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129e année

Une vendange 2021 pleine d’enseignements

Bilan. L’année 2021 restera gravée dans l’histoire de la Champagne, à la fois en raison d’une météo unique et en raison d’un mauvais état sanitaire de la vigne dans de nombreuses parcelles. Avec un résultat lui aussi inédit.

Le mildiou a causé des pertes de rendement de l’ordre de -25% à -30% en moyenne en Champagne. Benjamin Busson

Trois semaines après la fin de la vendange 2021, les acteurs de la Champagne s’accordent sur un point : cette année restera dans l’histoire. Et contrairement à 2020 dont la qualité fera date et agrémentera de nombreux millésimes, la récolte 2021 restera fortement marquée par l’addition d’aléas climatiques et sanitaires rencontrés par les vignerons champenois. Pluie, froid, gel, grêle, maladies… Rien n’aura été épargné aux 34 000 hectares de vignes, même si les situations sont très hétérogènes selon les secteurs. « Nous avons vécu un climat exceptionnel », rappelle Sébastien Debuisson, Responsable service Vignes, au Comité Champagne, qui dresse chaque année un bilan complet post-vendange avec FDSEA Conseil.

« Nous avons rencontré 13 jours de gel entre le 5 avril et début mai », rappelle-t-il. Les fortes chaleurs rencontrées début juin ont quant à elles accéléré la pousse de la vigne, l’exposant de manière plus forte encore aux maladies, avec un mois de juillet exceptionnellement pluvieux. « En juillet, nous avons enregistré le triple de précipitations par rapport à la normale », poursuit-il. Un caractère inédit notamment si on le compare à l’exercice précédent. « Juillet 2020 avait été le mois le plus sec jamais observé. Juillet 2021 a été le mois le plus arrosé jamais observé ».

Un rendement à moins de 7000 kg

Dans l’histoire, 2021 restera donc l’année la plus humide enregistrée après 2003 et 1991, avec des épisodes de gel qui ont laissé des traces. En moyenne le gel aura causé une perte de rendement de l’ordre de 29%, avec une forte hétérogénéité entre les secteurs d’Epernay (15%) et ceux du Barséquanais (63%), de Bar sur Aube (50%) ou du Massif de Saint-Thierry (45%). Plus localisée, la grêle aura quant à elle touché près de 500 hectares, dont la moitié ont été détruits à 100%. Mais l’élément le plus marquant car le plus généralisé en Champagne restera sans aucun doute le mildiou « Nous avons su assez tôt qu’il y avait un risque, avec des oeufs mûrs dès le 27 avril », rappelle Sébastien Debuisson qui souligne au passage « une certaine incrédulité du vignoble » face à ce risque sanitaire.

L’épisode de mildiou a aussi été marquant par sa violence. Du jamais vu. « Nous avons rencontré des brûlures directes sur les feuilles qui sont des symptômes observés en laboratoire mais qui n’avaient encore jamais été vus à l’état naturel jusqu’à présent ! », note le technicien. Dès le 14 juillet, les dégâts étaient massifs et début septembre, juste avant les vendanges, la profession estimait à 25% la perte de récolte due au mildiou, le plus fort taux jamais enregistré dans l’histoire champenoise. C’est au final entre 25% et 30% de perte de récolte en moyenne que les vignerons ont subi en raison de ce seul aléa. « Certains secteurs ont même été touchés à 100% », précise Sébastien Debuisson.

Résultat : alors que les rendements potentiels s’annonçaient entre 8 500 et 9 000 kg/ha, la vendange s’est plutôt terminée sur une fourchette comprise entre 6 500 et 7 000 kg. Peu de champenois se souviennent avoir vécu un rendement aussi faible. Il y a encore peu, au milieu des années 2000, la Champagne avoisinait des rendements potentiels de 16 000 kg/ha avec une moyenne de 11 600 kg/ha sur les dix dernières années. Côté quantitatif, 2021 devrait rester inscrite que dans la case des mauvais souvenirs pour la majorité des vignerons champenois. Côté qualitatif « 2021 ne sera pas le millésime du siècle », précise d’ailleurs le technicien du Comité Champagne. « Peut-être plutôt un millésime du siècle dernier ».

La réserve individuelle fait ses preuves

Heureusement pour les Champenois, la commercialisation repart. « Après une forte baisse en 2020, les ventes de champagne repartent à la hausse à +17,7% en 2021 », souligne Olivier Josselin, Responsable filières et références FDSEA Conseil. En volume le marché à l’export repart plus vite et plus fort que le marché français (qui ne représente plus que 43% des volumes) et en terme de chiffre d’affaires aussi, l’export est plus significatif que le marché hexagonal. Le spécialiste a réalisé des projections pour établir les conséquences des vendanges et leur rendement sur les revenus des vignerons champenois.

« C’est sur les vignerons vendeurs de raisin au kg que l’impact de la vendange est immédiat. Pour les vendeurs de bouteilles, les raisins rentrés en 2021 ne seront vendus qu’en 2024 », souligne-t-il. Ainsi, selon les hypothèses du conseiller, pour un vendeur au kg qui a réussi à réaliser l’appellation (10 000 kg/ha), le résultat 2021 sera inchangé par rapport à 2020, à hauteur de 20 9000 euros par hectare. Pour un rendement à 7 000 kg avec 3 000 kg de déblocage de réserve individuelle (RI), un vigneron enregistrerait une perte de 8 000 euros par hectare sur son résultat.

Pour un rendement à 4 000 kg avec 6 000 de réserve individuelle, la perte est de 16 000 euros par hectare. Quant aux vignerons qui ont réalisé 4 000 kg sans RI, la perte est de 31 000 euros par hectare. « On voit là tout l’intérêt de la réserve individuelle et la sécurité qu’elle peut apporter aux exploitations Elle lisse les résultats et sécurise les ressources des entreprises », explique Olivier Josselin. Pour les vendeurs de bouteilles, c’est un peu plus compliqué, même si leur chiffre d’affaires est préservé pour 2021, l’impact de la vendange ne se fera ressentir qu’en 2024 lors de la commercialisation.

2021 : l’année de la mise à l’épreuve

Dans leur cas, avec les mêmes hypothèses, les pertes s’échelonnent de -22 000 euros par hectare (pour 7 000 kg de rendement avec 3 000 de RI) à -69 000 euros (pour 4 000kg de rendement sans RI). Pour les champenois, l’année 2021 aura été celle de la mise à l’épreuve, tiraillés entre la volonté de se diriger vers les productions en bio ou en HVE-VDC qui sont un véritable levier de valorisation, mais qui sont également synonymes de performances moindres, révélées cette année avec les mauvaises conditions sanitaires dans les vignes.

« Cela va peut-être en freiner quelques-uns mais cela reste un levier de valorisation », précise Olivier Josselin, qui préconise néanmoins quelques recettes pour les Champenois qui voudraient se prémunir des éventuelles mauvaises récoltes à venir : épargne de précaution, assurance récolte et constitution de stocks. Mais après une telle vendange, la priorité est plus que jamais à la reconstitution de la réserve individuelle, qui aura sans doute fortement été utilisée cette année pour compenser l’écart entre l’appellation (10 000 kg) et le rendement moyen enregistré dans les vignes (autour de 6 500 kg).

Benjamin Busson