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130e année

Les coopératives champenoises unies face aux défis de la filière

Champagne. Les coopératives champenoises de La Coopération Agricole Grand Est (LCA - GE) se mobilisent pour faire la promotion de leur modèle dans un objectif accru de partage de la valeur générée par le Champagne.

Les coopératives champenoises unies face aux défis de la filière
Après plus de dix années de présidence, Eric Potié présentait sa dernière assemblée générale de la section champagne de LCA -GE. (Crédit : B. Busson)

Alors que l’année 2021 a été marquée par des chiffres record (320 millions de bouteilles expédiées pour un chiffre d’affaires 5,7 milliards d’euros), un des objectifs de la coopération doit être de « continuer à permettre aux associés coopérateurs un juste partage de la valeur générée par la filière champagne », estime Catherine Salhorgne, présidente de la coopérative de Fleury-la-Rivière. à l’occasion de l’assemblée générale de la section Champagne de la coopération agricole Grand Est, les enjeux de leur filière ont été longuement développés par les membres du conseil d’administration de la section.

La coopération vinicole en Champagne, c’est 1000 salariés et 14 000 coopérateurs réunis au sein de 126 coopératives qui contribuent au quotidien à la dynamique rurale, avec un chiffre d’affaires global d’un milliard d’euros, rappelle d’ailleurs Catherine Salhorgne. Et si le nombre de coopératives champenoises est en baisse, il n’est dû en rien à une quelconque désaffection pour ce modèle, mais plutôt aux multiples opérations de fusion de certaines d’entre elles qui ont été opérées ces dernières années. Car en terme de surface, elles restent stables et occupent 13 580 hectares, soit 45% de la surface de l’appellation. « Les contrats de négoce représentent 5 000 hectares et au total, 28 millions de bouteilles sont vendues par 41 coopératives », précise Catherine Salhorgne.

« La coopération entre coopératives est une solution pour relever le défi »

Aujourd’hui, les ventes réalisées par le Négoce atteignent 73% de parts de marché de la filière Champagne, quand celles des vignerons s’élèvent à 18% et celles des marques coopératives sont à 9%. Pour Manuel Michaux, l’objectif des coopératives et des récoltants est de représenter un tiers des parts de marché du Champagne. Mais pas n’importe comment : « de manière structurée et professionnelle, en s’attachant à développer la valeur et en s’inscrivant dans la durée », insiste le président de la Covama (Château-Thierry). Achats en ligne, émergence de nouvelles façons de consommer, notamment à domicile, recherche de produits plus haut de gamme, enjeux environnementaux et sociétaux sont autant de points de réflexion, d’évolution et de vigilance qui doivent permettre de progresser, d’autant que les coopératives rappellent qu’elles portent la RSE dans leurs gênes.

Le foncier en question

La promotion du modèle coopératif est lui aussi une condition du développement, comme le précise Christian Jojot, secrétaire général, pour qui la nécessité de mutualiser les moyens est impérieuse. « La coopération est une réponse efficace à ces préoccupations parce qu’elle permet statutairement au viticulteur de maîtriser la chaîne de valeur sur sa filière, d’assurer des débouchés pérennes à ses productions. En coopérative, le partage de la valeur ne se négocie pas, il est statutaire ».

Mais pour assurer le développement de la valeur, encore faut-il commencer par ne pas la perdre. Parmi les problématiques, le foncier fait l’objet d’une attention toute particulière de la part de la fédération, qui est de plus en plus sollicitée pour apporter son expertise et des solutions aux coopératives et aux associés coopérateurs en la matière. Il s’agit en effet pour la fédération d’accompagner les viticulteurs souhaitant maintenir ou agrandir leurs exploitations. Car ces derniers sont confrontés à des problématiques essentiellement financières, le prix du foncier étant déconnecté de toute notion de rentabilité. « Nous proposons un panel d’outils applicables à de nombreuses situations », souligne Xavier Muller, président du Champagne Mailly Grand Cru. « Il est ainsi possible d’acquérir du foncier en direct par la coopérative ou par l’intermédiaire d’une filiale. Il est également possible d’obtenir le soutien d’investisseurs par le biais de groupements fonciers viticoles ou de foncières afin d’aider les associés coopérateurs à maintenir leurs exploitations ».


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Ce dispositif ne concerne aujourd’hui que les acquisitions de biens loués pour maintenir l’exploitant en place mais la fédération a déjà accompagné 13 coopératives représentant 10 hectares et 14 millions d’euros. « Six dossiers sont en cours d’étude », précise Xavier Muller. « Ne pas s’intéresser à cette question du foncier c’est laisser les viticulteurs soucieux de conforter leur exploitation ou d’installer leurs enfants entrer dans le système d’intégration par le Négoce et perdre ainsi la maîtrise de leur production. Il s’agit ensuite de maintenir un sociétariat actif au sein de nos coopératives et contribuer ainsi à renforcer notre attractivité », rappelle Christian Jojot.

Partager la valeur

« La réussite de nos entreprises coopératives dépend de la qualité de nos gouvernances », insiste Véronique Blin, vice-présidente de la Fédération. Cela passe par l’instauration d’un dialogue permanent avec les associés-coopérateurs « qui ne sont pas seulement de simples livreurs : ils sont à la fois apporteurs de matière première et détenteurs de capital social, ce qui leur confère un pouvoir souverain ». Président de la section Champagne, qui représente à elle seule 50% de l’activité de la Fédération du Grand Est, Eric Potié rappelle que la problématique actuelle est de « continuer à partager la valeur générée sur le marché du champagne », qui est « tout sauf une évidence », rappelle-t-il.

« Notre organisation, bien que solidement ancrée, peut facilement être fragilisée », prévient-il. « Les dirigeants des coopératives ont une responsabilité importante, celle de continuer à intégrer dans leur stratégie individuelle d’entreprise une vision collective des enjeux, tant du vignoble que de l’appellation ». Eric Potié insiste : « La coopération entre coopératives est une solution pour relever le défi ». Un défi qu’il laisse, après plus de dix ans de présidence, à Vincent Jourdan, son successeur, élu le 2 juin dernier (voir encadré).

Benjamin Busson