Alpine : 70 ans de passion française
Essai. Fondée en 1955 par Jean Rédélé à Dieppe, la marque symbolise l’automobile sportive tricolore depuis 70 ans. Elle prend un virage risqué en devenant 100% électrique.

Marque de passionnés, Alpine a été créée par un passionné. Son nom : Jean Rédélé. Fils d’un concessionnaire Renault de Dieppe, ancien mécanicien de course du mythique Ferenc Szisz, le premier pilote d’usine Renault au début du XXe siècle, Jean Rédélé toujours baigné dans l’univers automobile.
Diplômé de HEC, il reprendra l’affaire familiale pour devenir à 24 ans le plus jeune distributeur Renault de France. Une voie toute tracée en apparence. Mais le Dieppois rêve de course auto et commence par engager des 4CV en rallye, débutant par celui de Monte-Carlo. Avant de viser plus haut au volant d’une 4CV 1063 : Mille Miglia, 24h du du Mans dans l’équipe officielle, Tout de France Auto. Le jeune Rédélé a un excellent coup de volant et accumule les bons résultats.
Soucieux de disposer d’une voiture plus performante, il passe commande en Italie d’une carrosserie spéciale greffée sur la plate-forme de la petite 4CV. Parmi les épreuves mettant en évidence les qualités routières de la « Rédélé spéciale », le rallye Liège-Rome-Liège en passant par les Alpes.
Lorsqu’il créera sa marque le 25 juin 1955, le nom sera tout trouvé : « C’est en sillonnant les Alpes à bord de ma 4CV que je me suis le plus amusé. J’ai donc décidé d’appeler mes futures voitures ‘’Alpine’’... ». L’objectif du jeune constructeur est simple : « donner aux clients du plaisir au volant ». Autre temps, autres moeurs !
La diffusion des premières Alpine sera confidentielle : 251 A106 en presque quatre ans, 236 A108 entre 1960 et 1962... Mais les jeunes pilotes de l’époque apprécient les qualités de ces bombinettes à moteur Renault. Changement radical avec l’arrivée de l’A110, à châssis-poutre et carrosserie en polyester. Le bloc Renault issu de la nouvelle R8 est toujours en porte-à-faux arrière, gage de motricité et de vivacité. En compétition, la berlinette s’impose sur tous les fronts en même temps que sa cylindrée et sa puissance augmentent : rallyes, circuits, courses de côte.
Ces multiples succès se reflètent sur les chiffres de ventes. Avec un total de plus de 7.500 A110 écoulées, la marque se fait un nom. Par ailleurs, Alpine engage en compétition des prototypes à l’aérodynamique soignée qui brillent au 24h du Mans dans leur catégorie et en monoplace avec des F3 mises sous les projecteurs par le feuilleton télévisé « Michel Vaillant » à une époque où il n’y avait qu’une seule et unique chaine.
De la renaissance au tout électrique
En parallèle de la Berlinette, produite jusqu’en 1977, la marque cherche à élargir sa clientèle à travers des coupés plus consensuels. Ce sera l’A310 4 cylindres et V6 dont la carrière s’étendra de 1971 à 1984. On prête alors à Alpine l’intention de se poser en rivale de Porsche. La version six cylindres sera le plus gros succès commercial de la première période de d’Alpine avec 9276 immatriculations.
Les GTA et GTA Turbo, 6054 unités au total, prendront la suite entre 1984 et 1990 avec un niveau de performances en forte progression sans pour autant convaincre les amateurs de sportives haut de gamme de se tourner vers le duo dieppois. Clap de fin avec l’A610 dont le V6 PRV développera jusqu’à 280ch. Le chant du cygne pour Alpine qui n’a jamais eu les moyens de ses ambitions. Renault, propriétaire de la marque, scellera son sort en 1995.
Renaissance en 2017 après deux années de « teasing » à travers des concepts exposés lors de grands évènements automobiles. La nouvelle A110 s’inspire esthétiquement de celle dont elle reprend le nom. Mais techniquement, elle n’a rien à voir : carrosserie en aluminium, quatre cylindres d’origine Renault de 252ch en position centrale. Mais l’esprit est là avec en particulier un poids limité à moins de 1100kg, gage de vivacité et de plaisir au volant. Celui dont Jean Rédélé avait fait sa priorité.
L’accueil international est enthousiaste et les éloges pleuvent sur ce diabolique petit coupé français auquel on cherche vainement des rivaux. Elle terminera même ex-equo en tête du classement de la « Voiture de l’année ». Du jamais vu pour une sportive de ce type. Cette A110 sera déclinée en de multiples variantes, séries spéciales et autres déclinaisons, toutes aussi désirables...
L’avenir d’Alpine étant voué aux modèles 100% électriques, elle n’aura pas de descendante directe et restera un modèle unique comme son ainée. Après l’Alpine A290, une R5 e-Tech plus affutée à l’image des R5 Alpine thermiques, premier élément du renouveau électrique, l’inédit crossoover A390 éclaire le futur électrique de la marque. Plus de puissance, plus d’habitabilité, plus de confort et... plus de 2,1 tonnes sur la bascule. Sans doute excellente dans sa catégorie mais très loin de l’esprit originel voulu par Jean Rédélé.