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130e année

Maïté Ferdinand

Le handicap lui a ouvert les portes de l’entreprise.

Maïté Ferdinand est la fondatrice de la société Handivisible. Nadine Champenois

C’est le fait d’être concernée personnellement par le handicap qui a conduit Maïté Ferdinand à créer Handivisible. Elle cherchait en effet « une solution pour faciliter le passage des personnes en situation de handicap dans les files d’attente de tous lieux recevant du public ». Histoire de ne plus avoir à quémander sa place à chacune des personnes devant soi. La priorité dans les files d’attente est une des problématiques qu’elle a rencontrées, comme beaucoup de personnes dont notamment celles dont le handicap est invisible. Entrée très tôt dans la vie active après un bac littéraire, la Troyenne d’origine a exercé pas mal d’emplois. Elle a commencé par décrocher un Emploi jeune dans une école primaire, avant de devenir commerciale, pour des assurances vie ou encore en photos de naissance.

« Le but de ce programme est d’aider à se structurer et de donner les clés pour mener à bien la mise en réseau. C’est un accélérateur de projet. »

Elle a également occupé le poste d’assistante administrative dans l’entreprise familiale de vente de produits pour carrosseries. Après avoir jeté l’éponge, elle devient assistante familiale et sera famille d’accueil pendant quelques années. Avant de renouer avec une activité d’assistante commerciale, cette fois chez un bailleur social. « Ce sont des arrêts maladie dus à des soucis de santé qui ont régulièrement motivé des changements d’emploi. Je me sentais concernée par le handicap, c’est comme ça qu’est né Handivisible, explique Maïté Ferdinand. Du fait que ce handicap est invisible, on ne se sent pas forcément légitime de demander un accès prioritaire dans les files d’attente ».

C’est d’ailleurs suite à de mauvaises expériences vécues après avoir sorti sa carte de priorité remise par la MDPH (Maison départementale pour les personnes en situation de handicap) que Maïté décidera, peu de temps après l’avoir acquise, de ne plus la présenter « afin d’éviter de subir les réflexions et les regards des personnes qui ne comprenaient pas pourquoi [elle] passait en priorité dans les files d’attente, alors qu’[elle] était sur ses deux jambes ».

De l’idée au projet

Lorsque son dernier emploi prend fin, il se trouve que l’idée d’inventer une solution pour remédier à ce problème lui trotte dans la tête depuis quelque temps déjà. « Je me suis dit que c’était peut-être le bon moment pour me lancer. Il fallait que je prenne la décision de franchir le pas. Bien sûr, cela ne s’est pas fait en deux jours », sourit-elle. Sa première démarche consiste alors à se renseigner auprès de la CCI sur la propriété industrielle et le dépôt de brevet. « J’ai présenté mon idée et j’ai cherché si quelque chose de similaire existait », explique Maïté Ferdinand. Suite à sa rencontre avec une personne d’un cabinet spécialisé, elle sera recontactée quelques semaines plus tard et avertie d’un événement programmé à Saint-Dizier.

Il s’agissait en fait du concours « La Start-up est dans le pré » : « Je ne savais pas du tout que c’était un concours. Je suis arrivée avec seulement l’idée… et j’ai reçu un prix. C’est ce qui m’a décidée à me lancer. Et c’est ainsi que l’aventure entrepreneuriale a réellement commencé ». Une fois la recherche d’antériorité effectuée, commencent alors en 2019 de nombreuses démarches dont le dépôt de brevet et la recherche de prestataires avec lesquels travailler. « Je n’ai pas créé l’entreprise tout de suite car je me suis rendu compte que le développement allait être assez long. C’est pourquoi, j’ai fait le choix de prendre un mi-temps en novembre 2019, comme AESH (Assistante d’élève en situation de handicap) dans une école primaire », explique-t-elle. En février 2020, Maïté intègre la coopérative d’entreprises Pool d’avenir.

« Handivisible est une solution pour faciliter le passage des personnes en situation de handicap dans les files d’attente de tous lieux recevant du public »

C’est après la création d’une vidéo sur internet et du site internet que sont lancés les développements informatique et électronique, confiés à des entreprises locales. « C’est l’agence troyenne Webup qui développe l’application. Je travaille également avec le bureau d’études de Langres, Codium, en ce qui concerne le développement des boîtiers électroniques », ajoute la dynamique entrepreneure. Des tests sont ensuite réalisés dans l’Aube entre novembre 2020 et mai 2021, dans de nombreuses enseignes de différents secteurs et les hypermarchés mais également à la CAF et à la CPAM. Des tests concluants qui donneront le signal de démarrage de la phase de lancement d’Handivisible. « La société a été créée en juillet 2021, se félicite la fondatrice. En ce mois de décembre, Handivisible est en phase de lancement à Intermarché et à la CAF de l’Aube. D’autres enseignes suivront dans le courant du mois », annonce-t-elle.

Lancement national en 2022

Le lancement national du dispositif est programmé à partir de janvier 2022. « Handivisible est une solution qui va permettre à la personne en situation de handicap de se signaler directement auprès du professionnel, tout en restant à sa place, sans doubler les autres personnes de la file d’attente, argumente Maïté. Averti par un signal sonore, c’est le professionnel qui va demander le passage de la personne prioritaire ». À noter que l’application est gratuite pour les personnes en situation de handicap. Le boîtier électronique est quant à lui proposé avec un abonnement pour les structures souhaitant adhérer à la solution. Avec Handivisible, Maïté Ferdinand a remporté cette année le prix Starter remis par le Conseil départemental du Concours de la création et reprise d’entreprise d’Initiative Aube.

Elle a également reçu le Prix de la start-up numérique du concours organisé par Perspectives numériques. Ainsi que le Trophée de l’initiative citoyenne lors des Nuits de la réussite de Canal 32. Depuis janvier 2021, la SASU est incubée à la Technopole de l’Aube. Elle l’est également à l’incubateur Paris&Co pour le programme handitech HUA, depuis novembre 2021 et jusqu’au mois d’avril 2022 : « Le but de ce programme est d’aider à se structurer et de donner les clés pour mener à bien la mise en réseau. C’est un accélérateur de projet », explique la présidente d’Handivisible, avant d’ajouter : « On espère un beau lancement national à partir de 2022 et que les entreprises vont adhérer à la solution pour faciliter l’accès à toute leur clientèle ou à tous leurs visiteurs ».

Nadine Champenois