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130e année

Laurent Lingat

Hédonisme sur-mesure

Portrait de Laurent Lingat
En dix ans, Laurent Lingat a développé son activité autour de produits d’exception qu’il déniche spécialement pour sa clientèle.

L’histoire de Laurent Lingat et de la Régence, c’est avant tout l’histoire d’une rencontre. Celle-ci se déroule en 2012, quand, après 30 années passées à travailler en tant que charcutier-traiteur, il souhaite passer à autre chose. Dès l’obtention de son baccalauréat, et après avoir appris son métier pendant quatre ans à Lyon et à Paris, il est de retour dans l’entreprise familiale de charcuterie, dont il représente la quatrième génération. Il créé l’activité traiteur aux côtés de son père et la développe pendant près de trois décennies. Homme de passion et de défis, il se fixe aussi des objectifs. L’un d’entre eux est de changer de cap à l’approche de la cinquantaine.

« Je voulais à la fois trouver un métier de passion et une belle boutique », précise-t-il. Il revend alors l’entreprise familiale qui compte une dizaine de salariés et se met en quête d’une nouvelle activité. Hôtel, boutique de prêt-à-porter, bowling, station de lavage, cave à vin… Laurent Lingat visite de nombreux endroits quand son intérêt se porte finalement sur La Régence, « un peu par hasard ». Créée en 1919, la boutique de la place d’Erlon est une institution rémoise, connue notamment pour sa cave à cigares. C’est décidé, il rachète la boutique et se prend de passion pour les produits qu’elle propose. « Par mon métier de traiteur, j’avais la passion des accords mets-vins. Ici j’ai voulu développer les accords spiritueux-cigares », se souvient-il.

« Quand j’étais traiteur, mon plaisir c’était de faire plaisir à mes clients. C’est encore ce qui me motive aujourd’hui »

Simple consommateur de cigares, Laurent Lingat sait que sa clientèle est connaisseuse pour ne pas dire experte en la matière. Il se met alors à apprendre tout ce qu’il y a à savoir sur les cigares, par la lecture, les échanges et les voyages. « Je suis allé trois fois à Cuba, mais aussi au Honduras, en République Dominicaine et au Nicaragua, qui sont les quatre principaux terroirs où l’on produit les cigares ». Comprendre la fabrication, assimiler la culture du cigare et se mettre au fait des nouveautés, tout cela passionne le nouveau propriétaire qui redonne rapidement à l’établissement son lustre d’antan. Et il ne va pas s’arrêter là. Persuadé de pouvoir se faire une place sur le marché des spiritueux, il a créé une rhumerie qui trouvera rapidement sa clientèle. « J’ai débuté avec une cinquantaine de références, j’en ai 250 aujourd’hui ! », souligne le propriétaire de La Régence.

Si la crise du Covid a freiné une partie de son activité en raison des confinements successifs et de l’absence de touristes, elle a aussi engendré une pénurie de cigares cubains. « Il y avait déjà un embargo sur Cuba mais avec le Covid, les Cubains manquent de beaucoup de choses leur permettant d’exporter leurs havanes. Et la crise a poussé bon nombre d’entre eux à cultiver de la nourriture plutôt que du tabac ». Autant d’éléments qui, conjugués à une augmentation de la consommation de cigares chez les amateurs confinés a augmenté la pénurie et reporté l’attention des fumeurs vers les autres terroirs qu’il a toujours mis en avant.

LA PASSION DE LA MOTO

Sportif, Laurent Lingat est un amateur de golf, qu’il aime pratiquer tôt le matin avec des amis, à Gueux ou à Bezannes. « J’ai toujours mon sac dans le coffre de la voiture ». Il est aussi un motard émérite, qui participe régulièrement à des raids amateurs en Afrique ou au Portugal, avec son meilleur ami. Des parenthèses de décompression pour ce propriétaire de plusieurs motos d’enduro qui restaure actuellement un modèle « vintage », une Honda 600 XR. Le cinquantenaire est en effet aussi un amoureux des beaux objets, aussi n’hésite-t-il pas à consacrer une partie de La Régence à quelques objets de décoration, à de la maroquinerie ou à des instruments d’écriture. Référencé par la célèbre marque MontBlanc, et face au succès rencontré par ses produits et le nombre grandissant de références en boutique, il s’est décidé en 2018 à ouvrir un deuxième magasin au centre-ville de Reims, entièrement consacré à cette marque, qui a aussi étoffé sa gamme en horlogerie. « Depuis mon arrivée ici, je n’ai cessé de développer le chiffre d’affaires de la marque et j’étais arrivé à une certaine limite, notamment en raison de la place que je pouvais consacrer aux produits. C’est pourquoi j’ai pris la décision d’ouvrir en franchise une boutique MontBlanc ».

PRODUITS D’EXCEPTION ET RARETES

Toujours en recherche de nouveautés à proposer à sa clientèle, Laurent Lingat a décidé de mettre à leur disposition une gamme de champagnes d’exception. « Depuis deux ans, je vais chercher des bouteilles de champagne improbables voire introuvables », s’amuse-t-il. Après avoir été confronté à la réticence de certains producteurs de ne pas vouloir être vendus dans une boutique enregistrée comme un bureau de tabac, Laurent Lingat est rapidement parvenu à convaincre ses fournisseurs chez qui il est désormais parfaitement référencé. Quelques cuvées de prestige provenant de grandes Maisons comme de petits producteurs, mais toutes triées sur le volet et qui renforcent la singularité de sa boutique.

« Comme pour les Rhums et les Whiskies, ce qui me passionne c’est d’avoir des flacons que l’on ne peut pas trouver ailleurs. Mes clients savent que j’ai un réseau et que mon côté explorateur me permet de proposer des produits exceptionnels », souligne celui qui éprouve un attachement tout particulier à la Maison de Champagne Taittinger, mais aussi aux cuvées proposées par la Maison agéenne Henri Giraud. Laurent Lingat définit d’ailleurs sa boutique davantage comme un « concept store » que comme un bureau de tabac.

Sa clientèle est d’ailleurs extrêmement variée : de l’acheteur du jeu à gratter à l’amateur de Magnums de champagne d’exception à 5000 euros, du fumeur de cigarillos à 2 euros à l’amateur de cigares à 100 euros, Rémois ou touristes, il voit passer chez lui un panel de clients très vaste. « Quand j’étais traiteur, mon plaisir c’était de faire plaisir à mes clients. C’est encore ce qui me motive aujourd’hui ».

Après dix ans passés place d’Erlon, il se donne d’ailleurs encore quelques années avant de passer la main et de pouvoir profiter pleinement de longues virées au guidon d’une de ses motos dans les dunes du Sahara.

Benjamin Busson