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129e année

Les Français utilisent moins leur voiture

Conjoncture. 46 % des automobilistes avouent limiter leurs déplacements automobiles. Raison principale mise en avant : diminuer des dépenses devenues trop élevées pour leur budget.

Posséder une voiture coûte cher. Et l’utiliser encore davantage. Une vérité première ! Mais à l’heure où les budgets d’une majorité de français sont de plus en plus con­traints, ce constat en forme d’évidence s’impose chaque jour davantage. Conséquence : un nombre croissant d’automobilistes cherche à se servir le moins possible de leur voiture pour limiter les frais.

La Dacia Sandero est la voiture la plus achetée par les clients particuliers français. Le choix de ceux qui cherchent à limiter leurs dépenses automobiles.
La Dacia Sandero est la voiture la plus achetée par les clients particuliers français. Le choix de ceux qui cherchent à limiter leurs dépenses automobiles. DR

C’est ce qui ressort d’une enquête réalisée pour le compte de l’Observatoire Leclerc des nouvelles consommations qui scrute le comportement des Français. Et en matière de consommation automobile, les personnes interrogées ont le pied sur le frein.
Dévoilé le 31 mai, ce sondage réalisé auprès d’un échantillon représentatif de 2 056 personnes met en évidence le choix de 46 % d’entre eux de limiter « régulièrement » leurs déplacements en voiture et même pour 19 % de le faire « souvent ». Raison majeure invoquée : cela pèse trop lourd dans le budget familial.
Budget mensuel automobile selon cette étude : 211 € en moyenne avec des sommes variant de 180 € pour les habitants de l’agglomération parisienne à 243 € pour ceux des villes de moins de 20 000 habitants et des zones rurales. Là où les transports collectifs sont inexistants ou inadaptés.
Ces dépenses pèsent lourdement sur les budgets de nombreux Français. Deux tiers des personnes interrogées les estiment « importants » et 13 % « trop importants ». Pourtant, ces chiffres sont éloignés loin des sommes mises en évidence chaque année par l’enquête consacrée par l’Automobile club association au « budget annuel de l’automobiliste ». La prise en compte de la totalité des dépenses liées à la possession et à l’utilisation d’une voiture aboutit à des chiffres sans commune mesure. Les résultats de 2020, basés sur la situation de 2019, la dernière étude disponible, sont édifiants. Ils varient de 5 192 € par an pour une Logan diesel, la moins onéreuse, à 9 885 € pour une Prius hybride en passant par 7 029 € pour une Clio essence et 9 832 € pour une 308 diesel. De quoi inciter encore davantage de personnes à laisser leur véhicule au garage.

Une croix sur certains déplacements personnels

Pas de changement pour les déplacements professionnels et ceux de première nécessité comme se rendre à un rendez-vous médical : seulement 1 % des sondés affirment renoncer à s’y rendre avec leur voiture. Par contre, pour limiter leurs dépenses, 8 % des automobilistes grignotent sur les trajets motorisés pour remplir le frigo et faire leurs courses, 11 % pour les vacances et 15 % pour les visites familiales et les loisirs. Globalement, un quart des Français admet faire une croix sur certains déplacements. Un pourcentage qui atteint 37 % pour les habitants des zones rurales où les trajets imposés sont plus longs et plus coûteux.
Si la question budgétaire impose ces restrictions dans une majorité de situations, des motifs écologiques émergent également. Au niveau des intentions tout au moins. Un quart se dit prêt à moins utiliser son véhicule pour des raisons environnementales tout en mettant en évidence la faiblesse, voire l’absence de solutions alternatives pour se déplacer. C’est une évidence hors des grandes métropoles et en zones rurales. La bonne volonté ne suffit pas.
Les choses ne vont pas s’arranger pour la voiture. La généralisation, au moins partielle, du télétravail pour ceux dont la situation le permet devrait participer à l’allégement du budget dédié. Un point positif. De l’autre côté de la balance, le renchérissement à court terme des prix des voitures thermiques pour les adapter à des règles environnementales de plus en plus sévères, ce dont les constructeurs ne font pas mystère, des modèles électriques toujours aussi inaccessibles hors citadines, des coûts d’usage en hausse perpétuelle : tout concourt à inciter les Français à restreindre encore davantage l’utilisation de leurs voitures et à repousser l’achat d’un nouveau modèle. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour une industrie qui compte plus de 200 000 salariés en France et représente environ 7 % du total des emplois industriels.

Dominique Marée