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130e année

Ludovic Billard

Il régale les papilles.

Ludovic Billard dans sa boutique à deux pas de la Place Ducale. Pascal Rémy

« Lorsque je me suis installé à Charleville-Mézières, beaucoup de connaissances m’ont dit : « mais qu’est-ce que tu vas y faire ? Ce sont des gens mutés qui se retrouvent le plus souvent là-bas ». Aujourd’hui, je pense que je pourrais leur répondre : « vous vous êtes tous mépris car on est bien dans cette ville où tout le monde se connait et où il y a un bouche à oreille qui fonctionne beaucoup plus vite que dans les grandes villes. Là où, par ailleurs, la concurrence est beaucoup plus nombreuse. Et si demain, je devais recommencer, je le referais à l’identique ».

Vous l’avez compris, Ludovic Billard a adopté la cité de Rimbaud. « Au départ, ce fut un hasard de la vie, une opportunité qui m’a amené ici ». Par le biais d’un ami, il entre en contact avec une personne qui s’occupait de l’installation de jeunes employés au Moulin Saint-Pierre chez Olivier Mabilotte, le meunier local de Signy-l’Abbaye, qui lui avait donné les coordonnées du président régional de la fédération des boulangers-pâtissiers, le Carolomacérien Pascal Perenet.

Il se met à son compte

« Cela a abouti à mon premier déplacement à Charleville-Mézières où mon interlocuteur avait déniché un lieu répondant parfaitement au profil que je lui avais méticuleusement fixé pour me mettre à mon propre compte. À savoir, une boutique implantée en centre-ville où on faisait déjà de la pâtisserie, proche d’une école et d’un parking et dotée d’un matériel adéquat au métier. Et comme j’avais déjà beaucoup voyagé durant ma vie sans avoir réellement de point d’accroche, j’étais partant pour devenir chef d’entreprise à n’importe quel endroit de la région champardennaise à condition que la ville d’accueil soit dynamique. L’opportunité a voulu que ce soit à Charleville-Mézières que je m’installe ».

« Si j’ai réussi, ce n’est pas par hasard mais parce que je suis un acharné du travail. »

Pourtant le premier contact avec les propriétaires l’avait un peu refroidi. « Lorsqu’on a commencé à abordé le prix d’achat, ils m’avaient mis dehors. Cela avait donc commencé rudement avant qu’on puisse à nouveau se rencontrer et faire affaire. Le Crédit Agricole m’a ensuite suivi dans mon projet, ce qui n’était pas évident alors en pleine crise des subprimes ». Le CV présenté par Ludovic Billard plaide en sa faveur avec diverses expériences dans de grandes maisons : Chez Richard Coutenceau à La Rochelle, avec le chef pâtissier Philippe Conticini en face de la Butte Montmartre, au Majestic à Cannes, au Croquembouche à Roncq et chez Fonseca à Villeneuve d’Ascq tout en ayant fréquenté l’école de la célèbre marque de chocolat Valrhona. « Tout cela m’a dégourdi et aguerri ». Ludovic débarque donc dans les Ardennes, en février 2009. Il vit seul au-dessus du magasin en démarrant l’activité avec cinq employés.

Redonner ses lettres de noblesse à Charleville-Mézières

Et au fil des années d’exploitation et de modernisation, l’enseigne a grandi pour devenir une institution employant trente-six salariés. « Nous avons franchi méthodiquement différentes étapes de croissance. D’abord en ouvrant sept jours sur sept de manière à ce que notre clientèle se dise « chez Billard , c’est toujours ouvert ». Cette évolution commerciale nous a fait passer dans un premier temps à un effectif de onze personnes. L’évènement suivant a coïncidé avec l’acquisition d’un immeuble mitoyen, le bar « Le Tennessee », pour procéder en avril 2020 à l’extension du magasin dont la superficie après six mois de travaux a quasiment doublé à l’angle des rues de l’Eglise et du Petit-Bois ».

Entre-temps, en novembre 2016, Ludovic Billard pour renouer avec sa prédilection pour la pâtisserie-chocolaterie crée un salon de thé en pleine rue piétonne à Charleville-Mézières. D’abord, en location, dans la partie basse de cette artère avant de transférer l’activité en septembre 2021, un peu plus haut à un endroit mieux exposé, proche de la librairie Rimbaud.
« Avec ce nouveau bien immobilier, la superficie passait à 150 m2 tout en étant beaucoup plus visible grâce à une ouverture de façade de 9 mètres au lieu de 3,75 m ». Ce qui a fortement contribué au succès de cet établissement situé dans un lieu très passant.

« J’ai cru dès le début en cette opération, car je pense que dans les villes de cette taille, il faut un bon pâtissier dans la rue la mieux fréquentée. Aujourd’hui, c’est le cas à Charleville-Mézières où il n’y avait plus ce type de boutique depuis un bon moment. Notre Maison a donc comblé ce vide en étant le premier artisan à se réinstaller avec six personnes dans la rue piétonne. Là où les chaînes sont dominantes. Cela répond à ma volonté de redonner ses lettres de noblesse à la principale ville des Ardennes. Et ça fonctionne très bien ».

Pérenniser son activité

L’ancien élève du lycée hôtelier de Blois où il est entré à l’âge de 16 ans a-t-il encore des perspectives de développement ? « Dans l’immédiat comme on sort de deux gros projets, je vais déjà stabiliser et pérenniser l’ensemble de la structure avant de continuer à croître par la suite. Ce qui passera par la modernisation de l’outil de travail afin d’avoir quelque chose de très pointu. J’ai bien quelques idées en tête mais c‘est encore un peu prématuré pour en parler ».

Bien que très pris par sa vie professionnelle, ce père de deux enfants de 7 et 9 ans s’adonne pendant ses périodes de repos à la plongée sous-marine. « Autant que je peux, je plonge dans le monde entier. Cette passion m’a été communiquée par un de mes meilleurs amis qui habite en Floride. Cela m’a emmené au Mexique, en Egypte, aux Etats-Unis, sur l’ile Maurice ou en Corse. Au fond de l’eau, c’est le seul moment où on s’écoute respirer. Depuis que j’ai découvert cette pratique, j’ai passé tous mes niveaux de plongée dans les Ardennes, là où il existe quelques spots mais l’eau y est un peu plus froide ».

Pascal Remy