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130e année

Jean-Sébastien Rousseau

Il a changé de cap pour la menuiserie

Jean-Sébastien Rousseau. DR

Arrivé dans l’Aube il y a quatorze ans pour entrer chez Petit Bateau comme cadre, Jean-Sébastien Rousseau a racheté en 2018 l’atelier de menuiserie Astel. En moins de quatre ans, il a redressé l’entreprise de Marigny-le-Châtel spécialisée dans la restauration et l’agencement d‘espaces tertiaires. C’est après un Bac B que le Niortais d’origine s’oriente vers une école supérieure de commerce, option finances. Diplôme en poche, il est appelé sous les drapeaux : « J’ai terminé mon service militaire en tant qu’officier », souligne-t-il. En 1996, il entre au service marketing industriel de Framatome (Areva).

Pendant les deux premières années, son travail consiste à gérer des prévisions commerciales. « Je suis ensuite passé en unité de production où j’ai eu un vrai déclic pour la production manufacturière manuelle. On y fabriquait des connecteurs électriques destinés à l’industrie ferroviaire et aéronautique dans un contexte industriel ». Pendant deux ans, il aura ainsi la responsabilité de lignes d’assemblages dans trois usines différentes. Avec l’objectif de déployer un système informatique de gestion de production.

Environnement textile

Jean-Sébastien Rousseau est recruté en l’an 2000 par l’entreprise textile Alain Manoukian, basée dans la Drôme : « J’ai été embauché pour justement développer leur système de gestion de production – celle-ci entièrement délocalisée dans les pays de l’Est et le Maghreb ». Se sentant à nouveau dans son élément dans cet environnement, il y restera huit ans. Entré comme responsable de l’ordonnancement, il prend la responsabilité des achats de sous-traitance puis de l’ensemble des achats de produits finis.

Avant de devenir directeur de production : « Je couvrais la totalité du développement produit et l’ensemble des approvisionnements ». Lorsque, en 2008, il est recruté à Troyes par Petit Bateau, c’est pour en prendre la direction des achats. Au bout de cinq ans, il devient directeur des achats et du développement produit, un poste qu’il occupera pendant quatre ans.

« On a investi significativement pour acquérir des machines, transformer l’atelier, créer un bureau d’études »

« Parmi les grands événements chez Petit Bateau figure la création du bureau d’achat et contrôle qualité basé en Chine qui rayonnait sur l’ensemble de l’Asie. Avec une compétence d’achats internationaux, qui étaient alors peu développés mais indispensables pour élargir ses gammes de produits et améliorer le prix de certains produits comme les grosses pièces et le chaîne et trame », explique le dynamique spécialiste.

Gestion du changement

« Petit Bateau a été également une très belle expérience… et notamment en ce qui concerne la gestion du changement, puisque je représentais les achats extérieurs, internationaux, qui n’étaient pas forcément toujours bien vus dans l’entreprise qui préférait historiquement fabriquer ses propres produits. Économiquement, l’un complète l’autre », analyse Jean-Sébastien Rousseau. En 2017, il quitte l’entreprise, à un moment où elle entame un nouveau virage de transformation, avec l’arrivée d’une nouvelle équipe industrielle.
À 45 ans, l’ancien cadre décide alors de profiter des événements pour se lancer dans l’entrepreneuriat : « Je me suis dit que c’était le moment où jamais de plonger. Pendant 22 ans, j’ai côtoyé beaucoup de sous-traitants, de fabricants, de fournisseurs, souvent de petite taille dont des PME. J’ai eu envie de basculer de l’autre côté », confie-t-il.

Écartant tout de suite la problématique de création d’une activité - avec des enfants en âge de suivre des études supérieures, il devait disposer d’un niveau de revenus suffisant assez rapidement -, il se prépare très vite à la reprise d’une entreprise. « Je cherchais autour de l’agencement, plutôt en bâtiment, avec forcément une unité de fabrication, de l’installation et de la préconisation client. J’ai fait des recherches auprès de tous les prescripteurs de la place. L’idée était de ne pas quitter l’Aube car mon épouse, Géraldine, a trouvé un job qui lui plaît beaucoup à la direction commerciale et marketing de Fränkische », fait-il valoir, sans oublier d’évoquer les liens d’amitiés tissés dans la région. Un enracinement qui lui a également permis de cultiver un réseau, atout indéniable pour « avoir quelques clés d’entrée, aux portes de la région parisienne ».

Agencement et menuiserie

C’est le 4 juillet 2018, qu’il reprend les clés de l’entreprise Astel. « Les planètes étaient alignées car l’entreprise était mûre pour être transmise, le dirigeant était prêt à la céder et le repreneur avait bien préparé sa cible », se félicite le dynamique dirigeant. « Avec les équipes, on a monté un plan de relance commerciale d’une part, mais également industrielle en investissant significativement pour acquérir des machines, transformer l’atelier, créer un bureau d’études – pour développer des compétences de numérisation de dessins, de plans de plus en plus pointus et rapides », précise Jean-Sébastien Rousseau. Résultat, l’activité d’Astel s’est peu à peu développée, avec une équipe passant de 14 à 27 personnes aujourd’hui pour un chiffre d’affaires qui devrait passer à 3 millions d’euros – il était d’environ 1,6 million d’euros en 2018.

L’entreprise est spécialisée en restauration et agencement d’espaces tertiaires (agences bancaires et bureaux surtout) principalement basés en région parisienne (à 90 % en 2018). « Nous avons également cherché à reprendre pied localement. Mais comme on n’a pas trouvé énormément de marchés liés à nos savoir-faire, on s’est diversifiés en allant travailler sur des environnements tels que les agencements des résidences seniors et Ehpad. En travaillant également pour des boutiques et bureaux de PME, PMI. Et en développant la menuiserie extérieure, qui est un complément de notre activité ».

Ce changement de type de métier a impliqué un changement de donneurs d’ordres. L’arrivée de la Covid-19 leur a donné raison étant donné l’arrêt des chantiers et la désorganisation des équipes. Suite à l’effet télétravail impliquant l’absence de personnel au bureau, les grands bailleurs d’espaces de bureaux ont cessé toutes leurs opérations de rénovation. Touchée par cette conjoncture, l’entreprise Astel a de nouveaux clients, dont la récurrence est supérieure à 96 %. « Nous mettons l’accent sur deux points dont une certaine vigilance au niveau de la réactivité et de la souplesse. Tenir nos engagements fait également partie de nos priorités. Car nous ne devons jamais décevoir nos clients ».

Nadine Champenois