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129e année

30 km/h en ville : plus polluant que 50 km/h

Automobile. Une enquête du Centre d’études et d’expertise des risques bat en brèche une idée reçue : réduire de 20km/h la vitesse des voitures dans les centres urbains entraine une forte augmentation des émissions nocives.

Rejeter autant de particules fines, de tristement fameux NOx et de gaz à effets de serre en roulant à 30km/h qu’à 130km/h, c’est possible ! Ce constat qui va à l’encontre de l’idéologie officielle a été fait par le Centre d’études et d’expertise des risque (CEREMA), établissement public d’état placé sous tutelle ministérielle, à la demande de la Direction générale des infrastructures, des transports et de la mer. Ces organismes gravitent dans la sphère étatique et leur sérieux peut difficilement être mis en doute. D’autant moins que le CEREMA a utilisé une méthodologie européenne (COPERT) qui ne prête pas flanc à la critique.

De quoi remettre en cause la doxa actuelle et les décisions prises par les élus d’un certain nombre de grandes agglomérations sans la moindre étude scientifique digne de ce nom. Commentaire sans ambiguïté de L’ONG « Transitions et énergie », peu suspecte d’être télécommandée par le lobby de l’automobile, qui a relayé cette étude et permis de lui donner une certaine audience : « On peut légitimement se demander pourquoi les municipalités des grandes villes, à commencer par celle de Paris, généralisent les limites de vitesse à 30 km/h et à partir de quelles études d’impact et de quelles compétences des décisions de ce type sont prises ? » Poser la question, c’est déjà y répondre...

Une pollution minimum autour des 70 km/h

Pour ceux qui n’auraient pas tout à fait compris, « Transitions et énergie » ajoute : « Communication politique et décisions prises au doigt mouillé » Des choix simplement guidés par une pseudo écologie punitive et une volonté de chercher par tous les moyens à chasser les voitures des centres-villes. Quitte à aller à l’encontre des objectifs affichés. On le sait, en matière d’idéologie, la réalité importe peu. Les chiffres mis en évidence par l’étude du CEREMA sont éloquents. Les valeurs minimum d’émissions de dioxyde d’azote (NOx), de particules fines et des multiples gaz à effets de serre pris en considération se situent à environ 70km/h de vitesse moyenne pour une voiture particulière thermique, essence et diesel. Et à 60km/h pour les utilitaires légers de moins de 3,5t.

« Pour les véhicules légers comme pour les poids-lourds, les émissions sont importantes à très faible vitesse, jusqu’à 30km/h environ »

A contrario, les pires niveaux de pollution émis par des véhicules sont produits lorsqu’on roule entre 10 et 20 km/h et sont comparables, « peu ou prou » selon le rapport, à ceux atteints à la vitesse de 100- 110km/h. La circulation automobile dans les zones 30 génère, elle, des émissions polluantes du même ordre que lorsque qu’on roule à 130km/h. Les restrictions de circulation supposées dissuader les voitures de s’aventurer dans les centres-villes ont des effets opposés à ceux prétendument recherchés.

On le percevait de façon intuitive, l’étude du CEREMA le souligne de façon claire : « Pour les véhicules légers comme pour les poids-lourds, les émissions sont importantes à très faible vitesse, jusqu’à 30km/h environ, ce qui signifie que les situations de congestion du trafic routier sont très pénalisantes du point de vue de la qualité de l’air. »

La fausse solution des voitures électriques

Tout conducteur ayant roulé à 30km/h a constaté qu’il est obligé d’évoluer en seconde ou dans le meilleur des cas sur le troisième rapport, choix également fait par les boites automatiques, ce qui entraine un régime moteur élevé, une consommation et des rejets importants. Sans même évoquer la pollution sonore. C’est encore plus vrai avec les moteurs trois cylindres à la cylindrée réduite - des options technique faites pour obtenir en théorie des normes d’émissions favorables - dont la souplesse et l’élasticité ne sont pas les premières qualités. Rétrogradage impératif sous peine de calage inopiné. Un seul décideur politique a-t-il seulement tenté l’expérience ?

Comme si cela n’était pas suffisant, cette étude enfonce encore davantage le clou en émettant des doutes sur la fausse solution proposée par les véhicules électriques, poussée par l’Etat au-delà de toute raison : « A terme, un parc roulant de véhicules électriques paraît être une solution pour éviter l’émission de polluants atmosphériques, tout comme la solution alternative au moteur thermique par l’utilisation de piles à combustible, hydrogène pour les camions et bus. Dans ces deux cas, il est toutefois important d’analyser le cycle de vie complet en termes d’émissions de gaz à effet de serre, en particulier le cycle de vie des batteries pour l’électrique ou encore l’utilisation d’hydrogène « vert » pour les piles à combustibles, c’est-à-dire produit à partir de sources décarbonées. Par contre, ces deux solutions, électrique et hydrogène, ne diminuent pas la part de particules fines "hors échappement" et les métaux lourds présents dans ces particules qui constituent déjà la majorité des particules fines générées par le trafic routier. »

Un constat implacable qui sonne comme une condamnation de décisions politiques, prises hâtivement sous couvert d’écologie et mises en scène plus ou moins habilement. Cette étude confirme que les préjugés, les décisions purement politiques et les idées toutes faites ne constituent jamais des solutions. On peut faire confiance à ceux qui nous gouvernent pour ne pas en tenir compte. Malgré sa pertinence, l’étude du CEREMA, financée par les contribuables, ira rejoindre aux oubliettes les innombrables rapports, enquêtes et autres dossiers.

Dominique Marée