2025 la troisième ville où les embouteillages se sont le plus aggravés », pour Anne-Sophie Frigout -, mais aussi de l’insécurité ou du logement - « il est de plus en plus difficile de se loger à Reims avec des loyers accessibles », estime Eric Quénard - ont aussi donné lieu à des propositions.
Quand Patricia Coradel avance « la gratuité des transports pour les moins de 26 ans, ainsi que la gratuité totale pour les personnes qui ont de faibles revenus », Anne-Sophie Frigout propose de « créer 500 nouvelles places de stationnement et deux heures de stationnement gratuit le premier samedi de chaque mois pour soutenir l’activité des commerçants ».
Eric Quénard veut, lui, « relancer la construction de logements abordables et performants sur le plan énergétique » tout en facilitant une accession à la propriété « qui soit abordable » et lutter contre la vacance des logements.
Autant d’idées qui ont fait réagir Arnaud Robinet qui insiste : « La vie est en perpétuel mouvement. Une ville, c’est la même chose et la qualité de vie, ne se décrète pas, elle se construit au quotidien, elle est aussi adaptable », rappelant au passage que Reims a connu « une augmentation de 300% des déplacements en vélo » ces dernières années. « Oui, les mobilités sont multiples et nous devons aller vers le partage de l’espace public ». Stéphane Lang l’assure : « Si je suis élu, dit-il, je remettrai des stationnements et de la circulation sur cette voie des Sacres ».
Quels financements ?
Pas d’impôts ou presque. Si tous les candidats s’accordent pour annoncer une fiscalité stable, seule Patricia Coradel prévoit d’augmenter la taxe mobilité pour financer la gratuité des transports pour les moins de 26 ans.
Défendant « une approche responsable », Sébastien Mura annonce : un projet à 70 millions d’euros sur 6 ans. Ce n’est pas une dérive, c’est un choix politique » et chiffre précisément le coût annuel moyen de ses priorités, dont : Lutte contre le sans-abrisme : 4 millions d’euros, 12 éducateurs et médiateurs de plus au sein des bataillons de la prévention : 540 000 euros et une mesure-phare : 100 gardiens d’immeubles pour 760 000 euros. Un projet global financé par « la création d’un bureau municipal dédié aux financements publics, afin d’aller chercher l’argent là où il est », notamment par les subventions européennes.
« Chaque euro dépensé sera compensé par des économies précises », souligne Anne-Sophie Frigout qui propose deux leviers. Le premier concerne 10 millions d’euros d’économies de fonctionnement sur l’ensemble du mandat, notamment sur « les frais de communication, les frais de réception, le recours aux cabinets de conseil, le recours à des entreprises privées lorsque les agents municipaux peuvent réaliser ces missions ». Au niveau des investissements, la candidate prévoit 90 millions d’euros d’économies en plafonnant les dépenses. « Il ne s’agit pas d’arrêter d’investir, mais d’avoir un rythme plus soutenable ». 100 millions d’euros d’économies au total qui devraient financer son programme : sécurité, gratuité des transports (à l’échelle du Grand Reims), parking à étages, ferme pédagogique, etc.
« Nous avons un grand plan d’investissement qui comprend un nouveau pont de Gaulle (10 millions d’euros), une gare routière pour remplacer celle de Saint-Symphorien, deux parkings en ouvrage de 12 M€ chacun (un au CHU et un sous la place du Boulingrin) » explique Stéphane Lang, qui estime son projet à environ 200 millions d’euros sur 6 ans. Sans augmentation d’impôts, il ambitionne de baisser de 5 % les dépenses de fonctionnement et annuler certaines dépenses prévues, dont les futures lignes de BHNS, la rénovation de la place Royale et le projet d’aménagement du boulevard Lundy.
Du sérieux
« Quand on parle de finances, il faut être sérieux et avoir un minimum de connaissances sur la réalité des choses », tance Arnaud Robinet : « Ce que j’ai entendu mélange : investissement et fonctionnement, ville de Reims et Grand Reims, autorisations de programme et dépenses réelles. Rien qui ne permette de financer tout ce qui a été annoncé ». Rappelant que depuis 2014, la ville s’est désendettée et fait aujourd’hui partie de celles qui sont les moins endettées de France, il enfonce le clou : « Nous avons réussi cela sans augmenter les impôts locaux, notamment la taxe foncière ». Une maîtrise des dépenses de fonctionnement et une augmentation de l’épargne « qui permet d’investir pour l’avenir, dans la transition climatique, dans les équipements publics et dans le développement économique ».
Pour Eric Quénard, « un projet municipal ne se finance pas sur un seul budget, mais sur la durée d’un mandat, soit 6 ans, et donc 7 budgets votés. Je préside la commission des finances depuis 6 ans. Je suis quelqu’un de sérieux. Notre projet est financé : on ne rasera pas gratis ».
S’il assure lui aussi 0 % d’augmentation des taux de fiscalité, il défend « une stratégie financière crédible » et envisage « un investissement moyen de 75 millions d’euros par an sur la mandature », notamment en direction des bâtiments publics et des écoles. « Nous proposons aussi une politique de cession immobilière, générant 4 à 5 millions d’euros de recettes par an ».
« Notre projet ne mettra pas en danger les finances de la ville », assure Patricia Coradel. « Le financement est une question sérieuse ». la tête de liste LFI propose la rénovation des écoles à hauteur de 5 millions d’euros par an et un Pass culture : 100 000 euros par an. Des idées financées par « des économies sur plusieurs postes », comme le recours au secteur privé « pour des missions qui pourraient être réalisées par les agents municipaux ».
Reste aux Rémois à faire leur sélection parmi les projets et à choisir leur candidat pour le 15 mars.