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130e année

Association Viticole Champenoise : innover pour faire face aux aléas

Champagne. L’assemblée de l’Association Viticole Champenoise était placée sous le signe de la RSE.

François Pierson, président de l’AVC : “ L’année 2021 nous a rappelé en une saison que, si nous l’avions oublié, nous vivons dans le vignoble le plus septentrional, que nous sommes entièrement dépendants de la nature et du temps qu’elle nous impose ”. Benjamin Busson

Chaque année, l’assemblée de l’AVC est le moment privilégié pour les acteurs du monde viticole champenois de dresser le bilan de l’exercice écoulé et de s’interroger sur les pratiques, les techniques et les enjeux de demain. Après une édition 2020 organisée en distanciel, le Millesium d’Épernay accueillait à nouveau plusieurs centaines de personnes, ravies de se retrouver autour des réflexions de l’AVC, où la technique est savamment distillée avec une grande dose de bonne humeur par les services. Côté bilan de l’année 2021, rien de nouveau sous le soleil champenois depuis la fin des vendanges. Les 350 mm de précipitations, enregistrés entre mai et juillet, constituent un record historique, qui a favorisé le développement spectaculaire du mildiou.

Ce dernier a causé 25% de pertes de récolte en moyenne malgré les passages plus intensifs qu’à l’accoutume des viticulteurs champenois, en parcelles bio comme en conventionnelles. Une telle année aura donc été celle du dilemme pour les vignerons et Maisons engagés dans des démarches de certifications (HVE, VDC, bio), qui représentent aujourd’hui 54% des surfaces. « Sauver sa récolte ou respecter les normes ? », s’interroge-t-on sur la scène. Le mildiou présent dans de telles proportions aura donc révélé certaines « impasses majeures à court terme ».

« Seule la nature commande et nous, nous efforçons de nous adapter »

Face aux interdictions de ne plus employer les produits qui fonctionnent, aux autorisations d’utiliser des substances moins efficaces et à un choix de plus en plus réduit de produits... pas facile d’être un vigneron responsable en 2021. Car si les solutions existent (pulvérisation, cépages résistants, prévisions météo plus fiables...) ou pointent le bout de leur nez (traitement par UV), c’est bien la création variétale (de plants plus résistants à l’image du Voltis, en cours d’étude, NDLR) qui est annoncée comme étant la solution la plus prometteuse.

Des objectifs atteints et des moyens à obtenir

Si au vu de toutes ces difficultés le rendement moyen de 7300 kg/ha, « est plutôt une bonne surprise », admet Arnaud Descotes, le directeur de l’AVC, il n’en reste pas moins que la vendange 2021 est la plus petite récolte depuis 1985 et dans le top 5 des plus faibles depuis 50 ans. L’assemblée générale est également l’occasion de faire le point sur les nombreuses avancées effectuées par la profession. Avec des taux d’enherbement des vignes, passés de 20% à 40% en deux décennies, une qualité de l’eau en nette amélioration et une qualité de l’air qui contient entre 100 et 1000 fois moins de Folpel (fongicide utilisé notamment contre l’oïdium et le mildiou, NDLR) qu’en 2001, les avancées sont très significatives.

De même qu’en matière de bilan carbone : s’il est encore trop tôt pour dire si l’objectif de -25% en 2025 sera atteint, la baisse des gaz à effet de serre serait de -22 à -34% selon les projections des services du Comité Champagne, à condition de poursuivre les efforts engagés. « L’année 2021 nous a rappelé en une saison que, si nous l’avions oublié, nous vivons dans le vignoble le plus septentrional, que nous sommes entièrement dépendants de la nature et du temps qu’elle nous impose. Seule la nature commande et nous, nous efforçons de nous adapter. Nous essayons en vain. Devant les aléas climatiques de cette année, nos pratiques ont vu leurs limites, nos décisions antérieures aussi », rappelle le président de l’AVC, François Pierson.

« Les produits responsables ne doivent plus être une petite gamme à part : 100% des produits doivent être concernés »

Pour lui, la Champagne doit prendre « avec vigueur, rapidité et réflexion, les virages de l’innovation. Il nous faut accélérer la recherche et nos prises de décisions » pour assurer l’avenir du vignoble champenois. « La norme n’existe pas, la nature, comme l’être humain, est en perpétuelle évolution, le nier serait une hérésie ». Ne pas laisser passer la chance du progrès pour préparer le vignoble de demain, cela passe par l’obtention de plus de moyens. « Quand les aurons-nous ? ça presse ! ». Le message est passé. Exhortant ses auditeurs à se « bouger les méninges », d’autant plus avec l’accélération du réchauffement climatique, François Pierson rappelle que « depuis 123 ans, l’AVC a toujours été le moteur du développement technique champenois », souhaitant qu’elle « reste le dérangeur de la routine, l’empêcheur de tailler en rond, l’innovateur qui bouscule mais toujours avec une vision qualitative et d’avenir du vignoble champenois », soulignant au passage la qualité du travail et le professionnalisme de ses équipes.

La RSE, une voie d’avenir pour l’entreprise champenoise

Invitée d’honneur de cette assemblée, Elisabeth Laville, fondatrice du Cabinet Utopies s’est penchée sur le sens et l’intérêt de la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises), en commençant déjà par décomplexer ceux qui parmi l’auditoire, ne savaient rien de cette RSE. « On se fiche un peu des mots, ce qui compte davantage, ce sont les actes, les faits, les preuves, les chiffres et ce qu’on fait concrètement ». Pour atteindre la fameuse neutralité climatique, la planète devra réduire de 7% ses émissions de CO2 chaque année. Or, 7% c’est le bilan obtenu en 2020 en pleine crise Covid en arrêtant totalement toute activité humaine pendant plus d’un trimestre.

Le vrai enjeu étant alors d’obtenir cette réduction tout en continuant les activités humaines. Cela passe donc par des comportements disruptifs et des pratiques nouvelles. Après l’ère de la philanthropie (de 1980 à 1995) et l’ère de la réduction des risques (1995-2010), place désormais aux actions à impact positif. « Les produits responsables ne doivent plus être une petite gamme à part : 100% des produits doivent être concernés », souligne la spécialiste, multipliant les exemples dont certains peuvent être transposés à la filière champenoise. Nécessité d’une action locale, transparence totale, différenciation des marques, défis radicaux... les enjeux sont nombreux, mais comme le rappelle Elisabeth Laville, les consommateurs attendent cet engagement de la part des entreprises : « La RSE est une voie d’avenir pour l’entreprise Champagne ».

Habituellement conclue par un grand banquet champenois, l’assemblée générale n’a pu satisfaire à la tradition cette année, en raison de la crise sanitaire. S’il a dû être annulé à la dernière minute, ce repas champenois n’a pas été perdu pour autant puisqu’il a été offert à l’association rémoise La Maraude citoyenne, qui vient en aide aux sans-abris. Quant aux fleurs prévues pour la décoration, elles ont été envoyées à des résidences pour seniors. Une conclusion idéale de cette assemblée pour rappeler que, RSE ou pas, à quel point la filière est déjà attachée au quotidien à son empreinte sociale et sociétale.

Benjamin Busson