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130e année

Champagne de Villepin : le terroir à l’état pur

Champagne. Dans les vignes de Bruno de Villepin, à Boursault, on trouve ici et là du trèfle, de la menthe, du chardon, des fraises des bois, etc. Cette gestion des sols en permaculture, respectueuse des écosystèmes et de la biodiversité, donne des vins qui sont le reflet de leurs terroirs.

Bruno de Villepin devant une de ses parcelles de vigne avec, en arrière-plan, le château de Boursault. DR

Bien sûr, un champagne qui s’appelle de Villepin n’est pas sans évoquer un fameux serviteur de l’Etat. De fait, Bruno de Villepin est issu d’une des branches de cette célèbre famille. En bref, il a un arrière-arrière grand-père en commun avec l’ancien Premier ministre - qu’il ne connaît cependant pas personnellement. N’empêche, la nièce de celui-ci a célébré son mariage avec du champagne venu de Boursault, preuve que la famille a le sens… de la famille ! Ce n’est pas tout. Du côté maternel, Bruno de Villepin a également des liens avec la famille Bouchard, de la maison bourguignonne de négoce Bouchard Père & Fils, via laquelle il est également apparenté à la famille Liger-Belair (château de Vosne Romanée), ce qui en fait un cousin éloigné de Gérard Liger-Belair, le physicien de l’URCA spécialiste de la bulle de champagne…

On pourrait enfin ajouter que les vignes qu’il cultive, et depuis lesquelles on aperçoit le château de Boursault, que Madame Clicquot fit édifier pour sa fille de 1842 à 1848, faisaient initialement partie de forêts et terres agricoles du château, achetées au début du XXe siècle par son arrière-arrière grand-père, Georges Gallice, dont le nom est bien connu à Épernay. Alors, forcément, lorsque l’on a entendu parler vin depuis son plus jeune âge et que l’on produit à son tour du champagne, le poids de ces patronymes oblige. Bruno de Villepin le reconnaît volontiers et avoue même qu’ « il y a une forme de fierté à s’en montrer digne ».

Une démarche optimale

Après avoir fait ses humanités viticoles à Avize et parcouru pendant deux ans les vignobles bordelais et bourguignon, Bruno de Villepin est revenu en Champagne en 2000, où l’autorisation de planter des vignes lui a permis de s’installer sur un peu plus de deux hectares. Lorsque son père, coopérateur et fondateur de la marque dans les années quatre-vingts, s’est retiré en 2016, Bruno a regroupé les deux exploitations et leurs 7 hectares sur Boursault, Vauciennes, plus quelques ares dans l’Aisne, composés de 50 % de meunier, 35 % de chardonnay et 15 % de pinot noir. Sachant que les herbicides seraient bientôt prohibés, il s’engage alors dans le travail du sol, avec le souci de ne pas abîmer la vigne. Il laisse pousser l’herbe sous le rang et s’aperçoit bientôt de l’apparition de nouvelles espèces, qui n’étaient pas présentes jusqu’alors.

« On garde la structure naturelle du sol, cette biodiversité changeant d’une parcelle à l’autre »

Plutôt que de favoriser le paturin ou le trèfle qu’il avait semé, il laisse la nature s’exprimer, et s’emploie seulement à l’accompagner, à trouver le bon équilibre, avec une intervention minimum permettant de passer dans les vignes. « Aujourd’hui, nous trouvons des dizaines de plantes dans nos vignes. Chacune a son utilité. Certaines attirent des insectes pollinisateurs ou régulent des populations qui pourraient présenter des risques ; d’autres vont décompacter le sol et faciliter l’infiltration de la pluie ; d’autres encore vont l’enrichir, ou favoriser l’apparition autour des racines de champignons qui permettent un meilleur développement de la vigne… On garde la structure naturelle du sol, cette biodiversité changeant d’une parcelle à l’autre. »

Un résultat avéré

Dans deux ou trois ans, Bruno de Villepin envisage une cuvée blanc de blancs
vinifiée et élevée un an en fut.
DR

Cette gestion en permaculture est particulièrement originale dans le vignoble champenois. « On ne copie personne, explique Bruno de Villepin, mais on fait ce que l’on a envie de faire en recréant un écosystème complet dans nos vignes, avec des sols vivants. » Fini les désherbants. La tondeuse ou le rouleau Faca assurent l’entretien, et les vignes sont cultivées avec des ressources bio ou biocontrôle. Mais Bruno de Villepin vient de franchir le pas de la conversion bio, dans laquelle il s’est engagé depuis cet été. Le résultat de la démarche se fait clairement sentir. « Avant, le vin était plus dur, plus en tension, fermé… Désormais il est plus ouvert, plus volumineux, avec un fruit plus développé, tout en gardant de la fraîcheur. »

Avec des vins épanouis, le dosage au dégorgement est passé de 7 g/l à 5 g/l. « Cela masque moins le terroir », dit Bruno de Villepin. Autre conséquence, la vinification sur lie, pour apporter de la complexité, a été abandonnée pour favoriser la délicatesse, l’élégance, la finesse du vin. Bruno de Villepin compte bien aller au bout de l’idée, « au bout de mon métier, en somme, pour savoir si mon raisin est bon, si mon champagne est bon, si je travaille bien. » Et puis, avec les clients et les cavistes étrangers, américains et italiens notamment, dont il apprécie le contact humainement et intellectuellement enrichissant, « cela fait de belles histoires à raconter… »

Jacques Rivière