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130e année

Le vignoble dévoile sa stratégie à moyen terme

Viticulture. Le Syndicat général des vignerons (SGV) s’est réuni la semaine dernière en assemblée générale. Et les sujets ne manquaient pas : organisation, vendanges, environnement, emploi, commercialisation... Autant d’enjeux sur lesquels le SGV travaille au quotidien afin de défendre les intérêts, non seulement des vignerons mais également de tout un écosystème.

Laurent Panigai, directeur général du Syndicat Général des Vignerons et Maxime Toubart, Président. Nastasia Desanti

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la filière du champagne est loin d’avoir été épargnée depuis deux ans. Entre les négociations difficiles de 2020 concernant la décision des chiffres du rendement entre le Négoce et les Vignerons, et les vendanges 2021 particulièrement « compliquées » de l’avis unanime des adhérents du SGV, ce sont deux années où les vignerons ont dû redoubler d’efforts pour maintenir une filière « à flots ». Car c’est bien ce modèle particulier champenois, où il faut constamment trouver l’équilibre entre les stocks et les expéditions, adapter une vendange au marché, afin de garantir une qualité toujours égale, qui est compliqué à respecter.

« La décision qui est rendue chaque année pour les rendements, n’est peut-être pas la meilleure de manière individuelle, mais elle l’est pour la collectivité et la pérennité de la filière », assure Maxime Toubart, le Président. Pour autant, il prévient : « Nous refusons d’être la variable d’ajustement du Négoce. L’expérience de ces deux dernières années nous rappelle qu’une vision à trop court terme n’est pas la bonne, il est important de se projeter avec une stratégie sur le moyen terme. »

Évolution des stocks de réserve

C’est pourquoi le SGV entend continuer d’adapter les outils de régulation au profit de la filière, comme l’évolution de la réserve. Ces vins stockés en cuves thermo-régulées permettent de répondre à des demandes exceptionnelles. « Notre filière est souvent citée comme exemple d’organisation et de développement équilibré. Elle l’est parce que nous avons mis en place des outils de régulation auto-financés par la profession qui ont démontré leur efficacité. Aujourd’hui, certains de ces outils doivent évoluer dans un cadre réglementaire national et donc, avec l’accord des pouvoirs publics », insiste Maxime Toubart, alertant sur une harmonisation des décisions nationales et européennes.

« Nous avons introduit dans notre cahier de charges, la possibilité de planter à partir de 2023, une variété résistante à l’oïdium et au mildiou, le Voltis. »

Car c’est bien ces évolutions réglementaires, parfois instillées par l’Union européenne, qui posent problème à la profession, avec comme exemple le plus récent, celui des ZNT (Zones de non-traitements). En Champagne cela concerne 1 000 hectares de vignes qui ne pourraient plus être traités à cause de la proximité des habitations. « Le SGV n’a pas réussi à faire bouger les lignes, le droit français se rajoutant au droit européen », regrette le président du SGV. Pourtant, selon le syndicat, les exigences environnementales doivent être conjuguées avec les besoins de production des vignerons, et les adaptations réglementaires sont aussi depuis années, un gage de confiance de la filière.

« Le vignoble a déployé de nombreux efforts depuis les années 80 et nous devons poursuivre dans cette voie, mais prendre en compte les attentes environnementales ne doit pas être synonyme de culpabilisation du vignoble, accélération forcenée des contraintes réglementaires et chute vertigineuse de production », soutient Maxime Toubart. D’ailleurs, ces exigences se heurtent parfois avec la réalité du terrain, comme lorsque le « Plan pollinisateur » a inclus la vigne dans son cahier des charges. « Le SGV s’est mobilisé et a obtenu de ne plus être concerné par ces restrictions, preuve que le travail syndical paie. »

Épidémie et nouvelle variété

La question environnementale est toujours au cœur des préoccupations du syndicat, notamment concernant l’épidémie de Flavescence dorée et de son nouveau variant, le M54, beaucoup plus contagieux. 50 pieds porteurs ont été découverts à Trélou-sur-Marne, après une découverte en Bourgogne et en Aquitaine. « Prospecter, marquer, arracher », deviennent les trois maitres mots à respecter, dans une démarche collective. De la même manière, le SGV ne compte pas faire entrer dans le cahier des charges, le « zéro herbicide à horizon 2025 ». « Cela reste un cap, mais nous ne souhaitons pas le faire de manière coercitive avec des contrôles, il faut trouver des solutions équilibrées », livre Maxime Toubart.

Les prochaines années seront donc consacrées à la pérennité du modèle champenois mais aussi à trouver de nouvelles manières de travailler, grâce aux innovations notamment. « Nous avons introduit dans notre cahier de charges, la possibilité de planter à partir de 2023, une variété résistante à l’oïdium et au mildiou, le Voltis. La recherche est mobilisée en Champagne au travers notamment du CIVC pour disposer demain d’autres variétés et cépages résistants aux maladies. » Mais la technique ne va pas sans le politique et le SGV appelle les pouvoirs publics à veiller à une application responsable des règles, en phase avec la réalité du terrain. Les aléas climatiques viennent rappeler la fragilité du métier de vigneron et la nécessité de conserver un système aussi bien vertueux que rentable.

Nastasia Desanti