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130e année

Sébastien Guenet

L’industrie comme coeur de métier

Sébastien Guenet. Pascal Rémy

Sébastien Guenet, dernier d’une fratrie de quatre enfants, a vécu une jeunesse de « grande mixité » dans le quartier de Manchester. Après avoir réussi un bac D Mathématiques option biologie au lycée Monge, il obtient un BTS à Bazin. « Ce fut pour moi un premier challenge. L’Education nationale avait ouvert les filières techniques aux titulaires de bacs généraux. N’ayant pas alors les moyens de poursuivre des études à l’extérieur, je me suis engagé dans cette voie en passant le BTS conception de produits industriels. On était seulement quatre à côtoyer des sortants de bacs technologiques poursuivant leur filière naturelle et déjà formés à la mécanique, au dessin industriel que nous, nous découvrions. »

Terminant néanmoins second de sa promotion derrière le meilleur des mécaniciens, Sébastien Guenet décide, au terme de ce cursus de formation, de passer une licence professionnelle conception des outillages de plasturgie à l’ex-IFTS. « C’était le plein boom de la plasturgie dans les Ardennes qui comptaient de nombreuses entreprises de renom dans cette activité. Visteon à Charleville-Mézières, Général Motors et Spartech Polycom à Donchery ou encore Sartech à Bazeilles étaient des PME emblématiques que nous avions envie d’intégrer. » Sébastien Guenet vit alors ses premières expériences sur le terrain lors de stages effectués chez Fornara à Nouzonville et à La Buvette. Amateur d’arts martiaux, il est guidé par « un respect envers instructeurs et éducateurs et une envie individuelle de se dépasser. »

Remise en question

Des valeurs qui lui ont servi des années plus tard dans le management. S’en suit le service militaire, passé à la caserne du Troisième Génie à Charleville- Mézières. « J’ai plutôt bien vécu cette période en étant instructeur en auto-école poids lourd et super poids lourd. J’initiais à la conduite des jeunes en apprentissage. Cela m’a permis de passer tous les permis. » De retour dans la vie civile, en 1996, Sébastien Guenet plonge dans le milieu industriel en étant aiguillé par un ancien professeur, Bernard Gibaru, vers une entreprise de Senlis : Watthom Emballages. « Elle oeuvrait dans le flaconnage pour les produits de luxe comme les parfums et les cosmétiques et j’y ai effectué une mission de huit mois comme technicien en conception d’outillages. »

Désireux de se rapprocher de sa région, Sébastien Guenet candidate en 1997 à Chausson Outillage, une PME experte dans la réalisation de pièces de carrosserie automobile. Il occupe le poste de concepteur en outillage d’emboutissage au moment de l’arrivée de la conception assistée par ordinateur. « Cela m’a permis d’évoluer vers un rôle de responsable chargé d’encadrer plusieurs dessinateurs et de les familiariser à l’utilisation de logiciels de conception informatique ».

Poussé par Jean Martin, alors directeur général de Chausson Outillage et président de l’UIMM Marne, à devenir ingénieur, Sébastien Guenet reprend ses études et suit, de 2000 à 2003, une filière d’ingénieur en mécanique aux Arts et Métiers de Châlons-en-Champagne tout en restant salarié de l’entreprise rémoise. Une fois ce diplôme en poche et en raison de la vente de la filiale marnaise de Renault à un groupe italien, il revient dans les Ardennes en intégrant en 2006, l’usine Warsmann à Nouzonville en tant que chef de projets. « Je me remets alors totalement en question en découvrant un secteur d’activité que je ne connaissais pas du tout : le bâtiment. J’ai travaillé au contact des poseurs et des architectes en pilotant des chantiers en région parisienne en les suivant globalement. Un métier difficile mais passionnant. »

La découverte du milieu universitaire

Par la suite, en 2006, Sébastien Guenet voit se présenter une opportunité intéressante : la possibilité d’entrer au Centre régional d’innovation et de transfert de technologie basé sur la zone du Moulin Leblanc à Charleville-Mézières. « Georges Lemagnan, le directeur, me charge de développer cette structure via la CAO tout en me confiant la mission de monter, avec Jean- Philippe Mercier, un ancien cadre de Valéo, un pôle d’excellence de l’industrie automobile, cluster destiné à fédérer les entreprises de la filière en Champagne-Ardenne ». Une première incursion dans le milieu universitaire mais aussi dans l’innovation et la recherche. Nouveau changement de cap en 2007.

« Suite à l’annonce faite à Charleville-Mézières par Nicolas Sarkozy de créer dans les Ardennes un pôle de compétitivité dans le domaine de la métallurgie, l’UIMM, présidée par Jacques de Saint-Gilles et chargée de porter ce projet, m’a contacté pour la partie opérationnelle et technique. Cela a abouti à la mise en place de « Procédés de mise en oeuvre de matériaux innovants » dont la vocation était de développer l’innovation dans les entreprises. On collectait les besoins de celles-ci en matière de compétitivité en les rapprochant des structures capables de les accompagner tout en trouvant les financements nécessaires à leur programme ». Cet embryon donna ensuite naissance à Matéralia dont il devient directeur-adjoint suite à une fusion avec MIPI, une structure analogue en Lorraine.

Des actions collectives majeures

Par la suite, Sébastien Guenet contribue aussi aux prémices de l’impression 3D avec Petit Bateau à Troyes, Faber à Bazeilles et Reims Aviation, ce qui lui permet de se rapprocher de l’IFTS et d’Hervé Bonnefoy. En 2010, il est promu secrétaire général adjoint de Lionel Vuibert à l’UIMM et au Medef Ardennes en étant plus spécialement chargé de l’accompagnement économique. Il travaille sur des actions collectives, comme le plan progrès forges et fonderies et l’émergence de la plateforme Platinium 3D et met aussi en place des symposiums de fabrication additive à orientation européenne. Un évènement ayant apporté de la notoriété aux Ardennes.

Enfin, depuis 2018, Sébastien Guenet occupe le poste de directeur général du pôle formation de l’UIMM qui regroupe 200 collaborateurs sur quatre départements et sept sites, dont quatre dans les Ardennes avec celui récemment acquis auprès de la CCI sur le campus sup Ardennes. L’ensemble encadre 1 000 alternants et réalise 16 millions d’euros de chiffre d’affaires. C’est le plus gros organisme de formation privé dédié à l’industrie dans la région. « L’objectif de ce pôle est de répondre à l’ensemble des besoins en compétences d’un entreprise industrielle. »

Pascal Remy