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129e année

Vetiver, l’entreprise qui élève le décor au rang d’art

Industrie. L’entreprise marnaise est aujourd’hui spécialisée dans le laquage et le marquage de bouteilles de champagne, intervenant pour les clients les plus prestigieux du monde de l’effervescence.

Vetiver ou l’histoire d’une remise en question permanente. C’est ainsi que l’on pourrait résumer, l’histoire de l’entreprise fondée par Alain Vieille en 1984, à Orbais-l’Abbaye. Spécialiste de la peinture par la technique du poudrage, l’entrepreneur travaille à ses débuts essentiellement avec des clients du secteur automobile. Quelques années plus trad, tandis que cette activité semble s’essouffler - les équipementiers ayant tendance à internaliser la peinture - le chef d’entreprise se dirige progressivement vers de nouveaux marchés. Il s’essaie alors au verre et aux petits flacons pour le groupe Saint-Gobain en particulier. Et peu à peu, Vetiver devient incontournable dans la réalisation de flacons pour la parfumerie et la cosmétique de luxe. « Dans les années 2000, près de 95% de notre chiffre d’affaires était réalisé dans l’activité du luxe et de la cosmétique », précise Mathieu Saillard, business developer de l’entreprise.
Comme dans l’industrie automobile, le secteur cosmétique internalise de plus en plus ses activités de décors de flacons. Et là encore, Alain Vieille rebondit. Implanté en Champagne, c’est donc vers le secteur de l’effervescence qu’il décide de trouver de nouvelles opportunités techniques et commerciales. Après avoir travaillé avec quelques acteurs des spiritueux, il fait des tests concluants sur des bouteilles de champagne, bien aidé en cela par l’apparition d’une toute nouvelle technologie : le flash UV.

« Jusqu’alors, il fallait chauffer la bouteille à plus de 200°C pour fixer les décors. Cela entraînait une contrainte particulière : on ne pouvait pas travailler sur des bouteilles pleines au risque de dénaturer la boisson présente à l’intérieur », explique Mathieu Saillard. Et travailler sur une bouteille vide présentait le risque élevé d’abimer ce décor lors des nombreuses manipulations de stockage et de remplissage de la bouteille. Un frein non négligeable dans les démarches commerciales pour convaincre les producteurs champenois. « L’arrivée du flash UV en 2014 a permis de faire durcir le décor en un seul flash sans dégrader la bouteille ni ce qu’elle contient », précise le responsable. Une aubaine pour Vetiver qui a multiplié les expérimentations et qui a ensuite fait décoller l’intérêt des clients champenois pour cette technique. Il faut dire que les possibilités de décors sur les bouteilles sont désormais sans limite : laquage mat, brillant ou satiné, métallisation, marquage à l’encre ou au métal… les 25 salariés de Vetiver sont formés à toutes les techniques.« Aujourd’hui, toutes les teintes et tous les rendus sont envisageables, du plus mat au plus brillant », souligne Mathieu Saillard, dont l’entreprise répond à toutes les normes européennes en vigueur liées aux contenants alimentaires.

Vers un pôle d’excellence

En quelques années seulement, Vetiver s’est donc installée dans le paysage champenois comme un acteur incontournable de cette activité, de plus en plus sollicitée par les grandes maisons toujours en quête de « premiumisation » de leurs cuvées spéciales, mais aussi de vignerons à la recherche d’une idée originale pour se démarquer sur un marché concurrentiel. « Nous sommes aussi de plus en plus contactés par des agents ou de représentants de personnalités qui veulent lancer leur propre cuvée et qui veulent un habillage original et à leur image ».
Si l’activité reste marquée par le flaconnage cosmétique, le chiffre d’affaires de Vetiver est largement dominé par le secteur du cham-pagne en constante hausse. « Nous réalisons 800 000 bouteilles de champagne par an et autant sur les spiritueux », explique Mathieu Saillard, qui a été sollicité par Alain Vieille pour rejoindre l’entreprise en 2019, aux côtés de ses deux fils, Julien (Pdg) et Paul (Directeur de production) ainsi que leur mère Sylvie qui assure les fonctions de directrice administrative et financière. Une histoire de famille, à l’image d’une entreprise née dans une commune de l’ouest marnais et qui malgré la crise sanitaire a su boucler une année 2020 avec un chiffre d’affaires à plus de 4 M€ avec une progression à deux chiffres. « C’est dans cette logique d’amélioration et d’innovation permanente que nous avons investi massivement en 2020 dans notre outil industriel et dans l’amélioration de nos performances environnementales », souligne le business developer. Après avoir développé son propre laboratoire de R&D, l’entreprise vise maintenant à consolider son ancrage dans le champagne en créant un « pôle d’excellence », dont les contours seront dévoilés à l’automne 2021.

Benjamin Busson